Mais le rêve vire au cauchemar. L’isolement exacerbe les émotions et la folie du père s’infiltre lentement dans chaque souffle, chaque silence, jusqu’à contaminer l’espace et la petite zone de vie partagée avec son jeune fils. La survie devient alors autant physique que psychique et les conséquences irréversibles. Soyons clair, la principale force du film repose avant tout sur son duo principal. Swann Arlaud impressionne par sa capacité de passer de la tendre tendresse paternelle et la folie. Face à lui, Woody Norman confirme qu’il n’est pas simplement une “jeune révélation” : il incarne avec une justesse troublante l’enfant écartelé entre l’amour et la peur, entre loyauté et instinct de survie. Ce face-à-face, tendu jusqu’à l’asphyxie, constitue la véritable matière du film : deux âmes qui s’opposent mais qui ne peuvent pas faire l’une sans l’autre. Là où « Sukkwan Island » aurait dû embrasser le souffle des grands espaces, la mise en scène de Vladimir de Fontenay préfère l’étouffement à la grandeur. Plans serrés, caméra à l’épaule, nervosité incessante : le cadre devient une prison, là où il aurait pu offrir un second souffle salvateur et une contemplation des grands espaces Hélas, la nature reste à nos yeux cantonnée à un décor — un simple fond de drame intime. Ce choix, cohérent dans son intention de traduire la suffocation mentale, finit pourtant par appauvrir le film visuellement et émotionnellement là où on aurait aimé qu’elle soit un acteur à part entière du drame qui se joue dans ces confins reculés du Canada. Et si la tension progresse de manière indéniable (et c’est d’ailleurs un des points réussis du film), le scénario s’enlise dans des effets narratifs trop visibles. Les ficelles dramatiques sont parfois lourdes, les enjeux trop appuyés, et l’ensemble emprunte des chemins déjà bien balisés par d’autres films du genre. On finit par anticiper les ruptures, les crises, les moments de bascule, ce qui affaiblit l’impact émotionnel. La promesse d’une expérience sensorielle et introspective se trouve parasitée par des choix narratifs qui semblent vouloir forcer l’intensité plutôt que la laisser émerger. Mais surtout, hormis à la toute fin (et là, on applaudit !), peu de surprises se manifestent. Mais alors ? Comment interpréter ce résultat ? La faute revient certainement en grande partie à une mise en scène qui ne parvient pas à rendre l’histoire prenante ou vertigineuse, et l’on finit par s’ennuyer, non pas faute d’intensité, mais faute d’ampleur. Seule la fin, réellement surprenante, parvient à réveiller l’ensemble et à rappeler la brutalité du roman. Mais elle arrive tard, trop tard pour compenser une expérience qui, au lieu d’être immersive, reste étrangement étouffée.
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Nous faisant indéniablement penser à son aîné « Le viager » de Pierre Tchernia (sorti il y a 55 ans !), le film a certes quelques jolies idées mais il reste prévisible sur l’évolution de ses personnages et ne parvient pas à nous sortir du schéma classique des comédies du genre. Pourtant, Josiane Balasko donne de sa personne pour interpréter une arnaqueuse avide de richesse et de réussite. Pareil pour Fadily Camara qui parvient à nous faire croire en cette Fanny désabusée et revancharde. Les petites faiblesses du film ne sont pas à chercher du côté de son casting qui fait le job dans ce vaudeville parfois surprenant par la direction qu’il prend. Le problème vient plutôt de l’enchainement des situations plus prévisibles amenées très brutalement pour passer très vite à une nouvelle idée peu exploitée ou du manque d’exploitation de certains personnages (notamment celui de Jean-Pascal Zadi et de Denis Mpunga). Donnant le sentiment d’inachevé, le scénario parait parfois un peu paresseux et la mise en scène (très plate elle aussi) ne parvient pas à dynamiser le tout. Propret, « L’arnaqueuse » ne prend aucun risque, Wilfried Meance non plus puisqu’il semble laisser jouer ses actrices devant sa caméra sans leur donner de direction précise. On pouvait s’attendre à plus avec Josiane Balasko dans l’équipe mais la proposition, malgré ses bonnes petites intentions, ne convainc pas vraiment, peut-être parce qu’on a un grand sentiment de déjà vu et mieux réalisé par le passé ?
