On suit la vie d'un adorable petit chien blanc au nez rose, nommé Gohan (ce qui signifie riz), sur une décennie. Se déroulant dans un triptyque linéaire, le film nous fait partager la vie de ses trois propriétaires successifs : un ingénieur japonais contraint de prendre sa retraite, une employée migrante birmane dans un refuge canin, et enfin un jeune couple d'étudiants en art thaïlandais. La démarche est belle, la réalisation classique mais efficace. Sa première partie ultra-touchante, la deuxième plus sombre et la dernière remplie d’espoir et chacun de ces temps permet de découvrir le caractère, les valeurs, la vie de chacun des humains croisés sur sa route. C’est aussi une façon originale de découvrir les cultures thaïlandaise et japonaise, leurs modes de fonctionnement et le contexte sociétal de ces nations. C'est une œuvre chorale sensible qui explore avec beaucoup de tendresse notre rapport aux animaux mais aussi au deuil, à ce qu’on est capable d’accepter et les changements qu’une adoption peut engendrer. On rit, on pourrait pleurer et la réalisation à six mains apporte une vraie richesse visuelle et narrative à chaque segment. Le plus grand regret ne réside que dans sa durée… de presque deux heures trente ! Le film souffre vraiment de quelques longueurs et d’un rythme inégal, en particulier son dernier tiers long, trop long ! Et si on s’attendrit, qu’on s’offusque ou qu’on espère la meilleure des issues pour cet attachant chien blanc, on se lasse un peu du film et attendons la fin (prévisible) avec impatience. Fort heureusement, son dernier quart d’heure parvient à raccrocher notre attention, certains auront peut-être même les émotions à fleur de peau… Si comme nous, vous avez déjà eu le bonheur d’avoir un petit compagnon à quatre pattes, vous n’aurez qu’être d’accord avec ceci : faire entrer un chien dans sa vie, c’est l’aimer mais surtout recevoir un amour inconditionnel en retour.
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En effet, le sujet du film ne s’adresse pas à un public familial de base, quoique chacun, chacune sera juge de l‘âge approprié pour ses propres ados, mais quand même, ne vous trompez pas de salle avec des enfants en vous basant uniquement sur l’animation et sa palette de couleurs, un minimum d’informations au préalable est nécessaire. Vu son sujet peu banal, on comprend pourquoi le studio a eu du mal à trouver les derniers capitaux nécessaires à sa production, en effet les grandes chaînes françaises et plateformes de streaming contactées ont manqué de courage pour le coup, et c’est grâce à un financement public via une campagne Ulule que le projet a pu finalement voir le jour. Grâce aussi à la chaîne publique belge francophone, la RTBF, qui elle n’a pas eu froid aux yeux et s’est engagée sur le financement et la future diffusion en télévision. D’ailleurs, le film fonctionne plutôt très bien en salles, venant prouver que le public est prêt pour les histoires de qualité, quel que soit le sujet. Passé par le Festival de Cannes, coproduction entre la France et la Belgique - c’est d’ailleurs distribué par O’Brother en Belgique - « Jim Queen » est un bonbon coloré et pop qui célèbre la diversité et balaie toutes les conventions, le film est drôle, cynique, politique(ment incorrect) même, critique et sincère à la fois. Son héros en apparence, l’influenceur gay et bodybuildé Jim Queen (jeu de mots sur “Gym Queens”, ces gays accros aux salles de muscu), idole de la communauté queer, caricature du mec superficiel, se fait voler la vedette au cours du film par le chétif et timide Lucien, un fils à maman au grand cœur sous la coupe de son homophobe ministre de mère, elle-même caricature du parent contrôlant et manipulateur qui refuse d’accepter la nature de sa progéniture. Ode à la culture queer (même si ça manque de femmes parmi les personnages), autodérision comme arme de séduction massive, on retrouve également les codes du film d’action et même ceux du film de superhéros : les gentils contre les méchants, la mission afin de trouver un objet (ici le remède à une maladie créée par un savant fou), le superpouvoir “gay radar” de Jim (et ses appels du pied aux mangas), et bien sûr cet amour pour les tenues colorées moulantes ! La réussite du film est qu’il touche un large public, bien au-delà de sa niche de base, disons, et c’est certainement dû à son ironie absolument rafraîchissante et franche du collier. Évidemment, on ne peut éviter certains clichés, mais c’est pour mieux confronter les caractères. On y danse et chante aussi (du Céline Dion), naturellement ! Vous aussi, laissez-vous emporter par la bonne humeur contagieuse de Jim Queen et ses amis, et si les questionnements autour de l’hétéronormativité vous parlent, permettez-leur de mettre des paillettes dans votre vie !
