C’est un ovni à tous les niveaux qui doit autant à son look visuel qu’à son duo d’actrices qui se fondent corps et âme dans leur personnage respectif : Gillian Anderson (« The X-Files », « The Salt Path ») en ex-star d’un film culte des années 80 à l’aura mystérieuse et Hannah Einbinder (« Hacks ») en jeune réalisatrice fan absolue dudit film, engagée pour en livrer un reboot et qui va tomber sous les charmes de son aînée. Écrit et réalisé par Jane Schoenbrun, qui avait déjà traité de la fascination pour un programme télévisé d’horreur dans son film précédent « I saw the TV glow », iel s‘intéresse cette fois aux franchises horrifiques qui ont fait le bonheur des cinémas drive-in dans les années 80 aux États-Unis, à savoir « Vendredi 13 » et « Massacre au camp d'été ». Dans la même mouvance, cette saga “Camp Miasma” fictive en reprend la rhétorique, la reconstitution tellement bien ficelée à l’écran (voir l’incroyable générique de début) qu’on pourrait croire les chapitres bien réels. Mais le scénario s’attache surtout à mettre en évidence les idées sexistes et homophobes dont regorgent ce type de films, Kris Williams (Einbinder) devenant ainsi le double psychologique de Schoenbrun exprimant sa vision politique du cinéma. Le sexe du titre décortiqué jusqu’au nom même que porte le tueur en série des films : “Little Death”, la petite mort... Gillian Anderson compose une ex-actrice marquée par ce premier grand rôle, une “final girl”, devenue peintre et vivant isolée dans l’ancienne colonie de vacances où les films avaient été tournés à l’époque. Il n’en faut pas plus pour installer l’étrangeté de ce personnage avec qui l’on va tout doucement glisser vers le surnaturel. Une expérience surréaliste qui peut soit nous perdre en chemin, soit nous emporter avec elle dans le délire.
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Sauf qu’ici, la particularité pour le réalisateur Michael Sarnoski est précisément de déconstruire le mythe en le salissant. D’ailleurs, l’idée lui est venue d’une ancienne ballade du XIVe siècle qui évoquait la mort d’un hors-la-loi dans un prieuré. Ici, le Robin est au crépuscule de sa vie et, surtout, hanté par ses nombreux crimes. Alors, bien sûr, nous sommes preneurs de cette volonté d’aller à contre-courant pour déconstruire le mythe, mais nous avons eu la fâcheuse impression d’assister - dans les premières minutes- à une violence exacerbée, totalement gratuite et amorale, qui nous privait de tout plaisir. Et, à terme, ce choix scénaristique nous a laissés de côté. En effet, nous nous sommes désintéressés de la destinée de ce vil Robin des Bois qui n’hésite pas à massacrer femmes et enfants. Pire, la majorité du film essaie de nous montrer la rédemption d’un homme (figure légendaire) qui ne le mérite pas. Et ce n’est pas la froide performance et les yeux hagards de Hugh Jackman qui nous réconforteront dans ce projet certes original, mais dénué de charme et de fascination. Au contraire, il a provoqué en nous une profonde répulsion envers le personnage, dont la destinée ne nous intéressait plus.
Visuellement, le cinéaste n'a rien perdu de son savoir-faire : les paysages post-apocalyptiques sont somptueux, offrant de magnifiques tableaux à contempler tout au long du récit. « The Dog Stars » est l'adaptation du roman d'anticipation La Constellation du chien écrit par Peter Heller et publié en 2012. Hélas, depuis la publication du livre, beaucoup d'eau et de films ont coulé sous les ponts, et le caractère novateur fait aujourd'hui cruellement défaut. Face à des œuvres plus récentes dans des sous-genres voisins- à l'image du récent Temple des morts-, les enjeux paraissent ici bien moins marquants. Ce manque d'originalité s'accompagne d'une lenteur lancinante : le récit épouse un rythme contemplatif permanent et, contrairement à l'avion de son héros, ne décolle jamais vraiment. Nous attendons d’ailleurs que l’intrigue nous surprenne et prenne de l’ampleur, en vain. Il faut d’ailleurs attendre la dernière partie du métrage, particulièrement réussie, pour voir l'ensemble s'emballer. Ce final injecte une véritable dose d'action et apporte une dimension horrifique saisissante quant à la noirceur dont les humains peuvent faire preuve. Heureusement, la qualité de l'interprétation rehausse considérablement l'ensemble. Les acteurs s'en donnent à cœur joie et permettent de passer un très bon moment de cinéma. Le tandem formé par Josh Brolin et Jacob Elordi fonctionne à merveille, chacun s'imprégnant pleinement de son personnage. Margaret Qualley se révèle elle aussi très convaincante, tandis que les retrouvailles avec un Guy Pearce méconnaissable et toujours aussi talentueux constituent un pur plaisir. « The Dog Stars » s'impose ainsi comme un bon film, visuellement soigné et porté par une distribution irréprochable.
