Ce glissement meurtrier, absurde et souvent cocasse est en réalité une adaptation du roman "Le Couperet" de Donald Westlake, déjà adapté au cinéma par Costa-Gavras en 2005. Ce projet a demandé vingt ans au réalisateur qui tenait à tout prix à rendre parfaitement lisible le dilemme interne du personnage principal mais aussi l’environnement sociétal. Park Chan‑wook signe comme à son habitude une œuvre d’un humour noir féroce et souligne l’absurdité des mécanismes inhumains opérés par le marché du travail contemporain sans perdre de vue l’unicité de ses travailleur et leur fragilité. Exclusivement orienté vers l’industrie du papier, le film évoque aussi la recherche absolue de la "sécurité de l'emploi" dans un monde postmoderne. Bien sûr, une telle garantie est impossible de nos jours. Il serait illusoire de pense que chacun gardera son travail jusqu’au bout tant les conjonctures économiques ont pris le dessus sur l’humain. Mais la vraie intelligence du réalisateur est de montrer une classe « moyenne » à aisée qui se retrouve dans la même précarité matérielle qui a toujours impacté la classe ouvrière non qualifiée ! En fin de compte, le curseur change mais pas ses effets destructeurs. Avec ce film, le réalisateur s’en prend violemment aux mutations profondes de notre société qui met l’automatisation au centre de l’équation économique. Oui, Le capitalisme rend tout le monde remplaçable et Man-su (excellent Lee Byung-Hun), n’y échappera pas ! Au contraire, la satire deviendra plus forte à mesure que le protagoniste s’effondre. Luttant de toutes ses forces pour préserver son image de chef de famille, il s’enfoncera inexorablement dans une crise de la quarantaine aux terribles effets. D’ailleurs, puisque ses victimes partagent la même réalité, ils renferment eux-aussi les mêmes tourments. Nous avons été très enthousiaste par la très belle mise en scène qui surprend par moments ! C’est que les trouvailles visuelles sont peu communes, jugez plutôt : parmi les angles improbables, nous trouvons un fond de verre, l’œil d’une personne décédée, etc.. De l’aveu même du réalisateur, certaines prises de vue ont ainsi été conçues pour nous placer dans une position d'observateur neutre. Ce qui aura pour conséquence d’en appeler directement à nos propres émotions. Par contre, la principale déception est sans doute à aller chercher dans les réactions des protagonistes eux-mêmes qui semblent se détourner d’un certain code moral au fil de la narration. C’est ainsi le cas du rôle joué par l’excellente actrice Son Ye-jin, qui pour des raisons inconnues, suit les folies de son mari. Pourtant, elle représentait une sorte de guide moral… Etrange.
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