Un film hivernal et contemplatif filmé dans les magnifiques mais rudes montagnes des Hautes-Alpes, à l’image de ses habitants. On ne quitte jamais ce minuscule hameau perdu dans les neiges, occupé par une douzaine de personnes en cette morne saison, dont trois enfants, deux jeunes hommes et quelques vieillards. Les épouses et mères encore assez vaillantes pour le faire partent travailler dans la vallée et reviennent au printemps. Les hommes valides restés au village chassent pour subvenir aux besoins de cette petite communauté rurale aux croyances ancestrales. C’est dans cette atmosphère de méfiance et de coutumes étranges qu’est projetée la jeune institutrice Aimée Lazare (lumineuse Galatéa Bellugi), chargée d’éduquer les enfants dans cette France républicaine qui rendit la scolarité laïque, gratuite et obligatoire en cette fin de 19e siècle. Envers et contre tous, la jeune femme est décidée à mener sa mission à bien, coincée entre les craintes irrationnelles des adultes et la faroucherie des enfants habitués à une grande liberté qui ne fait pas bon ménage avec la discipline scolaire. Confrontée à l'isolement et tentant de créer du lien social avec ses voisins, Aimée va de surprise en effarement à mesure qu’elle côtoie, qu’elle apprivoise même, ces gens simples et superstitieux dont le patois teinté d’italien est encore très présent dans la culture et l’identité. Proposé à la Quinzaine des cinéastes à Cannes, le film glisse tout doucement vers une parabole qui nous ferait presque croire que la gentille institutrice est en réalité une sorte de succube, ses désirs charnels coïncidant étrangement avec la disparition des jeunes hommes de la communauté. Mais ne serait-ce pas plutôt les avalanches, nombreuses en cette saison, qui les auraient emportés ? La fin mystérieuse ne prend pas parti et vous laissera décider si cette histoire est teintée de fantastique ou non.
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Avec son sens du comique et les contours très dessinés de ses personnages, on assiste à un spectacle délirant dans lequel se mêlent enquêtes, envie de promotion (ou de reconnaissance), amours chiennes entre mère et fille et petite romance… A l’image d’un brunch dominical, il y a de quoi varier les plaisirs et picorer ici et là. Et s’il y a bien une raison de s’intéresser à ce film déconcernant, c’est la présence de Muriel Robin en mère a priori sans cœur, à la réplique cinglante et à la performance d’une justesse désarmante. Jamais dans l’excès, souvent touchante, chacune de ses scènes et un cadeau, une nouvelle possibilité de découvrir son jeu, son professionnalisme et sa capacité de s’accorder. Etrangement, elle est la seule à ne pas « en faire des caisses ». Par son expérience des planches et du stand up, elle aurait pu vouloir prendre toute la place et exagérer les traits de son personnage apporte. Que nenni ! Au contraire, derrière l’apparente dureté de son personnage, se dissimule une humanité bienvenue, une fragilité, une souffrance qui prennent sens de cette relation mère-fille défaillante. Le lien qui l’unit à sa fille de fiction est houleux, dur mais l'évolution de leur dynamique est sans aucun doute la partie la plus intéressante de l’intrigue même si le personnage principal n’est pas le sien mais bel et bien de celui de Louise de Pileggi (Louise Bourgoin) A côté de cela, on se retrouve bousculer dans une enquête sans moyen (dont l’appui du manque de soutiens financiers et policiers pour que justice se fasse est très marqué), dans une comédie « bourgeoise » convenue où chaque nouvelle idée vient amplifier l’aspect cartoonesque de Pierre Mazingarbe. Et si l’intention est louable, ce choix crée aussi un déséquilibre constant nous donnant parfois l'impression d'assister à deux films différents qui luttent pour occuper le même espace, la faute à plusieurs arcs narratifs imbriqués mais un peu fouillis.