Porté par le savoir-faire désormais légendaire du département français des studios Illumination, le film s'impose d'emblée comme une franche réussite, un de ces petits bijoux d'animation nés de la vision d'un réalisateur qui a su, dès le départ, donner aux Minions leur langage unique et leur gestuelle irrésistible. Depuis leur première apparition, ces créatures ont conquis le monde, et cette nouvelle proposition ne fait que confirmer le talent technique et narratif de cette saga commencée il y a 15 ans déjà. C'est un véritable plaisir à découvrir en famille, un spectacle total qui réussit le tour de force de réunir toutes les générations sans jamais laisser personne sur le côté. Les plus petits s'amuseront énormément des gags visuels et des échanges comiques entre les Minions, dont la capacité à déclencher le rire par un simple regard ou une action simple mais efficace. Pendant ce temps, les grands auront une lecture tout aussi amusante, captant au vol les multiples références cinématographiques et les clins d'œil à la pop culture qui parsèment généreusement le récit. Mais ce sont peut-être les cinéphiles et les amoureux fervents du septième art qui jubileront le plus devant l'écran. Dès le générique de début, le ton est donné avec une superbe évocation du processus de la chronophotographie d'Eadweard Muybridge (hommage réitéré puisque l’un des personnages producteurs du film porte aussi son nom) ou des premiers longs-métrages des frères Lumière, de l’arrivée du train en gare de Ciotat à sa sortie d’usine. Jusqu'au clap de fin, le long-métrage nous régale de clins d’oeil savoureux aux coulisses des films, de leurs studios et les œuvres majeures de l'histoire du cinéma. À travers des hommages appuyés ou furtifs à des géants du grand écran comme Humphrey Bogart, Orson Welles, les Frères Lumière, Fritz Lang, Steven Spielberg ou encore George Lucas, pour ne citer qu'eux, nous découvrons en premier ou en second plan des évocations magistrales de films mythiques. C'est un jeu de piste amusant, une sorte de Mr Troove made in Illumination. Et que dire du scénario, si ce n'est qu'il est admirablement bien ficelé ? L'intrigue avance sans temps mort, portée par des personnages instantanément attachants comme ceux de James et Henri mais aussi une galerie de monstres parfaitement "castés" qui apportent une saveur délicieusement fantastique à l'ensemble. On reste les pieds joints dans l'univers si coloré et familier des Minions, celui qui nous a fait vibrer dans la saga "Moi, moche et méchant", tout en y injectant une belle dose d'innovation et de fraîcheur.
En choisissant la pudeur du réel plutôt que les artifices de la fiction, il signe une œuvre d'une beauté rare, qui résonne en chacun de nous comme un écho universel. Le point de départ est pourtant celui d'une fracture intime, d'un abîme : la perte d'un ami cher, l’acteur Gaspard Ulliel. Face au vide vertigineux laissé par le deuil, Jérémie Renier a ressenti ce besoin viscéral de tout quitter pour se confronter à l'immensité du Grand Nord et ses décors de désolation. Sa trajectoire le mène vers les paysages spectaculaires, des étendues glacées d’une beauté à couper le souffle aux villages où le temps semble s’être arrêté. Plus qu'un simple décor, cette région polaire devient, à l’écoute des confidences en voix off, le miroir direct du vide intérieur d’un homme qui peine à avancer dans la vie, comme le fait l’explorateur qu’il a rencontré, dans les environnements hostiles rencontrés. D’une poésie visuelle absolument saisissante, cette démarche illustre le ressenti et ne constitue pas qu’un prétexte. Il est l’occasion rêvée d’illustrer la difficulté de se faire confiance, de mener à bien une mission, c’est la rencontre en deux hommes, tous les deux écorchés par la vie. Absolument pas nombriliste, « D’un monde à l’autre » explore avec beaucoup de finesse le thème de la reconstruction. Comment réapprendre à faire confiance à la vie? Comment trouver la force d'avancer quand le sol s'est dérobé sous nos pas ? Par le besoin qu’avait Jérémie Renier de relever un défi hors norme, il l’accomplit, pas pour fuir la réalité mais pour réussir à traverser la douleur, faire son deuil et, comme il le dit lui-même poser un autre regard sur l'existence. Et ça fonctionne, tant cela touche immédiatement à l'universel. C'est beau, c'est d'une profondeur bouleversante et, par-dessus tout, terriblement humain. Jérémie Renier avance sans masque, avec ses doutes et sa vulnérabilité, et c'est précisément cela qui nous bouleverse. «D'un monde à l'autre» est un film qui délivre un immense message d'espoir. Un documentaire « thérapeutique » ou « cathartique » qui nous fait aussi le plus grand des biens.