Le film est clairement fait pour plaire aux fans convaincus et permet à ceux qui découvrent seulement l’artiste parmi les plus jeunes de connaître les moments clés de sa vie jusqu’à la tournée mondiale de l’album Bad en 1988, l'apogée de sa longue carrière. Le souci est qu’on reste en surface de tous ces événements, il y a pas mal d’ellipses, surtout pour la partie de transition entre l’époque Jackson 5 et The Jacksons, lorsque Jermaine est resté à la Motown et que le 6e frère a rejoint la formation à sa place. Ou encore Janet qui est complètement absente du film, je crois qu’elle n’a pas souhaité cautionner le film, mais de là à l’ignorer complètement, c’est un peu fort. Ne parlons même pas de Diana Ross, la marraine du groupe dans le métier... Le film choisit ainsi de s’attarder sur certains éléments plutôt que d’autres, parfois avec raison, parfois moins. Côté acteurs, le patriarche Joseph bénéficie de l’interprétation sans faille, même fortement grimé, de Colman Domingo, et Jaafar Jackson, propre neveu de Michael, alors qu’il n’est absolument pas acteur à la base, est plutôt convaincant dans les scènes plus intimes et bien sûr il a travaillé comme un dingue pour recréer les chorégraphies légendaires de son oncle. J’ai vu le film en version originale et j’ai été bluffée par sa voix lors des dialogues, il l’imite vraiment à la perfection; pour les parties chantées, c’est le même processus que pour Elvis avec Austin Butler, on entend sa voix par-dessus celle de Michael et l’effet est impressionnant de mimétisme. Selon moi, ce sont les scènes plus intimes du quotidien qui sont les plus intéressantes, mais malheureusement pas si nombreuses, ces moments qui nous font comprendre l’être à part qu’il était et les conflits familiaux ainsi que l’accident qui l’ont forgé. Les moments de créativité aussi, car finalement une grande partie du long métrage est une reconstitution des passages sur scène ou à la télévision et là c‘est du copier-coller, à quelques exceptions près, de ce qu’on peut trouver facilement par exemple sur Youtube avec le vrai Michael Jackson à l'œuvre. Je vous conseille d'ailleurs sur ce sujet les deux documentaires réalisés par Spike Lee : Bad 25 et Off the Wall pour une vraie découverte de l’artiste à part entière. On doit s’attendre à une suite, vu que l’action se termine en 1988 et là je suis vraiment curieuse de voir comment les événements vont être abordés car on ne peut passer sous silence les moments les plus glauques de son existence. Étant donné que ce premier film est assez édulcoré, il va falloir que la production révise sa copie. Pour résumer, aller voir le film pour passer deux heures de détente et vous constituer une playlist dès que vous sortirez de la salle, parce que toutes ses chansons vous restent en tête, que vous soyez fans de la première heure ou non. Par contre, si vous cherchez un bon long métrage à la dramaturgie intense et au montage travaillé, Michael n’est pas fait pour vous et c’est très surprenant venant d’un réalisateur comme Antoine Fuqua à qui l’ont doit quand même Training Day et la trilogie Equalizer. Mais on se doute bien qu’il a dû composer avec la famille et le studio pour trouver un consensus. On est en droit de regretter une vraie œuvre biographique plutôt que ce produit marketing formaté pour le grand public.
