Ce qui frappe au premier abord, c’est que l’endroit montré n'est pas un enfer démoniaque classique, c'est un moteur de rendu défectueux de notre réalité, une dimension quasi-biologique qui aspire l'esprit humain, nos souvenirs et nos traumatismes les plus enfouis, pour tenter de les recréer de manière purement superficielle et qui permet au genre horrifique de s’épanouir. Mais « Backrooms » est également un film profondément intellectuel qui utilise l'espace pour disséquer l'esprit humain, ses cercles vicieux et ses délires de contrôle. L'horreur n'y est pas seulement physique, elle est conceptuelle, avançant la thèse terrifiante que nous portons tous en nous nos propres schémas mentaux répétitifs dont il est impossible de s'évader. Le deuil de la réalité Le metteur en scène nous livre ici une œuvre somme, au carrefour des plus grands vertiges de la fiction. On y retrouve d’abord l’horreur cosmique de Lovecraft à travers cette angoisse d'un univers froid, indifférent à l'homme, où la soif de connaissances scientifiques, incarnée par un institut de recherche fascinant, mène inévitablement à la folie. À cela s'ajoute le sadisme architectural de « Cube » et « Hypercube », où l’espace devient le bourreau principal et où le temps et la géométrie s'y tordent dans des boucles étouffantes, perdant le spectateur en même temps que les personnages. Enfin, comme ne pas évoquer l’une de mes séries favorites : La Quatrième Dimension ! En effet, celle-ci plane constamment sur l'œuvre, excellant à prendre le banal de notre quotidien des néons de bureau, un entrepôt de meubles, des textures familières, pour le vider de son sens et le transformer en cauchemar éveillé. En cela, le résultat nous apparait même comme étant une œuvre résolument moderne, dérangeante, et ancrée dans les années 90 (ce qui lui confère un charme particulier). Et puis, le film est porté par de brillants acteurs qui apportent une patte singulière à l’ensemble. Alors que le tandem composé de Chiwetel Ejiofor et de Renate Reinsve est excellent, nous avons pris beaucoup de plaisir de retrouver à l’écran Mark Duplass et Lukita Maxwell ! Un excellent casting donc ! Un carrefour d'influences magistral Hélas, il nous est difficile d’en dire plus tant le mystère ambiant doit le rester. Soulignons un sound design lourd, fait de bourdonnements électriques constants qui agressent littéralement et met le spectateur en éveil permanent (nous étions tendus du début à la fin !). Et comme si cela ne suffisait pas, le film distille une paranoïa poisseuse. Et l’horreur dans tout cela ? Cette dernière est bien présente ! Entre les monstres natifs d'une rapidité sauvage et les manifestations psychologiques nées des fêlures des personnages eux-mêmes, vous risquez de sursauter plus d’une fois ! Le danger qu’il nous a été difficile d’éviter est justement de ne pas chercher à tout intellectualiser dès les premières minutes. Idéalement, il faudrait plutôt se laisser submerger par l'esthétique analogique de ce labyrinthe. Puisqu’il faut conclure cet avis difficile à rédiger, nous dirions que Backrooms ne peut que diviser. Là ou certains crieront au chef-d'œuvre d'horreur psychologique absolu qui redéfinit le cinéma de genre contemporain ; d’autres ricaneront de ces éloges forcément pompeux. La réalité est à aller chercher après la vision. Ici, seul comptera votre propre jugement.
0 Commentaires
Laisser un réponse. |
Légende
♥ : Coup de coeur ★★★★: Excellent film ★★★: Très bon film ★★: Bon film ★: Passable ○: On en parle? A découvrir: Mai 2026 Avril 2026 Mars 2026 Février 2026 Janvier 2026 Top 2025 |
Flux RSS