Face à un sujet d'une brûlante actualité, le film évite avec brio les pièges du mélodrame lourd pour se focaliser sur l'intimité bousculée d'une fratrie dont l’amour sera mis à rude épreuve. L'histoire nous plonge dans le quotidien de Rose, fusionnelle avec son frère aîné, Sam. Mais lorsque ce dernier est accusé de viol et que Rose se retrouve appelée à témoigner, la complicité qui les unit bascule. C’est là que réside le grand coup de maître de la cinéaste : placer le spectateur non pas du côté de la victime ni du coupable, mais dans les yeux de celle qui pensait connaître l'autre par cœur… et qui doute. Ce doute est ici illustré de manière magistrale. Il ne surgit pas d'un bloc, il s'installe, petit à petit, de façon insidieuse à travers un regard fuyant, une hésitation dans la voix, un silence trop long. Marie Bloching insuffle à Rose une intériorité bouleversante qui ne transparait que par quelques regards ou silences. À l'écran, on assiste à une lente et douloureuse tragédie feutrée dont on semble deviner la fin. La relation fraternelle, autrefois si solide, se délite petit à petit au fil du temps et semble ne jamais pouvoir se relever de cette accusation inoubliable. Sarah Miro Fischer filme ce détachement par des paroles qui se font de plus en plus rares, des instants partagés évités mais aussi des changements de distance physique. Voulant se préserver les uns et les autres, les membres de cette famille finissent pas ne plus se (re)connaître. C'est le portrait d'un amour familial soumis à l'épreuve de la vérité et où la loyauté devient un fardeau intenable. Ce qui frappe également, c'est à quel point "The Good Sister" s'ancre dans notre époque. C'est un film tellement dans l'actualité qui fait écho aux questionnements contemporains sur le consentement, la parole des femmes et la responsabilité de l'entourage face aux violences sexuelles. Pourtant, cette modernité s'appuie sur une réalisation très classique : la mise en scène est sobre, précise, sans surjeu .
Comment faire mieux ? Comment faire aussi bien ? Comment agrémenter un panel de jouets déjà bien installés et suffisants à eux-mêmes ? Serait-ce la suite de trop qui surferait sur le succès de la licence ?Contre toute attente (même si on l’espérait un peu quand même), c'est un bonheur total de retrouver cette bande de plastique et de chiffon en famille et, comme à chaque rendez-vous, la magie opère à nouveau avec une efficacité redoutable. En effet, la saga a toujours su grandir avec son public. Si les premiers films abordaient la jalousie, l'abandon ou encore l’héritage, ce nouveau volet prend à bras le corps un sujet d'une actualité brûlante : l'irruption de la technologie et des écrans dans le quotidien de nos enfants. Simple et efficace, le script tient en quelques lignes : comment de simples jouets traditionnels peuvent-ils rivaliser face à des tablettes ou des gadgets connectés ? Et si c’est bel et bien le cœur de ce film, Pixar ne tombe jamais dans le vieux sermon moralisateur, mais pose un regard tendre et intelligent sur cette nouvelle génération d’enfants connectés, plus intéressés par le numérique que par les jeux de rôle partagés… Mais ce n’est pas tout ! En filigrane, on aborde d’autres préoccupations actuelles, qui concernent peut-être davantage les parents spectateurs tandis que les petits se régalent des gags visuels et autres répliques cocasses comme on les aime. Visuellement, le studio à la lampe de bureau repousse encore les limites de son art. Le design artistique est un enchantement de chaque instant, offrant des textures d'un réalisme saisissant et des jeux de lumière qui subliment l'action. Pour accompagner cette merveille visuelle, la bande originale (toujours signée par Randy Newman) s'avère magistrale, prolongeant parfaitement l’héritage musical de la franchise tout en collant à son propos plus moderne. Mais la grande force de la saga reste ses personnages. Comme toujours, on est profondément touché par les caractères et les émotions qui traversent nos héros. L'écriture offre différents niveaux de lecture et on repart sur les héritages de précédents opus pour révéler les destinées de chacun de nos personnages préférés, de Woody à Jessy en passant par Fourchette ou Jessie. C'est un régal absolu pour un large public, des plus petits qui s'émerveillent devant les péripéties, aux grands qui y décryptent une mélancolie plus profonde sur le temps qui passe. Cerise sur le gâteau, les fidèles de la première heure pourront, comme