Et si les genres et les sujets varient au fil du temps, ils semblent tous deux garder cet amour de la précision, de l’investissement total qui se met au service de leurs personnages. Cette fois encore, ils s’associent pour nous offrir un long-métrage évoquant la vie, l’œuvre de Lorenz Hart, un parolier au caractère particulier, caché dans l'ombre des mélodies de Richard Rodgers (Andrew Scott) qui a signé la partition de nombreuses comédies musicales ou films musicaux parmi lesquels « La mélodie du bonheur »). De comédie musicale, il en est question, en sous-texte dans « Blue Moon » mais de tranches de vie aussi (et surtout !). Si l’intrigue s’installe le soir de la première de « Oklahoma ! » ( présenté sur les planches avant de devenir, des années plus tard, un film à succès porté par Gordon MacRae, Shirley Jones et Gene Nelson en 1955), elle prend toute sa splendeur lorsque Lorenz, dépité de ce qu’il vient de voir, s’accoude au bar de son ami (formidable Bobby Cannavale) pour lui donner des nouvelles de sa vie. Avec « Blue Moon », on pourrait s'attendre à un biopic classique, mais Richard Linklater reste fidèle à lui-même : il capture un instant précisant, un instant de vie, le retour d’une première enviée par un Hart qui n’ose pas l’avouer et un bar à l’ancienne où tout le petit monde du théâtre va bientôt s’affairer. Mis de côté par son compositeur qui lui préfère un Oscar Hammerstein, le parolier se remet en question et ne sait comment exprimer ses différentes désillusions. Le premier plaisir du film vient de la performance d'Ethan Hawke. Totalement métamorphosé, il habite un Lorenz Hart vieillissant, usé par ses propres démons, ses projections, questionnements et une mélancolie qui lui colle à la peau. Comme souvent, il ne se contente pas de jouer, il EST son personnage, tant physiquement que psychologiquement. Ses échanges avec ses différents interlocuteurs sont bluffants et on sent que son plaisir d’entrer dans cet exercice de style difficile et dans cette époque exigeante. Autre point fort du film, l'idée de respecter les unités de temps et de lieu qui lui donne un aspect théâtral assumé et idéal pour exploiter son sujet. On ne quitte pas le bar dans lequel nous sommes entrés en ouverture du film et on fait quelques pas entre le comptoir et la salle de réception, en espérant trouver une oreille attentive ou amicale, en entrant dans l’intimité des protagonistes qui la déballe sans aucune retenue. Mais c’est aussi là que le bât blesse. À force de vouloir restituer la vivacité d'esprit de Lorenz Hart et de ses camarades, Linklater se laisse emporter par un côté trop verbeux. Le film bavarde, beaucoup, trop et finit par s'égarer dans des échanges à rallonge qui ne laisse aucun répit à ses orateurs comme à ses spectateurs. Paradoxalement, alors que le long-métrage n'est pas particulièrement long, on finit par ressentir une certaine pesanteur, une lenteur qui peut assommer. Seules les scènes avec Elizabeth (Margaret Qualley) nous permettent de respirer un peu, sans doute parce qu’en sa présence, Hart voit lui aussi le temps se suspendre. Le mélange d'anecdotes, de piques assassines et de confidences philosophiques ou sincères finit par devenir fatigant. Si les échanges sont admirablement maîtrisés, ils tournent souvent à vide malgré les interpellations d’un pianiste, un auteur assis dans un coin ou une amie. C'est brillant mais peut-être trop démonstratif ou vide de sens. L’expression « qui peut le plus peut le moins » est d’ailleurs la première qui nous vient à l’esprit quand on veut résumer le film. « Blue Moon » est un joli hommage, un bel exercice de style qui ne nous a pas totalement convaincus. On en ressort admiratif du talent de ses acteurs, du choix de sa mise en scène théâtrale mais aussi un peu épuisé par ce flot ininterrompu de paroles qui semble, par moments, masquer l'absence d'un véritable enjeu. C’est une belle curiosité pour les amateurs de comédies musicales d’antan ou pour les amoureux du théâtre. C’est une nouvelle façon de montrer la palette de jeu d’un Ethan Hawke qui n’a rien perdu de sa superbe.
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