Dès lors, pas étonnant que son imaginaire, son expérience, son côté touche à tout l’ont poussé à relever un nouveau défi, celui de jouer ET de réaliser. « L’infiltrée », son tout premier long-métrage, parvient-il à convaincre ? Sous certains aspects oui, sous d’autres, pas vraiment. En effet, sortir de la vision de « L’infiltrée », c’est comme être restée assise trop longtemps à cheval entre deux sièges. On ressent un certain confort d’une part mais une sacrée gêne de l’autre. Et pourtant, l’idée de son pitch était tout à fait adaptée à une première incursion dans la réalisation d’une comédie française au casting hétérogène. Son histoire d’infiltration improbable dans un monde féminin est une excellente idée, celui d’envoyer un agent peu préparé aussi et si cela fait le charme d’une partie de son écriture, cela verse vite dans les surenchères approximatives, des quiproquos tantôt drôles, tantôt pesants, bref, créé un déséquilibre entre ce qui marche un instant et tout ce qui ne fonctionne pas toujours sur la longueur. Pourtant, il faut reconnaître que le capital sympathie d'Ahmed Sylla fonctionne toujours, lui. Il a cette énergie communicative, ce smile qui fait que tout « passe », mais est-ce suffisant pour tenir 1h30 ? Pas sûr. Si le personnage de Lupita est admirablement maîtrisé, ses découvertes de la féminité et les discours féministes hyper drôles (quand on sait qui se cache derrière son identité), c’est l’intrigue globale qui elle, plombe un peu cette prouesse. La fraîcheur, la justesse et la maîtrise du personnage féminin de Ahmed Sylla sont honorables mais cette démarche semble manquer parfois cruellement au reste du casting hormis pour Kaaris qui prend un plaisir certain à prendre part à ce délire. Si quelques petits plaisirs coupables sont parvenus à nous décocher un (sou)rire, certaines séquences, elle, tombent à plat, comme un sketch qui n’a pas été assez rôdé. La mécanique comique de l’humoriste se ressent mais le problème principal, c'est que le film semble ne pas savoir (où et quand) s'arrêter. On sent venir certains gags à des kilomètres, la mise en scène use et abuse de ressorts narratifs vus et revus ailleurs et on finit par se lasser. Le film s'éparpille dans une surenchère de situations qui s’enchaînent délaissant une idée originale de départ pour entrer sur des sentiers battus maintes fois vus et c’est probablement là le plus gros problème. A côté de cela, on se remémore quelques scènes particulièrement drôles (la pharmacie, le transport de drogue, la vie en communauté sous l’autorité de tonton) et on se dit qu’Ahmed Sylla avait vraiment de quoi exploiter un peu plus ou un peu mieux le matériau de base. Oui, « L'Infiltrée » est une comédie généreuse mais elle l’est peut-être trop. Ahmed Sylla veut tellement bien faire et nous divertir qu’on a envie de saluer sa démarche, son implication totale (physique, psychologique, vocale) mais sur la longueur, on ne peut que regretter ce "trop-plein" qui gâche un peu le plaisir, ce too much qui gâche une idée plaisante devenue un chouïa étouffante.
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