Pendant ses recherches pour le film biographique sorti en 2022 avec Austin Butler dans le rôle du King, le réalisateur Baz Luhrmann a retrouvé des documents audiovisuels d’époque, un peu oubliés dans les archives de la Warner, qui nous montrent le travail de préparation, les répétitions en studio avec les musiciens et les choristes jusqu’au résultat sur scène pendant cette tournée marathon qu’Elvis avait entamée à la toute fin des années 1960 : Elvis en résidence à Las Vegas, Elvis à la reconquête des États-Unis... On le sait, Luhrmann est un fan inconditionnel du King, ne vous attendez donc pas à une critique de l’homme imparfait derrière la légende. Ici, on ne parle que de l’artiste, on entend de la voix même du chanteur quelles sont ses motivations, ses inspirations, à travers des bribes d’interviews données à plusieurs moments de sa carrière : on revoit ainsi le tout jeune rocker qui se faisait censurer à la télé parce qu’il se trémoussait trop, le soldat Presley pendant son service militaire en Allemagne, la star d’Hollywood qui se rêvait en grand acteur alors qu’on le cantonnait aux comédies en mode copier-coller car après tout, tout était bon du moment qu’il chantait et enchaînait les disques d’or. Mais en 1968, Elvis est fatigué de cette routine et il décide de reprendre son destin en mains en démontrant qu’il est toujours une bête de scène. C’est la partie la plus intéressante de ce documentaire qui nous montre le chanteur qui est aussi musicien, entouré de son groupe, occupé à modifier les chansons sélectionnées dans son répertoire, ils affinent le son, amplifient la musique pour une expérience live qui devait être épique. Et puis quel chanteur extraordinaire, on connaît la voix du rocker et celle du crooner à la voix de velours, mais Elvis était avant tout un chanteur de gospel qu’il avait appris enfant à l’église. Ses concerts lui donnaient l’occasion d’interpréter ces titres qui lui tenaient très à cœur. Tous ces extraits dans les coulisses ou sur scène ont été remastérisés, la qualité visuelle et sonore pourraient nous faire croire que ces prises ont été faites au 21e siècle et démontrent, si c’était encore nécessaire, que Elvis Presley n’a pas volé sa légende, presque 50 ans après sa disparition, il est encore le troisième artiste à avoir vendu le plus de disques dans le monde, derrière les Beatles et Michael Jackson. En vérité, ce documentaire est un superbe hommage à voir par tous les amateurs de musique, qu’on soit fan d’Elvis un peu, beaucoup ou passionnément, et un complément parfait au biopic « Elvis » du même réalisateur.
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Note du film : Muriel ★★★ Avis : Mamoru Hosoda, révélé par « La Traversée du Temps » il y a 20 ans déjà et qui a confirmé son talent avec des films d’animation aussi différents que « Les Enfants loups », « Le Garçon et la Bête » et « Miraï ma petite soeur », nous revient avec cette aventure épique qui a pour héroïne la princesse Scarlet dans une histoire du genre médiéval fantastique qui cite allégrement Hamlet. En effet, la jeune Scarlet voit son père, le roi, trahi par sa femme et son frère afin que ce dernier puisse prendre sa place sur le trône. La petite fille devient une jeune adulte rebelle entraînée au combat et n’ayant qu’une idée en tête : venger son père. On la retrouve subitement dans les limbes, entre la vie et la mort, où elle rencontre un brave ambulancier de notre époque, Hijiri, et ils décident de continuer leur route ensemble au Pays des Morts, terre de désolation immense et pleine d’embûches. En chemin, ils rencontrent une galerie de personnages qui reflètent l'histoire du monde réel : des bandits, des assassins, des soldats mais aussi des nomades bienfaisants et des peuplades qui attendent pacifiquement la suite de leur destin : le néant ou l’accès à la vie après la mort (infini ou paradis, appelez ça comme vous le voulez). Des éléments de plusieurs religions et de diverses époques historiques se mélangent allègrement dans ce melting-pot de genres et d’influences; le réalisateur, aussi scénariste, fait se confronter deux points de vue, deux façons de voir la vie : la vengeance pour Scarlet, même après la mort, et l’entraide pour Hijiri, qui soigne tous les blessés qu’ils rencontrent, même leurs ennemis. Au contact du jeune homme pacifiste, mais non moins héroïque quand il le faut, la princesse guerrière choisira-t-elle la rédemption ? Côté esthétique, le film prolonge les expérimentations visuelles tentées sur le long métrage précédent de Hosoda, « Belle », d’ailleurs on y retrouve des morceaux musicaux qui a priori pourraient jurer avec le ton et l’histoire du film, mais qui en vrai aident visuellement à comprendre l’état d’esprit des deux protagonistes. Le film est un défi périlleux et ambitieux qui évite les écueils en ne déviant pas de son propos central et en nous intéressant au devenir de ses héros. À réserver à un public mature, une belle réussite encore, de la part d’un créateur qui rate rarement sa cible.