toujours, se régaler des petits clins d’œil de la première heure qu'on prend un plaisir immense à débusquer au fil des scènes. On regrettera peut-être juste que, par moments, ces références soient un peu trop appuyées, voire franchement dispensables, comme pour forcer la nostalgie là (où les références à toton Walt) alors que l'histoire se suffisait à elle-même. Enfin, comment ne pas évoquer le travail du casting vocal français, qui accomplit un travail d'orfèvre. Les voix historiques retrouvent leurs personnages avec une complicité qui s'entend à chaque réplique, et les nouveaux venus s'intègrent avec une fluidité parfaite, respectant l'âme et le ton si particulier de la version française de la saga. Jean Pascal Zadi, Laura Felpin, Jonathan Cohen ou encore Marine Leonadi n’ont pas à rougir aux côtés de Barbara Tissier, Richard Darbois ou Jean-Philippe Puymartin. On l’espérait (et on craignait le contraire), le pari est amplement relevé pour Pixar. Ce cinquième opus prouve que ces jouets ont encore une âme, des choses à nous dire, et qu'ils savent toujours aussi bien faire vibrer nos cœurs d'enfants.
Ce qui frappe au premier abord, c’est que l’endroit montré n'est pas un enfer démoniaque classique, c'est un moteur de rendu défectueux de notre réalité, une dimension quasi-biologique qui aspire l'esprit humain, nos souvenirs et nos traumatismes les plus enfouis, pour tenter de les recréer de manière purement superficielle et qui permet au genre horrifique de s’épanouir. Mais « Backrooms » est également un film profondément intellectuel qui utilise l'espace pour disséquer l'esprit humain, ses cercles vicieux et ses délires de contrôle. L'horreur n'y est pas seulement physique, elle est conceptuelle, avançant la thèse terrifiante que nous portons tous en nous nos propres schémas mentaux répétitifs dont il est impossible de s'évader. Le deuil de la réalité Le metteur en scène nous livre ici une œuvre somme, au carrefour des plus grands vertiges de la fiction. On y retrouve d’abord l’horreur cosmique de Lovecraft à travers cette angoisse d'un univers froid, indifférent à l'homme, où la soif de connaissances scientifiques, incarnée par un institut de recherche fascinant, mène inévitablement à la folie. À cela s'ajoute le sadisme architectural de « Cube » et « Hypercube », où l’espace devient le bourreau principal et où le temps et la géométrie s'y tordent dans des boucles étouffantes, perdant le spectateur en même temps que les personnages. Enfin, comme ne pas évoquer l’une de mes séries favorites : La Quatrième Dimension ! En effet, celle-ci plane constamment sur l'œuvre, excellant à prendre le banal de notre quotidien des néons de bureau, un entrepôt de meubles, des textures familières, pour le vider de son sens et le transformer en cauchemar éveillé. En cela, le résultat nous apparait même comme étant une œuvre résolument moderne, dérangeante, et ancrée dans les années 90 (ce qui lui confère un charme particulier). Et puis, le film est porté par de brillants acteurs qui apportent une patte singulière à l’ensemble. Alors que le tandem composé de Chiwetel Ejiofor et de Renate Reinsve est excellent, nous avons pris beaucoup de plaisir de retrouver à l’écran Mark Duplass et Lukita Maxwell ! Un excellent casting donc ! Un carrefour d'influences magistral Hélas, il nous est difficile d’en dire plus tant le mystère ambiant doit le rester. Soulignons un sound design lourd, fait de bourdonnements électriques constants qui agressent littéralement et met le spectateur en éveil permanent (nous étions tendus du début à la fin !). Et comme si cela ne suffisait pas, le film distille une paranoïa poisseuse. Et l’horreur dans tout cela ? Cette dernière est bien présente ! Entre les monstres natifs d'une rapidité sauvage et les manifestations psychologiques nées des fêlures des personnages eux-mêmes, vous risquez de sursauter plus d’une fois ! Le danger qu’il nous a été difficile d’éviter est justement de ne pas chercher à tout intellectualiser dès les premières minutes. Idéalement, il faudrait plutôt se laisser submerger par l'esthétique analogique de ce labyrinthe. Puisqu’il faut conclure cet avis difficile à rédiger, nous dirions que Backrooms ne peut que diviser. Là ou certains crieront au chef-d'œuvre d'horreur psychologique absolu qui redéfinit le cinéma de genre contemporain ; d’autres ricaneront de ces éloges forcément pompeux. La réalité est à aller chercher après la vision. Ici, seul comptera votre propre jugement.
