Cette admiration, on la porte aussi sur Jessie Buckley, époustouflante dans le rôle d'Agnès (Anne) Hathaway. L'actrice habite avec toutes ses tripes cette « femme des bois », guérisseuse et mère de trois enfants. Déjà récompensée il y a quelques jours par un Golden Globe on ne peut plus légitime, l’idée de la voir soulever un Oscar ne serait effectivement pas étonnant tant elle donne de sa personne, crève l’écran et notre cœur, notamment dans les scènes qui unissent son personnage à ses enfants. À ses côtés, Paul Mescal joue un William Shakespeare plus en retrait mais livre une partition tout en retenue toute aussi touchante, laissant toute la lumière à l'épouse de ce dramaturge qui excellera dans l’écriture après un passé de gantier un peu « paumé ». Et parce qu’il est question d’enfants, de famille, de lien maternel, comment ne pas évoquer le jeune trio d'acteurs tellement convaincants, composé de Jacobi Jupe, Olivia Lynes et Bodhi Rae Breathnach dont la complicité à l'écran rend le drame plus cruel encore. Visuellement, Chloé Zhao assure toujours et n'a rien perdu de sa superbe. La photographie de Łukasz Żal est d'une maîtrise absolue et magnifie chaque lieu, chaque scène qu’elle se déroule en intérieur, dans la crasse des villes/villages ou dans les bois réconfortants. La reconstitution d’époque évite le piège du décor sans âme et les cadres, toujours justes, nous font vivre les émotions ou tourments des personnages, dans leur découverte du couple, des enfants mais aussi du drame qui plane sur la famille Shakespeare. Enfin, comment ne pas parler de la partition musicale de Max Richter qui souligne/appuie la tragédie ou l’alégresse de l’enfance avec maestria. Avec « Hamnet », notre cœur bat au rythme de celui de Agnès. On vit sa maternité, sa solitude mais aussi son deuil. Sa douleur devient la nôtre , ses cris nous transpercent et on vit l’émotion de l’intérieur (d’autres spectateurs, eux, ont bien eu du mal à retenir leurs larmes, preuve absolue que la fiction a fait vibrer plus d’une corde sensible.) Et puis, il y a, dans le sous-texte, la création et la première représentation de la pièce « Hamlet » , un écrit cathartique qui s’anime dans une puissance émotionnelle rare, transformant la perte d’une fils en une forme d’éternité. Alors non, tout n’est pas parfait. Le film souffre d'une mise en place un peu laborieuse et longue, de quelques latences qui étirent inutilement la durée (près de deux heures quand même). L'émotion est maîtrisée mais penche parfois vers un mélodrame un peu (trop) appuyé/souligné ce qui pourrait nous amener à vivre la proposition de Zhao avec une certaine distance là où on aurait aimé être totalement embarqué. Mais « Hamnet » est effectivement un grand film, avec de grands interprètes et une magnifique équipe technique. Une œuvre poignante et esthétiquement sublime qui mérite amplement le détour en salle.
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