Avis : Cette coproduction entre l’Espagne et la Belgique est l’adaptation d’un bestseller pour enfants issu de la péninsule ibérique, l’auteure Amèlia Mora est d’ailleurs également la scénariste du film réalisé par Adrià Garcia. Histoire somme toute classique de pirates et de chasse au trésor, la petite innovation tient au fait que c’est une héroïne qui est au cœur de l’histoire, une petite orpheline qui s’enfuit afin de retrouver son oncle à la Barbade. C’est ainsi qu’elle se faufile à bord d’un bateau de pirates où elle se fait passer pour un garçon afin de ne pas être jetée à l’eau, les pirates étant très superstitieux quant à la présence de femmes à bord. Rapidement découverte mais protégée par le cuisinier costaud au grand cœur, Annabelle doit sa survie au détail qu’elle sait lire, alors que le capitaine Barracuda possède le journal de bord du pirate Phineas Krane indiquant l’emplacement de son trésor. C’est ainsi qu’elle va apprendre à vivre avec cette bande de forbans, toujours dans l’espoir de retrouver son oncle. L’avant-première belge a eu lieu au festival Anima à Bruxelles, l’occasion d’apprendre qu’un studio d'animation belge, Dreamwall, a travaillé avec les animateurs espagnols et que le doublage en français a été réalisé en Belgique aussi. Cocorico, donc ! Le long métrage n’a vraiment rien à envier aux meilleures productions du genre, il s’adresse aux enfants à partir de 7 ans et se laisse suivre avec plaisir par les parents qui ne s’y ennuient pas, entre action, humour et aventure. L’animation n’essaie pas de copier le “style Pixar”, le style graphique est très coloré et plein de vitalité, les personnages sont en 2D classique tandis que les décors font appel à plus de 3D en arrière-plan, la conception des personnages (“character design”) respecte, semble-t-il, les illustrations de l’histoire de Amèlia Mora, en gardant les particularités physiques des protagonistes.
Et quand l’adulte qui les accompagne (en l’occurrence votre serviteur) est tout aussi enjoué, on se dit que le film est transgénérationnel. D’ailleurs, ce film qui plaît aux petits et grands, porte très bien son prénom : “GOAT” En anglais, "Goat" a deux sens. Littéralement , cela renvoie à la chèvre. Et cela tombe bien car le protagoniste principal en est une qui aspire à atteindre les sommets de la ligue (de basketball pour animaux). Là encore, c’est parfait car le terme désigne également un acronyme présent dans le milieu sportif : “Greatest Of All Time”, qui signifie "le meilleur de tous les temps". La boucle est ainsi bouclée! Le protagoniste, Will vient des quartiers populaires et n’a qu'un rêve, évoluer en professionnel parmi les autres animaux anthropomorphe. Sauf que Will est petit pour jouer, ce que ne manquera pas de dire les gorilles, chevaux et autres rhinocéros. Derrière cette fable très plaisante à suivre, on remarque qu'un des plus grands joueurs de la NBA actuel prête sa voix! En effet, Stephen Curry, meneur des Warriors de Golden State, joue le personnage de Lenny la girafe. Il est également producteur et on sent clairement, qu’il a su y mettre sa patte! En regardant le film, deux analogies nous viennent à l’esprit. D’abord, Stephen Curry est considéré comme le meilleur tireur de l'histoire du basket. Aucun tir (ou presque) à trois points ne lui résiste… tout comme Will, le personnage principal. Ensuite, cette petite chèvre se fait railler sur sa taille. Vous avez deviné ? Comme le sportif d’1m88 qui fut ignoré et sous-estimé, mais est parvenu malgré cela à construire sa confiance en lui et sa légende ! Le film parle précisément de cela! Croire en ses rêves (même les plus fous) et se battre pour eux! Et comme on ne peut gagner seul dans un tel sport, il est important de soigner aussi le collectif. Tout l’enjeu est là : comment se construire et de fixer des objectifs sans oublier les autres ? Et en plus, le côté moralisateur n’est pas présent et on rit beaucoup ! L’humour est au service de l’histoire mais est tellement bien senti que petits et grands auront du mal à garder les sourires tellement la folie est présente ! Visuellement, le résultat à l'écran est somptueux ! La patte graphique est réellement belle et semble, par moments, être dessinée avec des pastels. Bien sûr, les effets spéciaux ne tarderont pas à pointer le bout de leur museau mais nous avons été conquis par l’équilibre atteint. Doit-on être surpris de cette éclatante réussite avec les équipes de « Spider-man : Across the Spider-Verse » derrière ce projet? Sûrement pas ! Chapeau bas au studio de Sony Pictures Animation pour cette très riche expérience!