« Omaha » fait partie de cette catégorie-là. Découvert au dernier Festival du cinéma américain de Deauville, le long-métrage de Cole Webley nous avait mis K.O, tant par son sujet, son humanité et sa détresse que par son interprétation magistrale, partagée entre son acteur principal John Magaro percutant autant que par le jeu des enfants campés dans une justesse folle par Wyatt Solis et la remarquable Molly Belle Wright (vue depuis dans le détonnant « Deep water »). Filmée au plus près dans une réalité difficile à voir, cette famille américaine lambda fait fondre notre cœur, dans les joies partagées lors d’un road trip précipité par la saisie de leur modeste domicile, dans les interrogations mais aussi dans les rares instants de complicité, autant d’éléments qui, mis bout à bout, nous font comprendre que les sacrifices et les fausses bribes de légèretés vont peu à peu nous amener à un final dramatique qui n’a pas fini de nous hanter. Uppercut aussi solide que le mémorable « Quiet girl », « Omaha » a cette même force de faire passer les émotions diverses dans des non-dits, des regards, des silences pesants, preuve irréfutable qu’une mise en scène minimaliste peut bouleverser par des riens qui en disent long. On se remémore, douloureusement, certaines scènes qui vivent très probablement de nombreuses familles américaines ou étrangères, on partage la détresse d’un père qui ne sait que faire pour offrir un avenir meilleur à ses enfants et jamais ô grand jamais Cole Webley ne juge les choix de son personnage principal, que du contraire. Par sa démarche et son angle d'attaque, il nous permet de comprendre, d’excuser et de mettre en lumière les lois étranges et condamnables de certains états, les non choix et les décisions prises bien malgré nous lorsqu'on a tout perdu... Durant moins d’une heure trente, on est baladé dans des paysages somptueux ou dans cette voiture qui ne contient plus grand-chose si ce n’est l’essentiel, on partage le regard naïf de l’enfance qui, par l’événement qu’elle s’apprête à vivre, ne sera plus jamais comme avant et projetée dans la dureté du monde impitoyable des adultes. « Omaha » c’est une magnifique illustration du cinéma de la vie, comme on l’aime : empathique, vraie, sans filtre et surtout, sans parti pris. C’est l’occasion de découvrir un long-métrage comme on n’en fait (trop) peu, de ceux qui nous font ressentir un état d’urgence et d’impuissance et qui impressionnent par leur maîtrise.
L’empathie et l’amour, qui peuvent sembler désuets de nos jours, nous reviennent ici avec une force telle qu'ils nous émeuvent et nous touchent en plein cœur, au point que l'on trouve cela presque rafraîchissant. C’est précisément sur ce point que le dernier long-métrage du réalisateur frappe fort. C'est un peu comme si le cinéaste de 80 ans voulait nous montrer que la préservation de son âme d’enfant reste primordiale, sans pour autant se voiler la face quant aux dangers du monde contemporain. Une réflexion théologique et philosophique vertigineuse Justement, l’histoire s'avère absolument fascinante et ancrée dans l’ère du temps, puisque le postulat de départ interroge notre place dans l’univers. En effet, que ferions-nous si nous apprenions que nous ne sommes pas seuls ? Si quelqu’un nous en apportait la preuve, serions-nous effrayés ? Comment réagirions-nous ? Et surtout, comment les croyants accueilleraient-ils cette nouvelle ? De façon surprenante, le film du « papa d’E.T. » offre une véritable réflexion sur la dimension théologique. Après tout, la découverte d'une vie extraterrestre bousculerait nos croyances les plus profondes ! Le plus saisissant est de constater que le film adopte délibérément la perspective de l’Église face à un tel choc : Dieu est-il notre Dieu uniquement sur cette planète, ou est-il le Dieu de chaque système abritant une civilisation, une vie intelligente, ou même une vie en développement ? D’ailleurs, les références à la Bible y sont nombreuses, à commencer par l'un des personnages principaux qui se nomme Daniel, en écho au prophète lié au monde animal et capable d’interpréter les visions. On y retrouve également le thème du don des langues, ainsi que bien d’autres éléments qu’il sera passionnant de décoder lors d’un second visionnage ! Le