C’est le cas d’Eric Toledano et Olivier Nakache. Avec « Juste une illusion », le duo délaisse l’aspect social que l’on a pu découvrir dans « Hors normes » ou « Intouchables » et nous emporte dans une vague de nostalgie enchantée et enchanteresse bienvenue. C’est un bonbon tout droit sorti du placard des années 80 que l’on savoure et que l’on reprendrait bien par pure gourmandise. Le centre du récit ? Une famille, banale, comme tant d’autres. Il y a Sandrine, la mère qui tente de gravir les échelons de la société où elle travaille, Yves, cadre récemment au chômage gentiment foireux et pas du tout autoritaire et les deux enfants : Vincent (Simon Boublil) et Arnaud (Alexis Rosenstiehl). Si aucun événement particulier ne vient bouleverser leur quotidien (si ce ne sont les premières amours du jeune Vincent pour la toute mignonne Anne-Karine), c’est justement dans ce choix que réside tout le génie film. Faire d’un quotidien un beau film, un long-métrage remplit de bons sentiments et de sincérité, d’une vérité humaine qui fait tellement du bien à voir. Rarement une « tribu » cinématographique n’a donné cette impression d’exister vraiment. Portée par le couple à l’écran Camille Cottin et Louis Garrel, cette famille semble plus vraie que nature est touchante et tellement ordinaire. L’écriture de leur personnage est savoureuse, les dialogues aussi. Chaque échange, chaque non-dit, chaque maladresse prête à sourire, certaines scènes nous touchent au cœur, bref, la pulsation de vie qui émane du film est contagieuse à tel point que l'on ressort de la salle avec l'impression de quitter de vieux amis qu’on avait plus vu depuis quelques années. Jamais on ne regarde des acteurs jouer, on observe une famille exister, s'engueuler et s'aimer, on voit des jeunes se chercher, évoluer, et on fait nous aussi partie de ce clan le temps de notre séance ciné. Et puis il y a cette reconstitution d'époque admirable et hautement appréciable ! Les décors, les costumes, les voitures, les moindres détails des chambres, appartements, magasins fréquentés, tout est pensé pour nous téléporter dans un passé que l'on a vécu ou non, avec une nostalgie qui fait du bien au cœur. Les Madeleines de Proust s’enchaînent, les clins d’œil aussi mais dans une finesse qui évite le cliché du musée un peu trop figé. Loin d’être l’illusion de son titre, le film parvient à tenir sa ligne de conduite du début à la fin, de nous émouvoir et nous faire (sou)rire, de garder le cap déjà bien installé par Toledano et Nakache et d’ajouter à cette belle lignée de films un nouveau petit coup de cœur qu’on reverrait avec bonheur.
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Avec « Le Réveil de la momie », la surprise est de mise. Loin des clichés poussifs et des malédictions vite expédiées, le film parvient à s'imposer par son esthétisme mais aussi par ses émotions. Pourtant, ce n’est pas facile de tenir le spectateur en haleine durant deux heures quart mais l’Irlandais Lee Cronin (« Evil dead rise » sorti en 2023) y parvient. Le scénario, d'une intelligence redoutable, parvient à étirer son récit sans jamais donner l'impression de piétiner, distillant ses révélations avec classisme mais efficacité… Certaines scènes marquent, écœurent, prêtent à sourire et le mix fonctionne à merveille. Dès les premières séquences nous sommes plongés dans l’inquiétude, dans l’histoire qui, après une introduction nécessaire pour comprendre la mécanique des familles et leurs enjeux, se déroule à l’image des bandes mortuaires millénaires. La mise en scène délaisse les artifices attendus et au contraire, offre de très belles images, servies par une photographie jouant avec les contrastes et les zones d'ombre de manière magistrale et judicieuse. Ici, pas d'enchaînement mécanique ou des effets de surprise malvenus, tout est apporté avec soin pour laisser place à l’effroi, au stress, que les images soient devant nos yeux ou suggérées par du hors-champ. Et l’autre a véritable force de ce « Réveil de la momie » réside dans la qualité de son interprétation, des acteurs qui jouent avec justesse la peur mais aussi l’émotion. En tête, la performance phénoménale des enfants (en particulier celle de Natalie Grace), capables d'incarner la vulnérabilité, la terreur pure, la folie ou la possession aussi, sans jamais sombrer dans l'excès. Ils constituent le cœur battant du récit, solidement épaulés par un reste de casting impeccable (Jack Reynor, Laia Costa et Verónica Falcón) qui apporte une vraie plus value à cette histoire de possession peu ordinaire.