Comédie dramatique – 1h24 – De Pierre Mazingarbe avec Muriel Robin, Louise Bourgoin, Gustave Kervern, Sébastien Chassagne et Florence Loiret Caille
Suite directe de l’opus précédent, « La voie de l’eau », découvert sur nos écrans il y a trois ans, nous retrouvons la famille des Sully dans la tribu des récifs qui les avait accueillis. Cette fois, la paix est brisée par un clan de Na’vi sanguinaires qui s’en prend à leurs congénères au lieu de diriger leur colère contre l’envahisseur humain qui continue à piller les ressources de la planète Pandora à une allure folle. À la tête de ce clan rebelle, la sorcière Varang (Oona Chaplin), aussi vile que dangereuse. Elle ne tarde pas à s’allier aux avatars du Colonel Quaritch (Stephen Lang) et de ses hommes dans leur mission : capturer Jake Sully (Sam Worthington) et récupérer au passage le fils de Quaritch, Spider (Jack Champion) qui se révèle devenir un atout non négligeable dans la colonisation de la planète. En parallèle, Kiri, la fille de l’avatar du Dr. Grace Augustine (Sigourney Weaver), se questionne toujours sur sa nature et ses pouvoirs en lien avec Eywa, l’esprit qui représente la déesse-mère de Pandora. Et Jake devra redevenir Toruk Makto afin de protéger son peuple d'adoption. Si vous avez apprécié l’opus précédent – comme moi – vous allez retrouver tous les ingrédients qui font le succès des films Avatar : des personnages attachants chez les Na’vi, des méchants très méchants, avec cette fois l’ajout d’une méchante indigène à la tête d’une tribu de « pirates » tueurs, démontrant que tout n’est pas rose (ou bleu) sur la planète Pandora, même sans l’intervention des vilains colonisateurs. Manichéen ? Oui, mais c'est inhérent au genre, le démentir revient à se voiler la face, le récit s'apparente en effet aux grandes sagas intemporelles et le scénario de Cameron jette un pont supplémentaire entre le traitement des peuples amérindiens sur le sol nord-américain et celui des Na’vi sur cette lointaine planète. Quelques clichés ont en effet la vie dure dans ce 3e film, mais cela n’enlève rien au talent indiscutable du réalisateur-scénariste quand il s’agit de créer des séquences d’action époustouflantes et des moments d’émotion pure, le film qui dure plus de trois heures ne souffre à aucun moment de longueurs, le rythme est d’une précision incroyable, surtout pour un troisième chapitre. Le plaisir de retrouver cette famille atypique à qui l’on s’est attaché est toujours intact, et comme on devait s’y attendre, Neytiri (Zoe Saldana), un peu en retrait dans le film précédent, reprend le rôle central qui est le sien, un personnage qui continue à être développé avec beaucoup de nuances, son duel attendu avec Varang est un grand moment du film. Que dire de l’animation qui n’ait pas déjà été dit ? J’ai eu l’occasion de voir le long métrage en 3-D, une expérience que je n’avais pas vécue depuis quelques années, et s’il m’a fallu quelques minutes pour me réadapter aux lunettes, une fois plongée dans l’histoire, je ne les calculais même plus, tant le côté immersif est captivant. Sur les mers, dans les airs, au milieu de la forêt, la perfection des images et des CGI, que ce soit sur les décors, les accessoires ou, plus important encore, sur les personnages « non-humains », c’est toujours aussi bluffant.