Pourtant, nous avions aimé errer dans le superbe « First Cow », découvert il y a quelques années au Festival du Cinéma américain de Deauville (où son nouveau long-métrage a aussi été présenté). Et la promesse faite par « The Mastermind » avait tout pour nous séduire tant le film nous plonge avec une beauté visuelle saisissante dans une reconstitution d’une justesse folle. Chaque plan délivre un grain particulier, chaque scène est une invitation à redécouvrir les 70’s . L’esthétique est irréprochable et est, comme pour « First Cow », portée par une direction artistique qui force le respect. Le casting, emmené par un Josh O’Connor toujours aussi habité est irréprochable, convainc des premiers aux secondes rôles. D'ailleurs, Josh O'Connor parvient à insuffler une humanité fragile à ce père de famille gentiment foireux et ambitieux, une attitude lunaire qui s'accorde pleinement avec le propos du film. On est d’abord séduit/surpris par l’humour qui se dégage dans la première partie, déstabilisé par la direction donnée à la suite du récit et on se prête au jeu de ce braquage un peu foireux qui sent le drame à plein nez. Cependant, l’originalité de la proposition initiale ne suffit pas à attirer nos faveurs, l’idée de base finissant par s’étioler à mesure que le récit s'enlise dans une deuxième partie d’une latence éprouvante. Si on sait combien le nom de Reichardt rime avec "contemplation", ici, la lenteur du fond finit par desservir la forme. La nonchalance de JB, d’abord intrigante et amusante, finit par lasser et la dernière demi-heure nous fait subir le film plus qu’on ne le vit. On comprend la démarche, la volonté de montrer les conséquences d’un plan qui n’a pas complètement été rôdé. Mais le spectateur reste sur le bas-côté de cette route trop sinueuse à tel point que l’on ressort de la salle avec une déception. « The Mastermind » est typiquement ce film que l’on aurait voulu aimer, mais qui, à force de se regarder, finit par nous perdre et à nous « assommer ». Loin des stéréotypes du film de braquage hollywoodien, le film de Kelly Reichardt est beau, très beau. Mais il finit aussi par être plat et à force de nous faire "ressentir" le vide, l'attente ou encore le désespoir, la réalisatrice oublie de donner de l’épaisseur à son récit (et donc à ses acteurs) ! Le génie de « First Cow » ne parvient pas à faire mouche ici. Pire, il nous donne l’étrange sentiment que le film se complait dans son aspect technique et oublie d’inclure le spectateur.
Plus qu’un biopic traditionnel sur les coulisses du basket, c’est une ode à l’amitié, un double portrait vibrant qui sent bon la passion, le rêve, la loyauté qui vous attend durant deux heures qu’on n’a pas vu passées. Mais que raconte ce film ? Il retrace le destin hors norme de Bouna Ndiaye et Jérémy Medjana, deux agents français débutants partis à la conquête des Etats-Unis et de la NBA. De leur rencontre à la mise sur pied de leur petite entreprise (dans l’arrière-boutique d’un atelier de couture), de leurs rêves de grandeur à leurs désillusions multiples, Anthony Marciano nous conte l’histoire d’une amitié solide, de rencontres, de paris, autant de petits éléments colorés qui s’imbriquent comme un légo biographique qui prend forme et finit par nous impressionner. Petit shoot feel good qui touche au cœur, le film ouvre une voie royale à deux acteurs qui, on le voit, prennent grand plaisir à rejouer ensemble : Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard . D’une sobriété bienvenue et d’une tendresse qui transperce l’écran, ces deux-là ne font pas que se glisser dans les chaussures de leurs personnages, ils vibrent à chacun de leur pas. Leur complicité est une évidence, dans les non-dits, dans les échanges, dans les hauts et les bas qui rythmeront le parcours de ces deux rêveurs gentiment foireux qui n’ont jamais douté et toujours tout donner pour élever les autres. Et si le tandem de choc fonctionne, que la trame de leur histoire commune prend place avec aisance, on n’en oublie pas pour autant la réalisation d’une grande justesse qui nous propulse dans les coulisses impitoyables des Drafts de la NBA. Que l’on soit novices ou habitués au jargon du monde du ballon rond, on entre tous dans ce suspense qui nous emmène des petits clubs franco-belges aux USA ». On découvre le monde du business sportif, celui des rêves brisés, toujours le cœur battant, tant on comprend que chaque décision peut changer une vie (et même des vies) en une seconde. Joueurs ou managers, on s’attache à eux, on souffre avec eux, on exulte avec eux, on vibre et on s’attendrit devant cette histoire résolument positive qui nous aura aussi bien appris que divertit.