Pourtant, on pouvait craindre la suite dispensable ou une resucée qui n’aurait que pour seul but d’exploiter la veine et se détacher du sang neuf apporté par son prédécesseur. Si vous avez aimé le jeu de cache-cache nuptial de Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin (toujours aux manettes de sa suite), alors, vous devriez aussi trouver votre compte dans ce petit plaisir coupable mêlant scène gores et comiques sous fon de tension jamais excessive. Cette deuxième partie, qui ne souffre d’aucun temps mort, commence à peine quelques minutes après le final qui voyait Grace délivrée de son horrible jeu de massacre. A peine remise de ses émotions et de ses blessures, la voilà embarquée dans un nouveau jeu de chasse à l’homme où de riches héritiers se battent pour le pouvoir. Fondée sur un rite ridicule qui amène son lot de règles jouissives, cette nouvelle partie parvient à nouveau à nous amuser de ses absurdités voulues et à nous faire sourire par ses dialogues ou twists finement écrits. Oh bien sûr, cela ne révolutionne absolument pas le genre, mais « Wedding Nightmare : deuxième partie » assure dans l’idée du plaisir coupable qui recommence inlassablement la même danse. Et en parlant de danse, celle de « Turn around » nous a particulièrement amusée. Loin de se contenter de "refaire la même chose", le scénario reprend ce qui fonctionnait et le réinvente, le transpose pour dynamiser une histoire dont on peut difficilement deviner la fin. On se régale de la présence de Kathryn Newton, Elijah Wood, Sarah Michelle Gellar, Shawn Hatosy ou encore Nestor Carbonell et on est très heureux de retrouver Samara Weaving toujours aussi badass et incroyablement résistante à la douleur ! En bref, « Wedding Nightmare 2 » est tout ce que l’on espérait. Et même si on ne s’attendait pas à cette suite, on l’a appréciée pour ce qu’elle est : un divertissement honorable et amusant.
Le voir sortir un nouveau long-métrage avec, cette fois, Zendaya et Robert Pattinson avait donc de quoi nous intriguer. Et si nous pouvions vous donner un conseil avant de vous rendre à la séance de « The drama », c’est de ne prendre aucun renseignement sur son sujet, son pitch ou ne visionner aucune bande annonce pour que l’expérience reste totale. Car l’un des points forts du film est sans conteste sa capacité à nous surprendre de bout en bout tant dans le déroulé de son intrigue que dans son montage ou l’évolution des réactions de ses personnages. A24 nous a habitué aux films indépendants surprenants, aux propositions audacieuses qui peineraient peut-être à accéder à nos salles sans l’appui de ses producteurs qui ont « du pif ». « The Drama », en lui aussi entré dans cette écurie et fort heureusement pour nous ! Porté par un duo que l’on n'attendait pas (mais qui s'impose instantanément comme une évidence), le film s'aventure dans le domaine du doute, de la rumeur, de la difficulté de garder le même regard sur l’être aimé une fois qu’un de ses pires secrets a été dévoilé. Entre non-dits, tensions, malaises et tentative de compréhension, le nouveau film de Kristoffer Borgli n’a pas fini de nous surprendre ! Contrairement à son montage saccadé, parfois nerveux mais parfaitement maîtrisé, la ligne scénaristique est d'une limpidité/fluidité exemplaire : on suit l'évolution d'une crise à quelques jours d’un mariage qui s’annonce fastueux. Là où l’excitation des préparatifs devraient prendre le pas sur tout le reste, c’est le malaise et l’incompréhension qui s’installent, infusant chaque jour un peu plus jusqu’à laisser un petit goût amer dans un couple qui semblait tellement stable. Imprévisible, « The drama » réussit à nous faire avancer sur un chemin parsemé de « red flags », ... et ne nous emmène jamais là où on s’y attendait, la tension narrative se construisant peu à peu jusqu’à une apothéose admirable. L'originalité du montage participe activement à cette désorientation. Loin de la linéarité classique, il joue avec les perceptions fantasmées, les ressentis et les projections de Charlie (Robert Pattinson) sur ce qu'est ou a été sa fiancée. La mise en scène se veut faussement fragile, à l’image de ce couple qui est à deux doigts de s'effondrer au moindre souffle ou mot de trop, et va puiser dans des originalités exemplaires pour le permettre et l'illustrer. Et en parlant de couple, intéressons nous quelques instants à ceux qui le composent. Zendaya confirme tout le bien que l’on pensait déjà de son charisme et sa capacité à jouer des rôles dramatiques, deux atouts que l’on avait déjà appréciés dans le mémorable « Malcolm et Marie » (ou encore dans « Challengers »). Difficile d’imaginer que l’actrice n’a que 29 ans tant la maturité de son jeu crève les yeux ! Face à elle, Robert Pattinson qui continue dans la lignée des rôles complexes qu’on apprécie à sa juste valeur, l’acteur révélant ici une fragilité qu’on lui connaissait moins… et qu’est-ce que ça lui va bien ! Complices tout au long du film, ils parviennent à nous faire croire à leur intimé, leur amour mais leurs doutes et leurs peines.