Il faut bien l’avouer, cette adaptation de « La femme de ménage », verse malheureusement dans la franche déception et dans la deuxième catégorie. ► Une proposition trop clean ? Pour ceux qui, comme moi, n’ont pas dévoré le best-seller de Freida McFadden et arrivent vierges de toute attente devant l’écran, le constat est sans appel : on ne parvient jamais à adhérer à la proposition malgré l’absence totale d’informations. La mise en scène manque cruellement d’ampleur et s'apparente davantage à un téléfilm qu'à un véritable objet cinématographique. Là où le récit aurait dû offrir une belle tension, il s'enlise dans une proposition trop lisse, trop prévisible, trop paresseuse et oscillant en permanence entre comédie et thriller. C’est d’autant plus regrettable que le casting, avait de quoi intriguer. Amanda Seyfried et Sydney Sweeney jouent le jeu, incarnent formidablement leurs personnages mais elles ne peuvent pas sauver un navire qui prend l'eau de toutes parts. On a le sentiment pénible de subir une projection de quatre heures tant le récit tourne en rond. Paul Feig ne va jamais droit au but, étire son récit et ne parvient pas à le rendre aussi dynamique que les livres qu’on ne cesse de nous recommander. Tout est appuyé, annoncé et la surprise, qui aurait pu faire son petit effet, est découverte bien avant son happening. Les ficelles sont grosses, les rebondissements s'essoufflent bien avant qu’ils ne se produisent et l'originalité semble avoir été oubliée au montage comme dans le récit. On cherche en vain le petit grain de folie ou de noirceur qui aurait pu transformer ce huis clos en un thriller psychologique mémorable à l’instar de « L’ombre d’Emily » qui avait tout pour reproduire le même modèle. Au lieu de cela, passé la première demi-heure, l’ennui s’installe. On regarde sa montre ou son paquet de pop-corn, on attend un déclic qui ne vient jamais et on finit par sortir de la salle avec le sentiment d’être passé à côté d’un événement que beaucoup attendait de pieds fermes. Fort heureusement pour nous, nous avions réservé cette avant-première événementielle de « La femme de ménage » pour passer un bon petit moment entre copines, partager un verre et un moment d’amitié… De ce côté, ça n’a pas loupé. Pour ce qui est du film en lui-même, il attire(ra) très probablement les fans de la saga dans les salles mais n’apportera rien à cette année 2025 au ciné.
Pour son premier long-métrage, la réalisatrice s'attaque à un sujet peut évident, celui du deuil (et ce qui se passe "après" pour les morts et ceux qui restent) mais le fait avec une tendresse et humour. Le véritable moteur du film, c'est son duo. Quel plaisir de retrouver Jonathan Cohen dans ce registre. Il nous touche au cœur par son histoire et la fragilité de son personnage. Face à lui, Magalie Lépine-Blondeau nous charme par son élégance naturelle et la justesse de son jeu. Grâce à ce tandem et la complicité qui les anime, on évite de sombrer dans la tragédie ou l’exagération. Malgré tout, le scénario, lui, s’avère très prévisible, parfois trop linéaire et peut donner cette sensation de tourner en rond par instants. Il faut bien l'avouer, l'intrigue ne brille pas par son originalité. On devine assez vite les trajectoires et le récit s’étire parfois en longueur, souffrant d’un petit ventre mou dans son milieu. Pourtant, malgré son manque de surprise/d’innovation dans son intrigue comme dans sa réalisation, l'émotion nous cueille sans prévenir à plusieurs reprises. Alice Vial réussit à capter de jolis moments de vie, des sentiments qui font battre notre cœur et sort, par instant, de la comédie romantique fantastique prévisible qu’est « L’âme idéale ». Petit film gentillet solaire et tendre, il réussit sa mission de divertir et nous questionne, par moments, sur notre propre urgence de vivre.
