Le récit suit le personnage de Mathieu, le nom francisé de Mustapha, un jeune avocat d’origine turque qui chemine dans la vie avec ses dilemmes moraux. Nous comprenons très vite que les fractures identitaires et la violence cachée sont indissociables du parcours d’intégration. Au cœur de cette intrigue, Lionel Erdogan porte le film avec une intensité remarquable : son interprétation est bien sentie car on ressent parfaitement l’inconfort de cet individu qui cherche constamment sa place au sein d’un cabinet d’avocats huppé, mais aussi au sein de sa propre famille. C’est précisément cette dimension qui donne au récit une densité émotionnelle d'une grande sincérité. Autour du personnage principal, le reste de la distribution enrichit cette trajectoire dramatique avec une constante justesse. Charles Berling, que l’on adore revoir à l’écran, incarne avec finesse ce père de substitution qui cristallise si bien la réussite tant souhaitée du héros. À ses côtés, Lubna Azabal se montre magnétique et imprévisible, insufflant une fascination supplémentaire à chaque scène où elle apparaît et confirmant une fois de plus la puissance organique de son jeu. Dans le rôle de la victime, Metehan Aygün livre quant à lui une prestation très convaincante dans sa sobriété, contribuant de façon déterminante à l’ancrage réaliste du film. Cette dualité s’exprime tout autant sur le plan sonore grâce à la bande originale d’Emrah Kaptan. En mariant instruments traditionnels turcs et sonorités occidentales, la musique reflète le tiraillement identitaire du protagoniste et nous ancre dans sa réalité. C’est d'ailleurs lorsque le réalisateur scrute les liens familiaux et communautaires que sa mise en scène s’avère la plus percutante. Ainsi, difficile de ne pas mentionner l’excellente réalisation où le cadrage ne quitte pas souvent le visage du héros, comme pour nous montrer un peu plus clairement ses failles et ses doutes. En fin de compte, ce qui est sidérant, c’est que, pour son premier film, le cinéaste parvient à capter avec une précision saisissante la fragilité de ceux dont l’héritage social pèse sur leur présent, notamment à cause du regard des autres, dont les membres de leur propre communauté. Comme s'il était impossible d’échapper à ses racines.
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