Note du film: François ★ Avis : Ecrivons-le sans ambages, alors que le premier film était une belle réussite, on ne peut pas dire autant de cette suite. Si le premier volet pouvait compter sur un fil rouge relativement bien amené, cette nouvelle aventure fait penser à un clip géant à la gloire du plombier moustachu. Alors certes, c’est beau, ça flashe, ça prête à sourire dans les premiers temps, ça explose à l’écran mais ça reste une longue promo déguisée en film. Cette fois, on nous sert 90 minutes de clins d’œil, et de références que les plus perspicaces sauront reconnaitre. Oui, nous en prenons plein les mirettes mais l’ensemble est indigeste tant le scénario est manquant. Et pourtant, nous avons essayé de retirer une histoire de cette soupe qui commençait pourtant bien et qui s’est désintégrée en plein vol à l’instar du laser de Bowser Jr sur le château de la Princesse Peach !Outre ce néant narratif, les enchainements se veulent frénétiques comme pour nous empêcher de respirer… Ou de penser ? Même les personnages présentés semblent être des figurants de cette histoire qui aurait pu les mettre en lumière, à l’image de Yoshi qui est là, mais peut-être pas comme on l’aurait voulu. Pour être tout à fait honnête, nous avons eu l’impression d’un motif pour que les fans ressortent leurs consoles avec les licences du plombier. Vous reprendrez bien une petite partie de Mario Galaxy ?
Venus de France ou de Russie, les quatre courts-métrages artistiquement époustouflants permettent à petits et grands de découvrir des histoires inspirées de grands auteurs (Paul Eluard) ou des récits originaux hauts en couleur. « Animal rit » d’Aurore Peuffier, est ainsi l’occasion de se plonger dans un poème illustré et joliment conté sur fond de peintures acryliques tantôt réalistes, tantôt abstraites d’une grande qualité ! En trois petites minutes, le monde du cirque s’anime sous nos yeux avant de laisser place à un « Chuuut ! » sans parole, sans voix off, juste ponctués de quelques sons humains venus perturber la curiosité ou la tranquillité d’un ours parti hiberner. Les dessins rudimentaires, qui montrent la grandeur de cet ours, sont attractifs, son histoire courte mais efficace… La réalisatrice russe Nina Bisyarina dévoile son savoir-faire à travers des dessins et un message simple mais pas simpliste. Après ce petit détour dans le pays de l’Oural, revenons en France avec « Emerveillement » qui porte bien son nom. Adapté du livre de Rémi Vivier, le très court-métrage de Martin Clerget est sans conteste notre petit coup de cœur. Une histoire d’amitié non choisie, le récit de la découverte d’une beauté qui ne devait pas se révéler aux yeux d’un ours sorti de son hibernation par un lapin peu précautionneux. La voix off nous conte les émotions de l’ours et nous mesurons pleinement la beauté du message et de son support artistique tout adapté. On adore ! Enfin, pour terminer le cycle des courts-métrages thématiques, nous découvrons le fameux « Ourse et oiseau » éponyme, un film plus long et plus psychédélique par moments. Ses dessins tout droit sortis d’un livre pour enfants colorés s’animent dans une nature qui fait rêver et nous entraîne dans une épopée qui voit une ourse tout quitter pour retrouver son oiseau migrateur parti au loin. S’il souffre d’un petit ventre mou (ou d’une proposition moins enfantine), on apprécie la quête, l’ode à l’amitié, l’aventure qui bouscule les habitudes de notre ourse attachante. Et si elle nous fait indirectement penser à « Tafiki » découvert cet été, son histoire se clôture d’une bien belle façon et saura délivrer quelques jolies émotions.
On y fait connaissance avec des personnalités ayant réellement existé : Corinne Luchaire (Nastya Goloubeva), jeune actrice en pleine ascension qui ne va pas voir briller son étoile bien longtemps car son destin est lié à celui de son père, Jean (Jean Dujardin), un patron de journal pacifiste qui plaide l’entente entre l’Allemagne et la France pour une Europe forte. Tous deux vont glisser sur le conflit, ajustant leurs œillères pour continuer à profiter de leur confort. Et on ne peut pas vraiment leur en vouloir, Jean a été manipulé par son grand ami Otto Abetz (August Diehl) qui a retourné sa chemise pour obtenir un poste important dans le Reich d’Hitler, il devient ambassadeur à Paris pendant l'Occupation. Et Corinne est une toute jeune fille en recherche de soi, profitant de la vie et de ses privilèges. Sauf qu’après la France collabo de Vichy, la France libérée a cherché ses coupables et les a punis durement. Le film de Xavier Gianolli nous dessine le portrait de chacun des personnages, avec ses longueurs, beaucoup de longueurs, sur une durée de 3h15 et c’est long, vraiment très long. Pas un mauvais film du tout, loin de là, c’est une histoire très intéressante et nécessaire qui offre un point de vue inédit sur la collaboration, sur la facilité avec laquelle on peut passer du bien au mal, une très belle relation père-fille aussi à qui Jean Dujardin et la quasi débutante Nastya Goloubeva donnent beaucoup de corps. La jeune actrice a un regard magnétique qui accroche la caméra et est franchement impressionnante dans un premier grand rôle dramatique. La reconstitution d’époque avec les costumes, les décors, c'est aussi beau que dans le long métrage précédent du réalisateur, « Les Illusions Perdues », l’atmosphère même est très réussie, mais je ne peux m’empêcher de penser que le film aurait honnêtement pu être amputé de plusieurs scènes sans que l’histoire n’en pâtisse.
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