Dès les premières secondes, le film nous happe. Sans doute grâce à la performance d'Eye Haïdara qui, dans quelques aperçus d’un quotidien incarné, nous expose tout : la difficulté de jongler entre différents métiers, s’occuper de ses enfants, leur offrir le meilleur sans s’oublier. Et passé cette installation, l’actrice déploie un éventail d'émotions d'une justesse et d'une puissance rares, portant le récit sur ses épaules avec un réalisme déconcertant. Elle ne joue pas Sana, elle EST Sana. Et face à elle, les deux jeunes acteurs interprétant ses deux enfants, sont d’une sincérité tout aussi admirable. Entre jeux à deux et inquiétude pour leur maman, ils écrivent à la perfection, par leur acting, ce passage douloureux de la naïveté à la prise de conscience. Comme toujours, la réalisation de Joachim Lafosse est aidée par un montage d'une précision qui rend le récit haletant. On ressent la tension qui monte, au fil des jours passé dans la maison de vacances de son ex-belle-famille. Et ici, le réalisateur belge de talent excelle dans l'art de suggérer plutôt que de montrer. L'utilisation on ne peut plus adéquate du hors champ permet de rendre assourdissants, inquiétants, les silences, les bruits lointains, les non-dits. Tout ce qui se joue hors caméra rend l’atmosphère électrique, chaque « intrusion » nous faisant craindre pour cette famille si attachante. Et parce qu’il a le don de s’entourer des meilleurs, on ne peut passer sous silence la photographie toujours admirable de Jean-François Hensgens qui utilisé à bon escient la lumière du Sud, chaude et rassurante. Elle n’est pas qu'un simple décor de vacances, elle rend lumineux le quotidien pesant de cette maman qui prend tous les risques pour satisfaire ses enfants. Et cette clarté solaire accentue le contraste avec l'ombre de la peur de se faire prendre, les évolutions tamisées derrière des rideaux tirés d’une maison qui est supposée inscrire les plus beaux souvenirs d’un printemps léger. Avec une délicatesse et une pudeur infinies, Joachim Lafosse réussit à dépeindre le drame familial qu’il a vécu avec simplicité. Loin du jugement, il raconte, montre, fait ressentir, ce qui a fait qu’un jour, il s’est rendu compte que ce qui faisait les joies du passé ne le serait plus. « Six jours, ce printemps-là », c’est un film sur l’enfance, la famille mais aussi la descente sociale et économique, celle vécue par de nombreux parents qui perdent tout quand le couple ne fonctionne plus du tout. C’est un film émouvant, loin d’être misérabiliste et au contraire, porteur d’espoir. Mené de main de maître par une Eye Haïdara exceptionnelle, il confirme le talent immense du réalisateur pour transformer l'intime en récit universel.
Cette fois ce sont des sexagénaires : mères, tantes, amies de toujours, qui sont mises à l’honneur. L’histoire démarre quand Fatima découvre que son mari depuis presque cinquante ans a pris une seconde épouse au Maroc, beaucoup plus jeune qu’elle et avec qui il a eu deux jeunes fils. Il mène donc une double vie et passe son temps à mentir à sa femme en Belgique. Alors qu’elle réfléchit à la manière de réagir à son retour, peu dispose à accepter l’affront qui lui a été fait, perdant tous ses repères au passage, Fatima décide de reprendre un vieux rêve qu’elle avait mis de côté quand elle s’est mariée : remonter sur scène pour jouer Hamlet. Oui, oui, de Shakespeare ! Flanquée de ses fidèles amies, un quatuor agrémenté de la jeune Najwa, elle va s’embarquer dans une aventure pleine de tendresse. Alors, la bande annonce nous vend une comédie avec des réparties très drôles, et effectivement on rit de bon cœur devant le film, mais il offre bien plus car « Les Baronnes » est une vraie comédie dramatique qui véhicule beaucoup d’émotions fortes, je ne m’attendais vraiment pas à être autant émue. « Les Baronnes » est un film qui ne parle pas seulement d’une communauté, d’un quartier, d’un quotidien en particulier, le film va bien au-delà dans son propos, ce sont des thèmes universels qui sont abordés et beaucoup de monde, beaucoup de femmes surtout, vont se reconnaître. Au casting, on retrouve la comédienne Française Saaida Bentaïeb (« Le Règne Animal », « Anatomie d’une Chute ») entourée de débutantes à l’écran, recrutées en Belgique, elles sont toutes pleines de naturel. Un joli petit film qui m’a fait penser à l’univers de Jaco Van Dormael par moments, avec sa poésie visuelle et sa voix off. Comédie/drame, 1h36, de Mokhtaria Badaoui et Nabil Ben Yadir – Avec Saadia Bentaïeb, Rachida Boughanem, Halima Amrani, Rachida Riahi, Sanya Sridi, Chris Lomme, Jan Decleir Propos recueillis lors de l’avant-première à Mons le 30 novembre 2025 (en présence du réalisateur et de deux actrices du film : Saaida Bentaïeb et Rachida Riahi).
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