Pas étonnant, avec son expérience dans le monde du théâtre et du cinéma, que la réalisatrice belge passe de l’autre côté de la caméra pour nous délivrer, cette fois, un long-métrage très personnel « Sauvons les meubles ». Dans son film, elle nous invite à pousser la porte de la maison familiale du Sud de la France, un cocon rural où le drame s’invite puisque la mère de Lucile et Paul (Yoann Zimmer) vit ses derniers jours, touchée par la rechute d’un cancer incurable. Et à côté de la nécessité d’être présents pour l’accompagner au mieux, le frère et la sœur vont découvrir un surendettement installé depuis longtemps, des démarches qui les inclus bien malgré eux… Pudique, le film ne verse pas dans le mélodrame insistant où chaque scène pèse sur le cœur de ses personnages et des spectateurs. S’il y a bien sûr la difficulté de se dire au revoir, de se parler et d’accompagner l’un de ses piliers vers sa prochaine destination, mais il y a aussi et surtout de la tendresse timide mais réelle, la complicité d’un grand-père dépassé envers sa petite fille mais aussi celle d’un frère qui découvre des secrets enfouis et qui soutient sa sœur dans des démarches qu’ils n’auraient jamais imaginer réaliser. La maison, la famille, les situations précipitées pour donner un cadre réduit dans la temporalité de la fin de vie, tout concorde pour que le récit ne prenne pas trop de temps, que l’on aille à l’essentiel et que cette histoire se déroule sans trop d’encombre. On aurait aimé un peu plus de développement par moments et davantage de moments suspendus dans la demeure familiale mais on aime les batailles menées, l’aura de l’héroïne (impeccable Vimala Pons, comme toujours) et le cheminement qui est fait par l’ensemble de la famille. Inspirée d’un vécu propre, « Sauvons les meubles » se vit de l’intérieur et parle le langage du coeur. C’est un long-métrage sur l’héritage, sur les secrets de famille, sur la nécessité de former un tout quand un des nôtres va s’en aller.
On se prend dans les bras, on voit que le temps a passé (20 ans quand même), mais le lien est intact et nous retrouvons les bureaux de la rédaction de Runway comme si on les avait quittés il y a deux ou trois années. Et si la nostalgie fait un peu surface, on assiste néanmoins à une réelle évolution et le film (comme ses personnages) se met au service des tendances du moments. En effet, le film ne se contente pas de faire du "fan service", il ancre ses héros (devenus de vraies icônes) dans la réalité brutale d’une industrie de la mode qui a dû apprendre à composer avec l'éthique, la course à la population à la visibilité et aussi et surtout le numérique. Miranda Priestly a beau avoir un charisme et une apparence qui résistent à tout, on la sent inquiétée par les nouveaux enjeux de société où tout doit aller vite et où la communication doit être ultra maîtrisée. Impériale, naviguant entre autorité naturelle et une vulnérabilité, Meryl Streep ressort ses attitudes de diva, son maintient de lionne et son brushing travaillée mais parvient aussi à déposer les armes et laisser apercevoir une facette inédite de son personnage. Andy, elle, a pas mal bourlingué et voit sa carrière mise en danger par les rachats et licenciements inhérents aux fusions de grands groupes de presse. Si son combat a changé, on la retrouve avec un plaisir immense, et encore plus grâce au jeu d’Anne Hataway, plus mature, plus assumé aussi. Elle n'est plus la petite assistante qui subit ; elle est devenue une femme de pouvoir qui joue avec les codes, les relations et s’impose dans un monde de requins. D’ailleurs, le scénario évite le piège de la caricature et offre une réelle dynamique et des répliques piquantes comme on les a tant aimées. On ne s’ennuie pas une seconde et on ne se perd jamais dans les trames d’une intrigue qui se démultiplie pour finir par se rejoindre. Et pour que la magie opère vingt ans plus tard, il ne fallait pas seulement retrouver le casting initial, il fallait une alchimie intacte. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le quatuor de tête (qui nous permet de retrouver aussi Emily Blunt et notre coup de cœur, Stanley Tucci) revêt ses costumes (et ses tenues de haute couture) avec une aisance naturelle. Le seul petit bémol de cette suite, serait peut-être le manque de défilés, de mode dans le sens premier du terme. Si les tenues sont absolument divines, on aurait aimé que la caméra s'attarde davantage sur les podiums ou dans les coulisses des défilés couverts ou organisés par Runway.
