Le film est clairement fait pour plaire aux fans convaincus et permet à ceux qui découvrent seulement l’artiste parmi les plus jeunes de connaître les moments clés de sa vie jusqu’à la tournée mondiale de l’album Bad en 1988, l'apogée de sa longue carrière. Le souci est qu’on reste en surface de tous ces événements, il y a pas mal d’ellipses, surtout pour la partie de transition entre l’époque Jackson 5 et The Jacksons, lorsque Jermaine est resté à la Motown et que le 6e frère a rejoint la formation à sa place. Ou encore Janet qui est complètement absente du film, je crois qu’elle n’a pas souhaité cautionner le film, mais de là à l’ignorer complètement, c’est un peu fort. Ne parlons même pas de Diana Ross, la marraine du groupe dans le métier... Le film choisit ainsi de s’attarder sur certains éléments plutôt que d’autres, parfois avec raison, parfois moins. Côté acteurs, le patriarche Joseph bénéficie de l’interprétation sans faille, même fortement grimé, de Colman Domingo, et Jaafar Jackson, propre neveu de Michael, alors qu’il n’est absolument pas acteur à la base, est plutôt convaincant dans les scènes plus intimes et bien sûr il a travaillé comme un dingue pour recréer les chorégraphies légendaires de son oncle. J’ai vu le film en version originale et j’ai été bluffée par sa voix lors des dialogues, il l’imite vraiment à la perfection; pour les parties chantées, c’est le même processus que pour Elvis avec Austin Butler, on entend sa voix par-dessus celle de Michael et l’effet est impressionnant de mimétisme. Selon moi, ce sont les scènes plus intimes du quotidien qui sont les plus intéressantes, mais malheureusement pas si nombreuses, ces moments qui nous font comprendre l’être à part qu’il était et les conflits familiaux ainsi que l’accident qui l’ont forgé. Les moments de créativité aussi, car finalement une grande partie du long métrage est une reconstitution des passages sur scène ou à la télévision et là c‘est du copier-coller, à quelques exceptions près, de ce qu’on peut trouver facilement par exemple sur Youtube avec le vrai Michael Jackson à l'œuvre. Je vous conseille d'ailleurs sur ce sujet les deux documentaires réalisés par Spike Lee : Bad 25 et Off the Wall pour une vraie découverte de l’artiste à part entière. On doit s’attendre à une suite, vu que l’action se termine en 1988 et là je suis vraiment curieuse de voir comment les événements vont être abordés car on ne peut passer sous silence les moments les plus glauques de son existence. Étant donné que ce premier film est assez édulcoré, il va falloir que la production révise sa copie. Pour résumer, aller voir le film pour passer deux heures de détente et vous constituer une playlist dès que vous sortirez de la salle, parce que toutes ses chansons vous restent en tête, que vous soyez fans de la première heure ou non. Par contre, si vous cherchez un bon long métrage à la dramaturgie intense et au montage travaillé, Michael n’est pas fait pour vous et c’est très surprenant venant d’un réalisateur comme Antoine Fuqua à qui l’ont doit quand même Training Day et la trilogie Equalizer. Mais on se doute bien qu’il a dû composer avec la famille et le studio pour trouver un consensus. On est en droit de regretter une vraie œuvre biographique plutôt que ce produit marketing formaté pour le grand public.
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