Dès les premières secondes, le film nous happe. Sans doute grâce à la performance d'Eye Haïdara qui, dans quelques aperçus d’un quotidien incarné, nous expose tout : la difficulté de jongler entre différents métiers, s’occuper de ses enfants, leur offrir le meilleur sans s’oublier. Et passé cette installation, l’actrice déploie un éventail d'émotions d'une justesse et d'une puissance rares, portant le récit sur ses épaules avec un réalisme déconcertant. Elle ne joue pas Sana, elle EST Sana. Et face à elle, les deux jeunes acteurs interprétant ses deux enfants, sont d’une sincérité tout aussi admirable. Entre jeux à deux et inquiétude pour leur maman, ils écrivent à la perfection, par leur acting, ce passage douloureux de la naïveté à la prise de conscience. Comme toujours, la réalisation de Joachim Lafosse est aidée par un montage d'une précision qui rend le récit haletant. On ressent la tension qui monte, au fil des jours passé dans la maison de vacances de son ex-belle-famille. Et ici, le réalisateur belge de talent excelle dans l'art de suggérer plutôt que de montrer. L'utilisation on ne peut plus adéquate du hors champ permet de rendre assourdissants, inquiétants, les silences, les bruits lointains, les non-dits. Tout ce qui se joue hors caméra rend l’atmosphère électrique, chaque « intrusion » nous faisant craindre pour cette famille si attachante. Et parce qu’il a le don de s’entourer des meilleurs, on ne peut passer sous silence la photographie toujours admirable de Jean-François Hensgens qui utilisé à bon escient la lumière du Sud, chaude et rassurante. Elle n’est pas qu'un simple décor de vacances, elle rend lumineux le quotidien pesant de cette maman qui prend tous les risques pour satisfaire ses enfants. Et cette clarté solaire accentue le contraste avec l'ombre de la peur de se faire prendre, les évolutions tamisées derrière des rideaux tirés d’une maison qui est supposée inscrire les plus beaux souvenirs d’un printemps léger. Avec une délicatesse et une pudeur infinies, Joachim Lafosse réussit à dépeindre le drame familial qu’il a vécu avec simplicité. Loin du jugement, il raconte, montre, fait ressentir, ce qui a fait qu’un jour, il s’est rendu compte que ce qui faisait les joies du passé ne le serait plus. « Six jours, ce printemps-là », c’est un film sur l’enfance, la famille mais aussi la descente sociale et économique, celle vécue par de nombreux parents qui perdent tout quand le couple ne fonctionne plus du tout. C’est un film émouvant, loin d’être misérabiliste et au contraire, porteur d’espoir. Mené de main de maître par une Eye Haïdara exceptionnelle, il confirme le talent immense du réalisateur pour transformer l'intime en récit universel.
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