Assurément, la première force du film est à aller chercher du côté de la reconstitution absolument fantastique du monde des années 50. Le grain de la pellicule, les costumes, les décors et les accessoires tout participe à nous livrer une belle capsule temporelle qu’on contemple avec envie et démontre le réel talent de metteur en scène du réalisateur. Issu des quartiers défavorisés du Lower East Side de New-York, Marty avance dans la vie avec la certitude de devenir le numéro un mondial de sa discipline qui ne possède pas encore la considération des autres disciplines sportives. Nous l’écrivions, si Timothée Chalamet est fabuleux, c’est parce que son personnage est calculateur, égocentrique et obstiné. Et c’est précisément cette force morale qui le propulsera vers les sommets. Il en va de même pour ses partenaires de jeu. Gwyneth Paltrow est absolument divine dans le rôle d’une ancienne comédienne sur le retour alors qu’ Odessa A’zion joue la très jolie partition de l’amour de jeunesse de Marty. Mais la surprise est à aller chercher du côté de la participation d’Abel Ferrara dans un rôle déjanté et absolument fascinant ! Le casting brille de mille feux, la dynamique ne perd jamais notre attention. C’est un sans-faute ! Et si Josh Safdie maitrise totalement son sujet, c’est parce qu’en plus d’être un solide réalisateur, il a également signé le scénario aux côté de Ronald Bronstein. Il en résulte un film très rythmé dont on ne se lasse pas supportée par une bande son qui se permet d’être anachronique avec, entre autre, le recours au tube : « Everybody Wants to Rule the World » de Tears for Fears.
Car s’il ressemble à s’y méprendre aux meilleurs films de braquage des années 90 (oui oui, le fantôme de Michael Mann et de son iconique « Heat » plane encore !), « Crime 101 » nous apparait rafraichissant à bien des égards. Mais c’est sans compter sur le talent du réalisateur Bart Layton qui connait son sujet sur le bout des doigts ! A l’arrivée, nous assistons à un très bon thriller d’action, parfaitement réalisé et qui présente un parfait mélange entre suspense, psychologie et intrigues vrombissantes. On y suit avec plaisir Mike Davis (joué par le très convaincant Chris Hemsworth), voleur de bijoux qui agit toujours en respectant un certain sens moral. Contrairement à ses concurrents, il ne partage pas le goût pour la violence inutile. Pourtant, très vite, le détective Lou Lubesnick (formidable Mark Ruffalo) perçoit des constantes dans les vols organisés par notre voleur dans la région. Tous ont lieu le long de la célèbre autoroute 101 de Los Angeles. Aucun recours à la violence non plus... Et c’est avec cette intime conviction que l’honnête policier va remonter cette piste pour faire toute la lumière sur ces affaires. Mais le récit serait trop simple sans un opposant très différent. Dans le rôle de ce criminel impulsif mais encore hésitant et bien plus brutal, Barry Keoghan est parfait ! Très vite, ce trio sera rejoint par Sharon (Halle Berry), une femme imprévisible qui porte un regard amer sur le milieu macho dans lequel elle évolue. C’est ainsi que le film permet une belle critique sur l’âgisme. Quatre protagonistes qui poursuivent chacun un but qui leur est propre. Mais aussi des âmes tourmentées qui convergent vers un même point. Oui, « Crime 101 » permet une réflexion très sympathique sur nos choix et les actes qui nous définissent mais aussi sur la quête de richesse, la corruption qui touche la police ou encore les inégalités sociales. Parfois, la frontière entre le bien et le mal est ténue. Il y avait longtemps que nous n’avions pas été les témoins d’une histoire originale où l’humain est au centre de l’équation. Bien sûr, les scènes de courses poursuites insufflent un rythme bienvenu à un récit qui aime prendre son temps pour développer ses personnages. Cependant, ce fragile équilibre est toujours respecté. Finalement, le metteur en scène parvient à maintenir notre attention constante grâce à une tension qui ne faiblit pas et des personnages attachants car fêlés.