Sauf qu'elle date un peu cette rupture, et donc cette situation de remplacement affectif dure un peu... Mytho avec ses collègues (car il n’a pas d’amis en dehors de son travail) et ses parents, seule sa sœur est au courant du fait que celle qu’il présente comme sa petite amie dans ses conversations n’existe pas réellement... jusqu’au jour où cette poupée prend vie et vient bouleverser le quotidien de Rémi, alors est-il devenu fou ? Comment réagir alors que sa compagne jusque-là amorphe, qu’il a prénommée Audrey, doit elle-même s’acclimater à sa nouvelle existence ? Rémi est évidemment très fier d'exhiber sa petite amie devant ses parents et ses collègues, sa sœur Domi (Adèle Journeaux) étant dans la confidence. En parallèle, une nouvelle collaboratrice pleine d'énergie, Patricia, jouée par Cécile de France, vient encore compliquer la situation alors que Rémi se découvre des affinités avec cette femme bien réelle. On peut regretter que le film parte un peu dans tous les sens au lieu de se fixer sur une thématique pourtant riche et suffisante en elle-même : la poupée, qui a les traits de l’actrice Zoé Marchal, questionne ce qui est attendu d’elle en tant que femme et partenaire dans un couple qui lui est imposé, face à un homme cisgenre qui se croit ouvert d’esprit alors qu’il est pétri de conventions sexistes. Malgré ses défauts de jeunesse, le film m’a néanmoins bien plu, déjà parce que la complicité à l’écran est palpable entre Macaigne et De France, déjà réunis dans le film « Bonnard, Pierre et Marthe » de Martin Provost. Ensuite, l’histoire est singulière, donnant lieu à des situations cocasses qui évitent par bonheur le scabreux, le traitement vise la tendresse, ne cherche pas à faire la morale, mais ouvre les yeux sur les lieux communs de tous les couples hétéros. Un vaudeville moderne qui part quand même d’un constat plus profond si on veut bien prendre la peine d'écouter. Un joli premier film pour sa réalisatrice.
Et pourtant, « Die my love » interpelle, fait écho auprès de ces jeunes mamans qui voient leur couple et leur vie voler en éclats lors de l’arrivée d’un bébé. Dépossédée de sa vie, de sa liberté, de l’essence même de ce qu’elle était, Grace assure son rôle de mère comme un automate, s’attache à son fils et subvient à ses besoins ni plus ni moins… Et alors que Jackson gagne la ville pour son travail et s’absente de plus en plus, Grace elle, s’isole, s’évade quand elle le peut mais peine à trouver la bouffée d’oxygène nécessaire à sa survie personnelle et professionnelle… Sur le papier, « Die my love » avait tout pour livrer un drame psychologique dense et il l’est en partie. Jennifer Laurence est excellente dans son interprétation tant dans la bestialité de certain(e)s actes/scènes que dans la folie qui la gagne peu à peu. Habitée par son personnage, elle est plus que crédible et porte véritablement le film sur ses épaules. De même, l’isolement de la maison, les couleurs ternes de l’habitation et le souffle de vie inspiré à la nuit tombée contribuent à rendre anxiogène une situation qui ne peut que s’empirer sans aide extérieure ou compréhension. Tendue en permanence, l’intrigue joue avec nos nerfs, nous laisse entrevoir l’apparition de drames qui n’en sont pas, nous laissant dans une angoisse perpétuelle vécue et exprimée par un Robert Pattinson toujours très impliqué dans son rôle de père et mari horrifié. Mais le souci majeur du film est qu’il est inutilement long. Passé la première demi-heure de film, on comprend et on sait vers où le long-métrage va nous emmener et on peine à comprendre certains arcs narratifs venus s’immiscer dans l’intrigue principale sans la servir réellement. Le récit est étiré en longueur, déstructuré entre scènes du présent et réminiscence du passé (ou hallucinations) et on s’ennuie dans sa deuxième partie qui nous parait interminable. Alors oui, Lynne Ramsay a eu l’intelligence de présenter la maternité comme une prison qui empêche parfois les mères de vivre, s’épanouir et garder un cap. Mais fallait-il la mettre en scène de façon si déstructurée, si redondante ? Pire, le film est tellement axé sur les conséquences d’une situation qu’on en oublie de s’attacher aux personnages ou d’éprouver une once d’empathie pour eux. Le film est beau, le sujet important mais « Die my love » est trop monocorde ou radical pour qu’on le défende vraiment.
