Ce personnage, c’est Paul Marquet, un homme qui prend les traits d’un visage qui semble aujourd'hui indissociable du cinéma français : Bastien Bouillon. L’acteur, qui capte la lumière du septième art avec un charisme évident, livre ici une prestation irréprochable. Il incarne cet écrivain qui choisit l'ombre aux projecteurs, à la prise de risque plutôt qu’au confort avec une authenticité bouleversante. Son jeu nous livre chaque doute, chaque renoncement, chaque désillusion dans un jeu qui ne cherche jamais l'effet et se veut proche d’une réalité qu’on peut croiser dans notre quotidien. Inspiré de la vie de Franck Courtès, le drame peut sembler pessimiste mais il ne l’est pas, au contraire. Il fait l’écho d’un besoin de liberté, de temps, pour devenir (ou rester) celui qu’on a toujours désiré être, quitte à perdre du « crédit » aux yeux de ses proches. Récompensé à la Mostra de Venise, le scénario est savamment écrit et réussit le tour de force de rendre passionnant la chute sociale et économique de son héros. Valérie Donzelli nous montre que la création a un prix, souvent payé au péril de sa vie mais aussi que l’inspiration peut naître de tout et que l’art créatif peut être déclenché/appuyé par de parfaits inconnus. Et s’il y a les dialogues et les scènes qui se jouent sur le grand écran, il y a aussi la voix off, on ne peut plus judicieuse dans ce cas. Loin d'être un artifice pesant (comme dans de nombreux films), elle est un guide, une sorte de boussole émotionnelle qui nous guide à travers les ressentis et les observations affutées du Paul, apportant une valeur ajoutée narrative qui sublime chaque plan. Et ce n’est pas tout ! Autre élément remarquable sur le plan technique, la photographie d’ « À pied d’œuvre » (de Irina Lubtchansky) mérite que l’on s’y attarde. Valérie Donzelli a fait le choix d'un grain artistique lorsqu’il s’agit de se remémorer des moments de vie et de les imprégner dans la mémoire et une fois de plus, cette mécanique est un vrai plus dans la forme du film. La lumière et la pureté des murs blancs de l’appartement de Paul laisse peu à peu la place à l’ombre d’un sous-sol et d’une vie qui « stagne » accompagnant, là aussi, les états d’âme et les conditions de notre héros. Tout semble s’accorder pour montrer la richesse d’un photographe qui avait tout et qui sombre petit à petit dans un fond dont on espère le voir remonter. L’envie de créer est partout : dans l’histoire comme dans les choix de Valérie Donzelli et c’est très certainement ce qui nous a fait autant apprécier son long-métrage. Tout comme dans son film précédent, Valérie Donzelli filme une descente aux enfers contre laquelle ses héros se battent. Refusant de subir leurs conditions, ils voient dans le quotidien des moments rassurants et des opportunités de se ressaisir, une petite lumière qui brille dans le noir et qui ne demande qu’à être amplifiée après des choix assumés.
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