Adapté du roman de Maité Carranza, il parvient à restituer le ton de ses personnages, son approche originale d’un drame familial et sociétal mais aussi et surtout la beauté de l’imaginaire d’Olivia et son petit frère Tim. Car face à la dureté de la vie, l’expulsion de leur logement, l’installation dans un appartement vide à l’opposé de la ville, la découverte d’un monde où la survie s’organise au quotidien, Olivia a fait un choix : faire croire à son petit frère que sa famille tourne dans un film (après tout, leur maman est actrice de cinéma) et que tout ce qui va arriver est écrit dans un scénario et n’est pas la réalité. Ce qui touche au cœur, c’est la solidarité, l’espoir, la débrouille, les petits personnages auxquels on s’attache vite. Ce sont les moments de poésie qui se créent entre cette mère qui n’a plus rien que des histoires à raconter à ses enfants. Ou les jeux d’enfant inventés par une grande sœur qui veut préserver son frère de la réalité et tous ses petits malheurs. Et puis, il y a la représentation des tourments d’Olivia qui la font s’effondrer lors de séisme émotionnel, ses larmes qui se transforment en océan mais aussi ses joies qui s’expriment lors d’un repas ou dans un geste de tendresse d’une nouvelle voisine qui la prend dans ses bras. « Olivia », c’est un film à l’esthétique épurée, loin des superproductions américaines ou européennes, une démarche artistique au message fort. Une invitation au voyage, pour les petits comme les grands, dans un quotidien qui s’effondre mais qui n’est jamais misérabiliste. C’est aussi une découverte de la stop motion que l’on aime, celle qui donne de l’âme à la matière.
Dès lors, pas étonnant que son imaginaire, son expérience, son côté touche à tout l’ont poussé à relever un nouveau défi, celui de jouer ET de réaliser. « L’infiltrée », son tout premier long-métrage, parvient-il à convaincre ? Sous certains aspects oui, sous d’autres, pas vraiment. En effet, sortir de la vision de « L’infiltrée », c’est comme être restée assise trop longtemps à cheval entre deux sièges. On ressent un certain confort d’une part mais une sacrée gêne de l’autre. Et pourtant, l’idée de son pitch était tout à fait adaptée à une première incursion dans la réalisation d’une comédie française au casting hétérogène. Son histoire d’infiltration improbable dans un monde féminin est une excellente idée, celui d’envoyer un agent peu préparé aussi et si cela fait le charme d’une partie de son écriture, cela verse vite dans les surenchères approximatives, des quiproquos tantôt drôles, tantôt pesants, bref, créé un déséquilibre entre ce qui marche un instant et tout ce qui ne fonctionne pas toujours sur la longueur. Pourtant, il faut reconnaître que le capital sympathie d'Ahmed Sylla fonctionne toujours, lui. Il a cette énergie communicative, ce smile qui fait que tout « passe », mais est-ce suffisant pour tenir 1h30 ? Pas sûr. Si le personnage de Lupita est admirablement maîtrisé, ses découvertes de la féminité et les discours féministes hyper drôles (quand on sait qui se cache derrière son identité), c’est l’intrigue globale qui elle, plombe un peu cette prouesse. La fraîcheur, la justesse et la maîtrise du personnage féminin de Ahmed Sylla sont honorables mais cette démarche semble manquer parfois cruellement au reste du casting hormis pour Kaaris qui prend un plaisir certain à prendre part à ce délire. Si quelques petits plaisirs coupables sont parvenus à nous décocher un (sou)rire, certaines séquences, elle, tombent à plat, comme un sketch qui n’a pas été assez rôdé. La mécanique comique de l’humoriste se ressent mais le problème principal, c'est que le film semble ne pas savoir (où et quand) s'arrêter. On sent venir certains gags à des kilomètres, la mise en scène use et abuse de ressorts narratifs vus et revus ailleurs et on finit par se lasser. Le film s'éparpille dans une surenchère de situations qui s’enchaînent délaissant une idée originale de départ pour entrer sur des sentiers battus maintes fois vus et c’est probablement là le plus gros problème. A côté de cela, on se remémore quelques scènes particulièrement drôles (la pharmacie, le transport de drogue, la vie en communauté sous l’autorité de tonton) et on se dit qu’Ahmed Sylla avait vraiment de quoi exploiter un peu plus ou un peu mieux le matériau de base. Oui, « L'Infiltrée » est une comédie généreuse mais elle l’est peut-être trop. Ahmed Sylla veut tellement bien faire et nous divertir qu’on a envie de saluer sa démarche, son implication totale (physique, psychologique, vocale) mais sur la longueur, on ne peut que regretter ce "trop-plein" qui gâche un peu le plaisir, ce too much qui gâche une idée plaisante devenue un chouïa étouffante.