scénario, coécrit avec David Koepp, puise ainsi sa force dans l'exploration de l'impact philosophique et spirituel d'une telle révélation mondiale. Le récit joue constamment sur ce parallèle : si ces entités existent et possèdent des capacités qui dépassent l'entendement humain, certaines personnes basculeraient inévitablement vers une forme de dévotion obscure et peu souhaitable. Bien sûr, d’autres thématiques majeures sont particulièrement bien traitées, comme le droit à la vérité. Peut-on en priver sept milliards d’individus sous prétexte que nous ne mesurons pas leurs réactions ? On sent clairement ici planer l’ombre de l’affaire du lanceur d’alerte Edward Snowden. Nous le disions, notre enthousiasme est à la mesure des immenses qualités du film. Au-delà du scénario, le projet est porté par des interprètes absolument brillants. Le duo de tête, formé par Emily Blunt et Josh O'Connor, se révèle parfaitement au diapason, tandis que Colin Firth est tout simplement magnifique en grand méchant de cinéma - après tout, que serait un grand film sans un bel antagoniste ? Derrière la caméra, le réalisateur nous régale par sa mise en scène, enchaînant des plans qui créent tour à tour le suspense, la tension ou l’émerveillement. Steven Spielberg reste ce fabuleux conteur d’histoires hors pair. Pour l'accompagner dans ce récit truffé de clins d'œil chers à son cœur (Jurassic Park, Sugarland Express, E.T. ou encore Rencontres du troisième type étant autant de références disséminées dans l'œuvre), l'équipe technique est au sommet. John Williams est une fois de plus à la baguette pour signer une partition des plus poétiques, tandis que Janusz Kaminski, le génial directeur de la photographie, sublime chaque image. De plus, le film se vit à cent à l’heure durant ses 2h25. Et comme si cela ne suffisait pas, le tour de force réside surtout dans la succession des registres : Spielberg alterne avec une subtilité déroutante entre le fantastique, le thriller (voire l’épouvante) et le cinéma d’action. On ne s’ennuie jamais, la fascination est totale, d'autant plus que nous avons pris un plaisir immense à débattre de nos différentes interprétations après la séance ! Au final, le seul bémol réside dans la manière dont le réalisateur conclut son œuvre humaniste, comme s’il ne savait pas tout à fait comment amener le dénouement sans à-coups.
Le principal défaut du film de Travis Knight réside dans son incapacité chronique à embrasser sa propre absurdité. Là où le récent « Donjons & Dragons » avait parfaitement compris la recette, s'imposant comme un petit bijou d'humour heroic fantasy capable de s'auto-parodier sans jamais mépriser son univers, cette nouvelle mouture commet l'erreur de se prendre un peu trop au premier degré. Ce sérieux rend l'expérience d'autant plus laborieuse que le film souffre d’une durée excessivement longue, un choix totalement incompréhensible tant l'intrigue globale, d'une minceur abyssale, peut tenir sur un timbre-poste. Visuellement, le long-métrage balance constamment entre l'héritage d'un dessin animé kitsch, lancé à l'origine par Mattel pour vendre des jouets, et la modernité d'effets spéciaux très clinquants qui peinent à masquer le manque de texture de cet univers numérique. Tout ne sonne pas faux pour autant, et le film s'offre une jolie respiration au rayon des bonnes surprises grâce à un petit caméo inattendu, véritable clin d'œil pour les passionnés de la première heure et les nostalgiques du film de 1987. Cependant, on ne peut s’empêcher de penser que Nicholas Galitzine manque encore un peu de muscle pour le rôle. Quant à Idris Elba, on se demande ce que l’acteur fait là, mais lui, semble y trouver son compte et fait illusion dans ce monde barré. Une réécriture sous la bannière du drapeau arc en ciel Fait interpellant, le propos transcende son simple statut de blockbuster de commande pour livrer une ode vibrante à l'acceptation de soi. La volonté de s'assumer tel que nous sommes transpire si bien de cette nouvelle relecture qu'elle flirte ouvertement avec l'allégorie du coming-out, apportant une couche de modernité.
Action, Fantastique - 2h 12min - De Travis Knight avec Nicholas Galitzine, Camila Mendes, Alison Brie, Idris Elba |
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