Avec « Father, Mother, Sister, Brother », le réalisateur américain de 72 ans (et une dizaine de films d’auteur à son actif) nous revient dans une forme que l’on connaît bien, trop bien peut-être, pour nous parler de la famille et des relations parents- enfants qui peuvent se dilater avec le temps. Dans ses points forts, on se doit de saluer la direction d’acteurs formée par un casting soigné aux petits oignons. Prenant chacun place dans un triptyque délocalisé à chaque récit, ils nous font croire, sans mal, aux relations qui sont les leurs. Que ce soit à travers les silences pesants (où les tics tacs des horloges ou les gouttes d’eau sont assourdissants) ou les échanges un peu forcés, dans les prises de nouvelles derrière un volant ou les petites piques amicales et familières, le casting livre une partition impeccable et remarquable. On retrouve avec un plaisir non dissimulé des visages familiers (Adam Driver et Tom Waits, ici père et fils), des figures qui prennent place dans sa filmographie avec beaucoup d’investissement et de sincérité. Et il y a aussi Mayim Bialik (qu’on aime voir dans ce genre de cinéma), Charlotte Rampling, Vicky Krieps, Cate Blanchett ou encore Indya Moore et Luka Sabbat, deux orphelins qui se replongent dans les souvenirs de leurs parents. Incarnant avec une justesse cette difficulté de communiquer, ils/elles incarnent toutes et tous la pudeur qui lie les parents à leurs enfants, la difficulté de se comprendre, de s’intéresser à l’autre génération, le poids du temps qui passe ou l’importance des instants communs… Dans ces presque deux heures (qui peuvent peser si on ne se prête pas au jeu ou si on se lasse de la mécanique), Jim Jarmusch s’amuse ici à tisser une toile de correspondances et nous fait une série de clins d’œil qui montre l’universalité de ce qu’il veut nous raconter… Un même geste répété, une montre qui change d’utilité, des skateurs vus et différemment appréciés, une même ouverture à bord d’une voiture et des scènes finales pourtant totalement opposées… Les générations se répondent les uns aux autres, les histoires aussi... Et c’est là où réside la beauté du projet, dans cette observation quasi sociologique de l’héritage familial. Dans son dernier long-métrage, on sent l'envie de livrer un "film somme", une synthèse de son amour pour le quotidien et les personnages ordinaires, la musique des mots, le poids de la solitude mais on n’y retrouve pas forcément le génie auquel Jarmusch nous a habitué. À force de jouer sur la redondance, le film s’étire jusqu'à une lenteur qui pourrait en décourager plus d'un. Si on accepte de se laisser bercer par son rythme contemplatif, on peut adhérer à la proposition, sinon, on risque de décrocher ou de se lasser. Moins poétique ou moins décalé que ce à quoi il nous a habitué, « Father, mother, sister, brother » (pourtant récompensé par le Lion d’Or à Venise) peut donner la sensation que son originalité s’est endormie (comme certains spectateurs) ou s’est étouffée dans une mécanique trop répétée. Lorsque le générique de fin se déroule sur notre écran, on éprouve le sentiment d'avoir vu un film soigné, on a pris plaisir à retrouver une patte, un casting, une simplicité de discours et on s’est malgré tout laissé emporter dans ce no man’s land américain, à Dublin ou dans cet appartement parisien. Mais on se dit que la proposition est peut-être un peu trop repliée sur elle-même pour nous emmener totalement dans nos émotions et celles de son réalisateur. Dommage car on attendait de pieds fermes ce rendez-vous avec un réalisateur qui, d’ordinaire fait mouche. Ici, difficile de ne pas donner raison à celles et ceux qui sont restés dans une sensation de lenteur et de torpeur.
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