Ce glissement meurtrier, absurde et souvent cocasse est en réalité une adaptation du roman "Le Couperet" de Donald Westlake, déjà adapté au cinéma par Costa-Gavras en 2005. Ce projet a demandé vingt ans au réalisateur qui tenait à tout prix à rendre parfaitement lisible le dilemme interne du personnage principal mais aussi l’environnement sociétal. Park Chan‑wook signe comme à son habitude une œuvre d’un humour noir féroce et souligne l’absurdité des mécanismes inhumains opérés par le marché du travail contemporain sans perdre de vue l’unicité de ses travailleur et leur fragilité. Exclusivement orienté vers l’industrie du papier, le film évoque aussi la recherche absolue de la "sécurité de l'emploi" dans un monde postmoderne. Bien sûr, une telle garantie est impossible de nos jours. Il serait illusoire de pense que chacun gardera son travail jusqu’au bout tant les conjonctures économiques ont pris le dessus sur l’humain. Mais la vraie intelligence du réalisateur est de montrer une classe « moyenne » à aisée qui se retrouve dans la même précarité matérielle qui a toujours impacté la classe ouvrière non qualifiée ! En fin de compte, le curseur change mais pas ses effets destructeurs. Avec ce film, le réalisateur s’en prend violemment aux mutations profondes de notre société qui met l’automatisation au centre de l’équation économique. Oui, Le capitalisme rend tout le monde remplaçable et Man-su (excellent Lee Byung-Hun), n’y échappera pas ! Au contraire, la satire deviendra plus forte à mesure que le protagoniste s’effondre. Luttant de toutes ses forces pour préserver son image de chef de famille, il s’enfoncera inexorablement dans une crise de la quarantaine aux terribles effets. D’ailleurs, puisque ses victimes partagent la même réalité, ils renferment eux-aussi les mêmes tourments. Nous avons été très enthousiaste par la très belle mise en scène qui surprend par moments ! C’est que les trouvailles visuelles sont peu communes, jugez plutôt : parmi les angles improbables, nous trouvons un fond de verre, l’œil d’une personne décédée, etc.. De l’aveu même du réalisateur, certaines prises de vue ont ainsi été conçues pour nous placer dans une position d'observateur neutre. Ce qui aura pour conséquence d’en appeler directement à nos propres émotions. Par contre, la principale déception est sans doute à aller chercher dans les réactions des protagonistes eux-mêmes qui semblent se détourner d’un certain code moral au fil de la narration. C’est ainsi le cas du rôle joué par l’excellente actrice Son Ye-jin, qui pour des raisons inconnues, suit les folies de son mari. Pourtant, elle représentait une sorte de guide moral… Etrange.
Son regard documentaire et sa précision chirurgicale parviennent une nouvelle fois à passionner et à nous faire sentir concerner et nous immerge dans une qui nous laisse le souffle court et le cœur en berne. Dès les premières minutes, le film impose un brin de poésie, le dernier avant la tragédie humaine qui attend ce couple de jeunes parents en quête d’espoir outre-Manche. La réalité brute du transport en fourgonnette sans peu d’humanisme, la chasse aux passeurs, la traque sur écrans depuis le central, tout se mêle dans un rythme d’une efficacité redoutable. La réalisatrice ne nous laisse aucun répit, nous entraînant dans une course effrénée où l’enjeu n’est rien de moins que la survie, ou du moins, la quête d’une place dans un monde qui ne fait pas de cadeaux. La grande force de Marta Bergman, c’est sa mise en scène et son refus total du manichéisme. On aurait pu tomber dans le mélodrame ou dans le thriller déshumanisé. Mais ici, elle choisit de ne prendre parti pour personne, ne jamais juger ses personnages, aussi coupables ou faillibles soient-ils. Plus qu’un fait divers ou qu’une chronique sociale, « L’enfant bélier » fait de nous un témoin d’une humanité qui se perd, où la fuite semble la seule issue possible. La caméra est proche de ses personnages, elle filme l’espoir, la fatigue ou la peur avec une sincérité qui force le respect. C’est un film qui se ressent autant qu’il se regarde, une démarche nécessaire qui nous rappelle que le cinéma peut dénoncer tout en gardant un brin d’empathie pour le sujet qu’il filme. Court, il tient en un peu plus d’une heure tous les enjeux nécessaires pour comprendre l’affaire Mawda et le rôle de tous dans ce drame.