Les trois enfants de la famille marquée par la disparition de la grand-mère qui leur racontait des histoires passionnantes reprennent la tradition familiale entre eux afin de se rassurer et de ne pas oublier leur mamie chérie. En parallèle, le grand-père a bien du mal à affronter ce deuil et les enfants vont tout faire pour lui remonter le moral. Le film, lauréat du Prix du meilleur long métrage pour jeune public au festival Anima cette année, où nous avons découvert le film, est distribué en Belgique grâce à Le Parc Distribution - Les Grignoux asbl. Je vous encourage à y emmener les jeunes enfants qui ont un lien particulier avec leurs grands-parents, l’histoire leur parlera assurément, même si, évidemment, tout le monde peut comprendre les sentiments mis en scène à l’écran, quel que soit son âge, quelle que soit sa relation à ses propres grands-parents (biologiques ou de substitution). En fait, ces contes sont adaptés d’histoires de l’auteur tchèque Arnošt Goldflam, un chapeau doit être porté par le conteur, trois mots sont choisis par les enfants et représentent le point de départ de l’histoire qui s’apprête à être racontée. Magie et fantastique sont au menu pour le plus grand plaisir des enfants.
C’est le cas d’Eric Toledano et Olivier Nakache. Avec « Juste une illusion », le duo délaisse l’aspect social que l’on a pu découvrir dans « Hors normes » ou « Intouchables » et nous emporte dans une vague de nostalgie enchantée et enchanteresse bienvenue. C’est un bonbon tout droit sorti du placard des années 80 que l’on savoure et que l’on reprendrait bien par pure gourmandise. Le centre du récit ? Une famille, banale, comme tant d’autres. Il y a Sandrine, la mère qui tente de gravir les échelons de la société où elle travaille, Yves, cadre récemment au chômage gentiment foireux et pas du tout autoritaire et les deux enfants : Vincent (Simon Boublil) et Arnaud (Alexis Rosenstiehl). Si aucun événement particulier ne vient bouleverser leur quotidien (si ce ne sont les premières amours du jeune Vincent pour la toute mignonne Anne-Karine), c’est justement dans ce choix que réside tout le génie film. Faire d’un quotidien un beau film, un long-métrage remplit de bons sentiments et de sincérité, d’une vérité humaine qui fait tellement du bien à voir. Rarement une « tribu » cinématographique n’a donné cette impression d’exister vraiment. Portée par le couple à l’écran Camille Cottin et Louis Garrel, cette famille semble plus vraie que nature est touchante et tellement ordinaire. L’écriture de leur personnage est savoureuse, les dialogues aussi. Chaque échange, chaque non-dit, chaque maladresse prête à sourire, certaines scènes nous touchent au cœur, bref, la pulsation de vie qui émane du film est contagieuse à tel point que l'on ressort de la salle avec l'impression de quitter de vieux amis qu’on avait plus vu depuis quelques années. Jamais on ne regarde des acteurs jouer, on observe une famille exister, s'engueuler et s'aimer, on voit des jeunes se chercher, évoluer, et on fait nous aussi partie de ce clan le temps de notre séance ciné. Et puis il y a cette reconstitution d'époque admirable et hautement appréciable ! Les décors, les costumes, les voitures, les moindres détails des chambres, appartements, magasins fréquentés, tout est pensé pour nous téléporter dans un passé que l'on a vécu ou non, avec une nostalgie qui fait du bien au cœur. Les Madeleines de Proust s’enchaînent, les clins d’œil aussi mais dans une finesse qui évite le cliché du musée un peu trop figé. Loin d’être l’illusion de son titre, le film parvient à tenir sa ligne de conduite du début à la fin, de nous émouvoir et nous faire (sou)rire, de garder le cap déjà bien installé par Toledano et Nakache et d’ajouter à cette belle lignée de films un nouveau petit coup de cœur qu’on reverrait avec bonheur.
