« Omaha » fait partie de cette catégorie-là. Découvert au dernier Festival du cinéma américain de Deauville, le long-métrage de Cole Webley nous avait mis K.O, tant par son sujet, son humanité et sa détresse que par son interprétation magistrale, partagée entre son acteur principal John Magaro percutant autant que par le jeu des enfants campés dans une justesse folle par Wyatt Solis et la remarquable Molly Belle Wright (vue depuis dans le détonnant « Deep water »). Filmée au plus près dans une réalité difficile à voir, cette famille américaine lambda fait fondre notre cœur, dans les joies partagées lors d’un road trip précipité par la saisie de leur modeste domicile, dans les interrogations mais aussi dans les rares instants de complicité, autant d’éléments qui, mis bout à bout, nous font comprendre que les sacrifices et les fausses bribes de légèretés vont peu à peu nous amener à un final dramatique qui n’a pas fini de nous hanter. Uppercut aussi solide que le mémorable « Quiet girl », « Omaha » a cette même force de faire passer les émotions diverses dans des non-dits, des regards, des silences pesants, preuve irréfutable qu’une mise en scène minimaliste peut bouleverser par des riens qui en disent long. On se remémore, douloureusement, certaines scènes qui vivent très probablement de nombreuses familles américaines ou étrangères, on partage la détresse d’un père qui ne sait que faire pour offrir un avenir meilleur à ses enfants et jamais ô grand jamais Cole Webley ne juge les choix de son personnage principal, que du contraire. Par sa démarche et son angle d'attaque, il nous permet de comprendre, d’excuser et de mettre en lumière les lois étranges et condamnables de certains états, les non choix et les décisions prises bien malgré nous lorsqu'on a tout perdu... Durant moins d’une heure trente, on est baladé dans des paysages somptueux ou dans cette voiture qui ne contient plus grand-chose si ce n’est l’essentiel, on partage le regard naïf de l’enfance qui, par l’événement qu’elle s’apprête à vivre, ne sera plus jamais comme avant et projetée dans la dureté du monde impitoyable des adultes. « Omaha » c’est une magnifique illustration du cinéma de la vie, comme on l’aime : empathique, vraie, sans filtre et surtout, sans parti pris. C’est l’occasion de découvrir un long-métrage comme on n’en fait (trop) peu, de ceux qui nous font ressentir un état d’urgence et d’impuissance et qui impressionnent par leur maîtrise.
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