On se prend dans les bras, on voit que le temps a passé (20 ans quand même), mais le lien est intact et nous retrouvons les bureaux de la rédaction de Runway comme si on les avait quittés il y a deux ou trois années. Et si la nostalgie fait un peu surface, on assiste néanmoins à une réelle évolution et le film (comme ses personnages) se met au service des tendances du moments. En effet, le film ne se contente pas de faire du "fan service", il ancre ses héros (devenus de vraies icônes) dans la réalité brutale d’une industrie de la mode qui a dû apprendre à composer avec l'éthique, la course à la population à la visibilité et aussi et surtout le numérique. Miranda Priestly a beau avoir un charisme et une apparence qui résistent à tout, on la sent inquiétée par les nouveaux enjeux de société où tout doit aller vite et où la communication doit être ultra maîtrisée. Impériale, naviguant entre autorité naturelle et une vulnérabilité, Meryl Streep ressort ses attitudes de diva, son maintient de lionne et son brushing travaillée mais parvient aussi à déposer les armes et laisser apercevoir une facette inédite de son personnage. Andy, elle, a pas mal bourlingué et voit sa carrière mise en danger par les rachats et licenciements inhérents aux fusions de grands groupes de presse. Si son combat a changé, on la retrouve avec un plaisir immense, et encore plus grâce au jeu d’Anne Hataway, plus mature, plus assumé aussi. Elle n'est plus la petite assistante qui subit ; elle est devenue une femme de pouvoir qui joue avec les codes, les relations et s’impose dans un monde de requins. D’ailleurs, le scénario évite le piège de la caricature et offre une réelle dynamique et des répliques piquantes comme on les a tant aimées. On ne s’ennuie pas une seconde et on ne se perd jamais dans les trames d’une intrigue qui se démultiplie pour finir par se rejoindre. Et pour que la magie opère vingt ans plus tard, il ne fallait pas seulement retrouver le casting initial, il fallait une alchimie intacte. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le quatuor de tête (qui nous permet de retrouver aussi Emily Blunt et notre coup de cœur, Stanley Tucci) revêt ses costumes (et ses tenues de haute couture) avec une aisance naturelle. Le seul petit bémol de cette suite, serait peut-être le manque de défilés, de mode dans le sens premier du terme. Si les tenues sont absolument divines, on aurait aimé que la caméra s'attarde davantage sur les podiums ou dans les coulisses des défilés couverts ou organisés par Runway.
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