Avec « Le Réveil de la momie », la surprise est de mise. Loin des clichés poussifs et des malédictions vite expédiées, le film parvient à s'imposer par son esthétisme mais aussi par ses émotions. Pourtant, ce n’est pas facile de tenir le spectateur en haleine durant deux heures quart mais l’Irlandais Lee Cronin (« Evil dead rise » sorti en 2023) y parvient. Le scénario, d'une intelligence redoutable, parvient à étirer son récit sans jamais donner l'impression de piétiner, distillant ses révélations avec classisme mais efficacité… Certaines scènes marquent, écœurent, prêtent à sourire et le mix fonctionne à merveille. Dès les premières séquences nous sommes plongés dans l’inquiétude, dans l’histoire qui, après une introduction nécessaire pour comprendre la mécanique des familles et leurs enjeux, se déroule à l’image des bandes mortuaires millénaires. La mise en scène délaisse les artifices attendus et au contraire, offre de très belles images, servies par une photographie jouant avec les contrastes et les zones d'ombre de manière magistrale et judicieuse. Ici, pas d'enchaînement mécanique ou des effets de surprise malvenus, tout est apporté avec soin pour laisser place à l’effroi, au stress, que les images soient devant nos yeux ou suggérées par du hors-champ. Et l’autre a véritable force de ce « Réveil de la momie » réside dans la qualité de son interprétation, des acteurs qui jouent avec justesse la peur mais aussi l’émotion. En tête, la performance phénoménale des enfants (en particulier celle de Natalie Grace), capables d'incarner la vulnérabilité, la terreur pure, la folie ou la possession aussi, sans jamais sombrer dans l'excès. Ils constituent le cœur battant du récit, solidement épaulés par un reste de casting impeccable (Jack Reynor, Laia Costa et Verónica Falcón) qui apporte une vraie plus value à cette histoire de possession peu ordinaire.
Pourtant, on pouvait craindre la suite dispensable ou une resucée qui n’aurait que pour seul but d’exploiter la veine et se détacher du sang neuf apporté par son prédécesseur. Si vous avez aimé le jeu de cache-cache nuptial de Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin (toujours aux manettes de sa suite), alors, vous devriez aussi trouver votre compte dans ce petit plaisir coupable mêlant scène gores et comiques sous fon de tension jamais excessive. Cette deuxième partie, qui ne souffre d’aucun temps mort, commence à peine quelques minutes après le final qui voyait Grace délivrée de son horrible jeu de massacre. A peine remise de ses émotions et de ses blessures, la voilà embarquée dans un nouveau jeu de chasse à l’homme où de riches héritiers se battent pour le pouvoir. Fondée sur un rite ridicule qui amène son lot de règles jouissives, cette nouvelle partie parvient à nouveau à nous amuser de ses absurdités voulues et à nous faire sourire par ses dialogues ou twists finement écrits. Oh bien sûr, cela ne révolutionne absolument pas le genre, mais « Wedding Nightmare : deuxième partie » assure dans l’idée du plaisir coupable qui recommence inlassablement la même danse. Et en parlant de danse, celle de « Turn around » nous a particulièrement amusée. Loin de se contenter de "refaire la même chose", le scénario reprend ce qui fonctionnait et le réinvente, le transpose pour dynamiser une histoire dont on peut difficilement deviner la fin. On se régale de la présence de Kathryn Newton, Elijah Wood, Sarah Michelle Gellar, Shawn Hatosy ou encore Nestor Carbonell et on est très heureux de retrouver Samara Weaving toujours aussi badass et incroyablement résistante à la douleur ! En bref, « Wedding Nightmare 2 » est tout ce que l’on espérait. Et même si on ne s’attendait pas à cette suite, on l’a appréciée pour ce qu’elle est : un divertissement honorable et amusant.