Cette suite, on ne l’attendait pas spécialement mais la voir arriver à titiller notre curiosité. Parti sur l’idée d’adapter l’histoire du célèbre jeu de chez Konami, l’œuvre schizophrène est-elle à la hauteur ? Oscillant entre innovation esthétique et rendez-vous manqué, il est difficile de se décider. Malgré tout, on reconnaît immédiatement la "patte" Gans. Faiseur d’images, on aime sa colorimétrie qui indique si on erre dans le brouillard ou si on fait face aux dangers d’un monde inquiétant ou tous les repères se brouillent. Baignant l’errance de James (Jeremy Irvine) dans des tons gris vaporeux ou dans des tons cuivre à l’odeur ferreuse du sang, ils accompagnent l’esprit et les sentiments du héros avec habileté. De plus, le réalisateur français s’amuse, tente des choses avec sa caméra (des retournements aériens, des vues ultra-rapides à la première personne très vidéoludique, des images à l’épaule très instables). Parfois, la magie opère et l'on retrouve tout ce qu’on avait aimé dans son « Pacte des Loups ». Mais à d'autres moments, ces tentatives techniques se retournent contre elles-mêmes : certains cadrages deviennent illisibles, presque brouillons et l’expérimentation donne l’impression de ne pas savoir définir un choix. Si l’aspect vidéoludique s’exprime par ses décors ou le grain de son image, il le fait aussi avec ses personnages. James avance comme un avatar que l’on guide à la manette, les personnages secondaires apparaissent au détour d’une scène (et respectent le mode de fonctionnement d’un gameplay) et le son est optimisé dans la salle de cinéma comme dans le casque de nos consoles/PC. Pourtant, malgré ce respect/hommage du matériau d’origine, le film piétine. On regrette que les personnages secondaires ne soient pas plus exploités et l’immersion est constamment cassée par des flashbacks incessants qui viennent (sur)expliquer l’histoire qui lie James à Mary (Hannah Anderson) ce que l’image ou le scénario exprimaient déjà. Christophe Gans semble d’ailleurs avoir peur du silence là où il pèse dans le jeu, permettant à l’atmosphère de s’exprimer dans ses bruitages. La voix off est omniprésente et explique ce qu’on lit d’ordinaire sur nos écrans de télé mais elle finit par alourdir une intrigue qui manque cruellement de prise de risque scénaristique. Même constat pour les effets numériques : certains monstres ou environnements sont magnifiques (si on peut s’exprimer ainsi dans un monde cauchemardesque) tandis que d'autres affichent un aspect "cheap" indigne d’une telle démarche. Ce grand écart résume à lui seul le film : un mélange d’originalité bienvenue et de gâchis énervant au possible. D’ailleurs, on sort de la salle avec un étrange sentiment de lassitude, de déception peut-être et même si on a apprécié son esthétique, on sait que ce « Retour à Silent Hill » n’en aura jamais un pour notre part. Sorte de bad trip dont on ressort mitigés, on laisse la proposition de Christophe Gans, avec l'unique désir de laisser ces souvenirs derrière nous, comme un cauchemar qui nous aura réveillé et qu’on a envie d’oublier.