Drôle, savamment écrit et d'une grande ingéniosité, le premier tiers du film pose les bases d'un récit qui saisit et nous fait rire à de multiples reprises. La réaction de Bruno (excellent Jonathan Cohen) aux révélations de Jacky (Alain Chabat tellement bien dans son rôle), la découverte de bugs dans cette réalité inventée, les dialogues ciselés, spontanés et tellement bien échangés sont un vrai régal pour nos zygomatiques. Et si la forme déconcerte un peu au premier abord, elle se prête en réalité totalement au propos fondamental du métrage : l'idée que nous évoluons tous au cœur d'une vaste simulation où chaque élément du quotidien — les objets, l'argent, les individus, et même la police — n'est qu'un composant informatique créée par on ne sait qui. Présentée à la « Sims » cette idée philosophique est totalement maîtrisée, fait appel au mythe de Platon (entre autres), et nous questionne nous aussi, spectateurs, sur la réaction que l’on aurait face à une telle révélation. La raideur volontaire des bras, la mécanique des gestes et ces postures d'avatars tout droit sortis des Sims composent un grand n'importe quoi visuel absolument jubilatoire et tellement à propos ! Les débordements de Jonathan Cohen sont excellents, et sa curiosité piquée à vif à la rencontre du personnage de Christophe (impeccable Jean-Marie Winling) alimente plus encore ce récit absurde mais tellement jouissif ! Son surréalisme habituel trouve ici un véritable paroxysme et l'on se régale de chaque réplique. Le format concis (1h07 au compteur), compact et direct de l'ensemble fonctionne à merveille mais on regrette tout de même un peu la seconde partie, située 15 ans plus tard, qui essouffle légèrement la dynamique globale. Elle reste néanmoins nécessaire pour amener un final tout aussi génial que les débuts de son récit. « Le vertige », c'est du grand Dupieux comme on l'aime, et l'on reverrait bien le film tant il a su nous séduire, aussi bien dans son fond que dans sa forme.
En effet, le film ne doit pas dépasser les cinq phrases prononcées sur toute sa durée, une véritable prouesse qui nécessite un découpage très précis de ses diverses séquences, des acteurs et actrice capables d’exprimer toute une palette de sentiments rien qu’avec leur corps : mouvements, regards, démarches, sourires, cris sourds... Une prouesse technique qui fonctionne aussi grâce à une bande originale d’enfer, faite de hits des seventies entre funk et rock pur et dur. La vraie surprise vient de l’acteur Alan Ritchson, reconnu depuis la série « Reacher » sur Prime Video, et capable de donner corps à cette armoire à glace sensible, vétéran de la guerre du Vietnam. Si vous pensez que c’est facile, pensez donc à Arnold Schwarzenegger ou Sylvester Stallone au plus fort de leur carrière et essayez d'imaginer s’il ne serait pas risible de les voir jouer uniquement de leur physicalité dans un film totalement sans dialogues (même si certains de leurs films d’action n’étaient pas toujours portés par de longues tirades). Ritchson peut compter face à lui sur de sérieux interprètes pour lui donner du crédit : Ben Foster (un acteur de composition qui se métamorphose à chaque film), Pablo Schreiber (et son look à la Al Pacino sorti tout droit des seventies) et Shailene Woodley en enjeu romantique qui est au cœur de ce drame violent. Un solide casting qui permet encore à cette curiosité de nous surprendre.
Le récit suit le personnage de Mathieu, le nom francisé de Mustapha, un jeune avocat d’origine turque qui chemine dans la vie avec ses dilemmes moraux. Nous comprenons très vite que les fractures identitaires et la violence cachée sont indissociables du parcours d’intégration. Au cœur de cette intrigue, Lionel Erdogan porte le film avec une intensité remarquable : son interprétation est bien sentie car on ressent parfaitement l’inconfort de cet individu qui cherche constamment sa place au sein d’un cabinet d’avocats huppé, mais aussi au sein de sa propre famille. C’est précisément cette dimension qui donne au récit une densité émotionnelle d'une grande sincérité. Autour du personnage principal, le reste de la distribution enrichit cette trajectoire dramatique avec une constante justesse. Charles Berling, que l’on adore revoir à l’écran, incarne avec finesse ce père de substitution qui cristallise si bien la réussite tant souhaitée du héros. À ses côtés, Lubna Azabal se montre magnétique et imprévisible, insufflant une fascination supplémentaire à chaque scène où elle apparaît et confirmant une fois de plus la puissance organique de son jeu. Dans le rôle de la victime, Metehan Aygün livre quant à lui une prestation très convaincante dans sa sobriété, contribuant de façon déterminante à l’ancrage réaliste du film. Cette dualité s’exprime tout autant sur le plan sonore grâce à la bande originale d’Emrah Kaptan. En mariant instruments traditionnels turcs et sonorités occidentales, la musique reflète le tiraillement identitaire du protagoniste et nous ancre dans sa réalité. C’est d'ailleurs lorsque le réalisateur scrute les liens familiaux et communautaires que sa mise en scène s’avère la plus percutante. Ainsi, difficile de ne pas mentionner l’excellente réalisation où le cadrage ne quitte pas souvent le visage du héros, comme pour nous montrer un peu plus clairement ses failles et ses doutes. En fin de compte, ce qui est sidérant, c’est que, pour son premier film, le cinéaste parvient à capter avec une précision saisissante la fragilité de ceux dont l’héritage social pèse sur leur présent, notamment à cause du regard des autres, dont les membres de leur propre communauté. Comme s'il était impossible d’échapper à ses racines.
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Légende
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