Le voir sortir un nouveau long-métrage avec, cette fois, Zendaya et Robert Pattinson avait donc de quoi nous intriguer. Et si nous pouvions vous donner un conseil avant de vous rendre à la séance de « The drama », c’est de ne prendre aucun renseignement sur son sujet, son pitch ou ne visionner aucune bande annonce pour que l’expérience reste totale. Car l’un des points forts du film est sans conteste sa capacité à nous surprendre de bout en bout tant dans le déroulé de son intrigue que dans son montage ou l’évolution des réactions de ses personnages. A24 nous a habitué aux films indépendants surprenants, aux propositions audacieuses qui peineraient peut-être à accéder à nos salles sans l’appui de ses producteurs qui ont « du pif ». « The Drama », en lui aussi entré dans cette écurie et fort heureusement pour nous ! Porté par un duo que l’on n'attendait pas (mais qui s'impose instantanément comme une évidence), le film s'aventure dans le domaine du doute, de la rumeur, de la difficulté de garder le même regard sur l’être aimé une fois qu’un de ses pires secrets a été dévoilé. Entre non-dits, tensions, malaises et tentative de compréhension, le nouveau film de Kristoffer Borgli n’a pas fini de nous surprendre ! Contrairement à son montage saccadé, parfois nerveux mais parfaitement maîtrisé, la ligne scénaristique est d'une limpidité/fluidité exemplaire : on suit l'évolution d'une crise à quelques jours d’un mariage qui s’annonce fastueux. Là où l’excitation des préparatifs devraient prendre le pas sur tout le reste, c’est le malaise et l’incompréhension qui s’installent, infusant chaque jour un peu plus jusqu’à laisser un petit goût amer dans un couple qui semblait tellement stable. Imprévisible, « The drama » réussit à nous faire avancer sur un chemin parsemé de « red flags », ... et ne nous emmène jamais là où on s’y attendait, la tension narrative se construisant peu à peu jusqu’à une apothéose admirable. L'originalité du montage participe activement à cette désorientation. Loin de la linéarité classique, il joue avec les perceptions fantasmées, les ressentis et les projections de Charlie (Robert Pattinson) sur ce qu'est ou a été sa fiancée. La mise en scène se veut faussement fragile, à l’image de ce couple qui est à deux doigts de s'effondrer au moindre souffle ou mot de trop, et va puiser dans des originalités exemplaires pour le permettre et l'illustrer. Et en parlant de couple, intéressons nous quelques instants à ceux qui le composent. Zendaya confirme tout le bien que l’on pensait déjà de son charisme et sa capacité à jouer des rôles dramatiques, deux atouts que l’on avait déjà appréciés dans le mémorable « Malcolm et Marie » (ou encore dans « Challengers »). Difficile d’imaginer que l’actrice n’a que 29 ans tant la maturité de son jeu crève les yeux ! Face à elle, Robert Pattinson qui continue dans la lignée des rôles complexes qu’on apprécie à sa juste valeur, l’acteur révélant ici une fragilité qu’on lui connaissait moins… et qu’est-ce que ça lui va bien ! Complices tout au long du film, ils parviennent à nous faire croire à leur intimé, leur amour mais leurs doutes et leurs peines.
Note du film: François ★ Avis : Ecrivons-le sans ambages, alors que le premier film était une belle réussite, on ne peut pas dire autant de cette suite. Si le premier volet pouvait compter sur un fil rouge relativement bien amené, cette nouvelle aventure fait penser à un clip géant à la gloire du plombier moustachu. Alors certes, c’est beau, ça flashe, ça prête à sourire dans les premiers temps, ça explose à l’écran mais ça reste une longue promo déguisée en film. Cette fois, on nous sert 90 minutes de clins d’œil, et de références que les plus perspicaces sauront reconnaitre. Oui, nous en prenons plein les mirettes mais l’ensemble est indigeste tant le scénario est manquant. Et pourtant, nous avons essayé de retirer une histoire de cette soupe qui commençait pourtant bien et qui s’est désintégrée en plein vol à l’instar du laser de Bowser Jr sur le château de la Princesse Peach !Outre ce néant narratif, les enchainements se veulent frénétiques comme pour nous empêcher de respirer… Ou de penser ? Même les personnages présentés semblent être des figurants de cette histoire qui aurait pu les mettre en lumière, à l’image de Yoshi qui est là, mais peut-être pas comme on l’aurait voulu. Pour être tout à fait honnête, nous avons eu l’impression d’un motif pour que les fans ressortent leurs consoles avec les licences du plombier. Vous reprendrez bien une petite partie de Mario Galaxy ?