Dans son dernier long-métrage, la réalisatrice japonaise Hikari nous offre bien plus qu’une simple comédie dramatique : elle nous livre une véritable bouffée d’air frais, une parenthèse enchantée on peut plus touchante ! Et pourtant, le défi n’était pas aisé. En nous plongeant dans l’univers étrange (et fascinant) d’une entreprise de services de "location de famille" au Japon, nous aurions pu tomber dans la comédie futile, le drame attendu ou un périlleux équilibre entre les deux. Ici, rien de tout cela ! En suivant le personnage de Philipp, un acteur américain en quête de rôles au cinéma (interprété par un Brendan Fraser plus touchant que jamais), on se laisse aller à la découverte des traditions japonaises, de la vulnérabilité de ses clients, de leur vide affectif et de leurs besoins d’avoir une vie « normale » ou sociologiquement acceptable. C’est que ce qui commence comme une simple prestation professionnelle (déconcertante pour notre héros comme pour nous), va peu à peu glisser vers une quête d'identité, de service rendu sans intérêt et juste par altruisme. Sans jamais tomber dans le pathos, Hikari explore ces solitudes multiples qui marchent dans les rues de Tokyo, se croisent et finissent par se soigner les unes les autres. C’est un film sur les masques que l’on porte mais aussi et surtout sur cette vérité qui finit toujours par transparaître et la beauté de l’âme humaine. Hikari ne juge jamais ses personnages, même lorsqu'ils s'enferment dans le mensonge de la "famille à louer". Sa mise en scène classique mais soignée, transforme un Tokyo nerveux en une scène idéale pour les individualités et cela fonctionne dès ses premières minutes ! Mais que serait « Rental Family » sans son immense acteur ? Le cœur battant du film, c'est lui ! On adore retrouver Brendan Fraser dans ce registre tant il apporte au personnage une pudeur et une tendresse infinies. Loin des artifices, il joue avec son regard (de chien battu tout adapté au rôle), sa carrure imposante mais habitée par une âme d’enfant. Foncièrement gentil, il apportera autant aux autres qu’à lui-même, pas des gestes, des interdits, des écoutes et une présence rassurante. Expatrié et lui-même fragilisé par son passé, Philip ne parle pas beaucoup, tout doucement et apporte un côté rassurant à tous ceux qu’ils croisent, nous y compris. La complicité avec ses partenaires japonais est évidente et le développement des dialogues et de l’intrigue prouvent que l'émotion et la bienveillance n'ont pas besoin de traducteur, surtout quand on parle la langue du cœur ! Et si la mouture du film peut sembler classique, ce n’est pas là que réside la beauté du film, il brille par sa générosité, par son authenticité, son humanité. L’émotion est juste, jamais forcée. Là où « Peacock » avait exploité le même thème avec un aspect dramaturgique plus frontal, « Rental Family » le fait avec douceur, délicatesse et générosité de cœur.
Ce personnage, c’est Paul Marquet, un homme qui prend les traits d’un visage qui semble aujourd'hui indissociable du cinéma français : Bastien Bouillon. L’acteur, qui capte la lumière du septième art avec un charisme évident, livre ici une prestation irréprochable. Il incarne cet écrivain qui choisit l'ombre aux projecteurs, à la prise de risque plutôt qu’au confort avec une authenticité bouleversante. Son jeu nous livre chaque doute, chaque renoncement, chaque désillusion dans un jeu qui ne cherche jamais l'effet et se veut proche d’une réalité qu’on peut croiser dans notre quotidien. Inspiré de la vie de Franck Courtès, le drame peut sembler pessimiste mais il ne l’est pas, au contraire. Il fait l’écho d’un besoin de liberté, de temps, pour devenir (ou rester) celui qu’on a toujours désiré être, quitte à perdre du « crédit » aux yeux de ses proches. Récompensé à la Mostra de Venise, le scénario est savamment écrit et réussit le tour de force de rendre passionnant la chute sociale et économique de son héros. Valérie Donzelli nous montre que la création a un prix, souvent payé au péril de sa vie mais aussi que l’inspiration peut naître de tout et que l’art créatif peut être déclenché/appuyé par de parfaits inconnus. Et s’il y a les dialogues et les scènes qui se jouent sur le grand écran, il y a aussi la voix off, on ne peut plus judicieuse dans ce cas. Loin d'être un artifice pesant (comme dans de nombreux films), elle est un guide, une sorte de boussole émotionnelle qui nous guide à travers les ressentis et les observations affutées du Paul, apportant une valeur ajoutée narrative qui sublime chaque plan. Et ce n’est pas tout ! Autre élément remarquable sur le plan technique, la photographie d’ « À pied d’œuvre » (de Irina Lubtchansky) mérite que l’on s’y attarde. Valérie Donzelli a fait le choix d'un grain artistique lorsqu’il s’agit de se remémorer des moments de vie et de les imprégner dans la mémoire et une fois de plus, cette mécanique est un vrai plus dans la forme du film. La lumière et la pureté des murs blancs de l’appartement de Paul laisse peu à peu la place à l’ombre d’un sous-sol et d’une vie qui « stagne » accompagnant, là aussi, les états d’âme et les conditions de notre héros. Tout semble s’accorder pour montrer la richesse d’un photographe qui avait tout et qui sombre petit à petit dans un fond dont on espère le voir remonter. L’envie de créer est partout : dans l’histoire comme dans les choix de Valérie Donzelli et c’est très certainement ce qui nous a fait autant apprécier son long-métrage. Tout comme dans son film précédent, Valérie Donzelli filme une descente aux enfers contre laquelle ses héros se battent. Refusant de subir leurs conditions, ils voient dans le quotidien des moments rassurants et des opportunités de se ressaisir, une petite lumière qui brille dans le noir et qui ne demande qu’à être amplifiée après des choix assumés.
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Légende
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