Cette suite, on ne l’attendait pas spécialement mais la voir arriver à titiller notre curiosité. Parti sur l’idée d’adapter l’histoire du célèbre jeu de chez Konami, l’œuvre schizophrène est-elle à la hauteur ? Oscillant entre innovation esthétique et rendez-vous manqué, il est difficile de se décider. Malgré tout, on reconnaît immédiatement la "patte" Gans. Faiseur d’images, on aime sa colorimétrie qui indique si on erre dans le brouillard ou si on fait face aux dangers d’un monde inquiétant ou tous les repères se brouillent. Baignant l’errance de James (Jeremy Irvine) dans des tons gris vaporeux ou dans des tons cuivre à l’odeur ferreuse du sang, ils accompagnent l’esprit et les sentiments du héros avec habileté. De plus, le réalisateur français s’amuse, tente des choses avec sa caméra (des retournements aériens, des vues ultra-rapides à la première personne très vidéoludique, des images à l’épaule très instables). Parfois, la magie opère et l'on retrouve tout ce qu’on avait aimé dans son « Pacte des Loups ». Mais à d'autres moments, ces tentatives techniques se retournent contre elles-mêmes : certains cadrages deviennent illisibles, presque brouillons et l’expérimentation donne l’impression de ne pas savoir définir un choix. Si l’aspect vidéoludique s’exprime par ses décors ou le grain de son image, il le fait aussi avec ses personnages. James avance comme un avatar que l’on guide à la manette, les personnages secondaires apparaissent au détour d’une scène (et respectent le mode de fonctionnement d’un gameplay) et le son est optimisé dans la salle de cinéma comme dans le casque de nos consoles/PC. Pourtant, malgré ce respect/hommage du matériau d’origine, le film piétine. On regrette que les personnages secondaires ne soient pas plus exploités et l’immersion est constamment cassée par des flashbacks incessants qui viennent (sur)expliquer l’histoire qui lie James à Mary (Hannah Anderson) ce que l’image ou le scénario exprimaient déjà. Christophe Gans semble d’ailleurs avoir peur du silence là où il pèse dans le jeu, permettant à l’atmosphère de s’exprimer dans ses bruitages. La voix off est omniprésente et explique ce qu’on lit d’ordinaire sur nos écrans de télé mais elle finit par alourdir une intrigue qui manque cruellement de prise de risque scénaristique. Même constat pour les effets numériques : certains monstres ou environnements sont magnifiques (si on peut s’exprimer ainsi dans un monde cauchemardesque) tandis que d'autres affichent un aspect "cheap" indigne d’une telle démarche. Ce grand écart résume à lui seul le film : un mélange d’originalité bienvenue et de gâchis énervant au possible. D’ailleurs, on sort de la salle avec un étrange sentiment de lassitude, de déception peut-être et même si on a apprécié son esthétique, on sait que ce « Retour à Silent Hill » n’en aura jamais un pour notre part. Sorte de bad trip dont on ressort mitigés, on laisse la proposition de Christophe Gans, avec l'unique désir de laisser ces souvenirs derrière nous, comme un cauchemar qui nous aura réveillé et qu’on a envie d’oublier.
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