Venus de France ou de Russie, les quatre courts-métrages artistiquement époustouflants permettent à petits et grands de découvrir des histoires inspirées de grands auteurs (Paul Eluard) ou des récits originaux hauts en couleur. « Animal rit » d’Aurore Peuffier, est ainsi l’occasion de se plonger dans un poème illustré et joliment conté sur fond de peintures acryliques tantôt réalistes, tantôt abstraites d’une grande qualité ! En trois petites minutes, le monde du cirque s’anime sous nos yeux avant de laisser place à un « Chuuut ! » sans parole, sans voix off, juste ponctués de quelques sons humains venus perturber la curiosité ou la tranquillité d’un ours parti hiberner. Les dessins rudimentaires, qui montrent la grandeur de cet ours, sont attractifs, son histoire courte mais efficace… La réalisatrice russe Nina Bisyarina dévoile son savoir-faire à travers des dessins et un message simple mais pas simpliste. Après ce petit détour dans le pays de l’Oural, revenons en France avec « Emerveillement » qui porte bien son nom. Adapté du livre de Rémi Vivier, le très court-métrage de Martin Clerget est sans conteste notre petit coup de cœur. Une histoire d’amitié non choisie, le récit de la découverte d’une beauté qui ne devait pas se révéler aux yeux d’un ours sorti de son hibernation par un lapin peu précautionneux. La voix off nous conte les émotions de l’ours et nous mesurons pleinement la beauté du message et de son support artistique tout adapté. On adore ! Enfin, pour terminer le cycle des courts-métrages thématiques, nous découvrons le fameux « Ourse et oiseau » éponyme, un film plus long et plus psychédélique par moments. Ses dessins tout droit sortis d’un livre pour enfants colorés s’animent dans une nature qui fait rêver et nous entraîne dans une épopée qui voit une ourse tout quitter pour retrouver son oiseau migrateur parti au loin. S’il souffre d’un petit ventre mou (ou d’une proposition moins enfantine), on apprécie la quête, l’ode à l’amitié, l’aventure qui bouscule les habitudes de notre ourse attachante. Et si elle nous fait indirectement penser à « Tafiki » découvert cet été, son histoire se clôture d’une bien belle façon et saura délivrer quelques jolies émotions.
On y fait connaissance avec des personnalités ayant réellement existé : Corinne Luchaire (Nastya Goloubeva), jeune actrice en pleine ascension qui ne va pas voir briller son étoile bien longtemps car son destin est lié à celui de son père, Jean (Jean Dujardin), un patron de journal pacifiste qui plaide l’entente entre l’Allemagne et la France pour une Europe forte. Tous deux vont glisser sur le conflit, ajustant leurs œillères pour continuer à profiter de leur confort. Et on ne peut pas vraiment leur en vouloir, Jean a été manipulé par son grand ami Otto Abetz (August Diehl) qui a retourné sa chemise pour obtenir un poste important dans le Reich d’Hitler, il devient ambassadeur à Paris pendant l'Occupation. Et Corinne est une toute jeune fille en recherche de soi, profitant de la vie et de ses privilèges. Sauf qu’après la France collabo de Vichy, la France libérée a cherché ses coupables et les a punis durement. Le film de Xavier Gianolli nous dessine le portrait de chacun des personnages, avec ses longueurs, beaucoup de longueurs, sur une durée de 3h15 et c’est long, vraiment très long. Pas un mauvais film du tout, loin de là, c’est une histoire très intéressante et nécessaire qui offre un point de vue inédit sur la collaboration, sur la facilité avec laquelle on peut passer du bien au mal, une très belle relation père-fille aussi à qui Jean Dujardin et la quasi débutante Nastya Goloubeva donnent beaucoup de corps. La jeune actrice a un regard magnétique qui accroche la caméra et est franchement impressionnante dans un premier grand rôle dramatique. La reconstitution d’époque avec les costumes, les décors, c'est aussi beau que dans le long métrage précédent du réalisateur, « Les Illusions Perdues », l’atmosphère même est très réussie, mais je ne peux m’empêcher de penser que le film aurait honnêtement pu être amputé de plusieurs scènes sans que l’histoire n’en pâtisse.
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