On fait connaissance ici avec un jeune couple de New York qui choisit de complètement changer de vie pour devenir nomade, ils troquent ainsi leur appartement en ville pour un van habitable et partent à l’aventure sur les routes des États-Unis. Au bout de six semaines de road trip, Maddie (Lou Llobell) commence à trouver le temps long, on comprend que c’est en fait le rêve de son compagnon Tyler (Jacob Scipio) que de vivre sur les routes, en toute liberté, et qu’elle le suit par amour plus que par réelle conviction. Et là - patatras! - ils croisent le chemin d’un démon qui hante les routes, véritable croque-mitaine qui s’accroche à ses proies et provoque de terribles accidents de la route. Le jeune couple va tenter de lui échapper au même moment qu’ils apprennent les règles des voyageurs nomades lors de grandes réunions d’amateurs de ce type de vie. Par exemple : règle numéro 1, on ne roule pas la nuit; règle numéro 2, on ne s’arrête pas avant d’être à destination (ni pour une pause pipi, ni pour venir en aide à quelqu'un). Et puis, on apprend à reconnaître les signes laissés par les autres voyageurs sur les bords des routes. Car les légendes urbaines ont toujours une base de vérité ! Le film prend le temps de nous donner à connaître ce couple et cela rend leurs mésaventures vraiment prenantes, on s'attache à eux, on a envie qu’ils s’en sortent, de plus les quelques jump scares savamment placés sont très efficaces, frissons garantis, et jusqu’au bout on se demande "si" et "comment" ils vont échapper au démon. Rien de fondamentalement nouveau dans la trame, mais un savoir-faire évident qui nous tient sur le bord de notre fauteuil jusqu’au bout. Un vrai bon petit suspense.
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Un premier film prometteur sur le mode “slow burner”, vous savez, dans la lignée de « It follows », c'est-à-dire une mise en place assez longue avant que l’horreur ne commence réellement. D’ailleurs je dois dire que j’ai trouvé le temps un tout petit peu long au début du film parce qu’on passe beaucoup de temps avec les personnages avant qu’un peu d’action ne s’installe. Mais une fois qu’on y est, le film est impitoyable et l’horreur va crescendo : terreur psychologique, scènes gore ou dérangeantes, humour noir, mais alors très noir, tout y est. L’histoire est somme toute assez simple : un jeune homme épris de sa collègue achète un sort dans une boutique ésotérique, un "One Wish Willow", et son vœu est qu’elle tombe éperdument amoureuse de lui, ou plus exactement, qu’elle l’aime plus que tout au monde. Et là, attention au choix des mots lorsqu’on formule un vœu car ça marche un peu trop bien, elle devient complètement obsessionnelle et lui rend la vie impossible, elle est sujette à des crises de violence psychologique envers lui, s’en prend physiquement à celles et ceux qui ont le malheur de s’interposer entre eux, bref une relation bien, bien malsaine dont les deux protagonistes sont finalement victimes, une relation toxique à double tranchant que subit malgré elle la pauvre jeune femme et qui se retourne contre le petit ami qui avait l’air tout gentil et qui n’est qu’un gros égoïste au final, il va le payer chèrement. L’analyse du thème est au moins aussi importante que l’horreur des séquences du film, un sujet terriblement nécessaire pour sensibiliser les jeunes qui vont le voir et, je l’espère, se remettre en question dans leurs propres comportements. Avec des questions sur le libre arbitre, le respect de l’autre dans le couple, la dépendance émotionnelle et la manipulation, un vaste sujet s’il en est.
Il faut dire que le grand point fort du film réside dans son écriture sans concession tant l’intrigue ne fait aucun cadeau, ni à ses personnages, ni aux nerfs des spectateurs. Les situations dramatiques s’enchaînent après une installation bienvenue contextualisant l’élément déclencheur mais aussi les différents protagonistes, refusant le moindre temps mort dès l’introduction lancée sur notre grand écran. D’ailleurs, dès que l'on pense reprendre notre souffle et voir poindre une lueur d’espoir, une nouvelle menace surgit, maintenant une oppression constante et une envie d’en découdre une bonne fois pour toute. C'est cruel, c'est direct, et c'est terriblement efficace ! Pour porter ce récit sans pitié, Renny Harlin peut s’appuyer sur une direction d'acteurs solide. Le casting, particulièrement investi, parvient à donner une véritable épaisseur humaine à des figures pourtant malmenées par les éléments, les événements mais aussi les interactions humaines, évitant les clichés habituels du genre pour susciter une réelle empathie (coucou Ben Kingsley ou l’excellent Aaron Eckhart)… ou un réel dégout pour certains agissements/personnages (celui de Angus Simpson en premier) Cerise sur le gâteau, la qualité bluffante des effets spéciaux permet une immersion totale. Loin des bouillies numériques qui piquent les yeux ou ridiculisent parfois le genre, les visuels de « Deep Water » sont soignés, chaque décor, chaque accident s’illustrant de la plus réaliste des façons. Alors non, « Deep Water » ne prétend pas réinventer le septième art et ce n’est pas son intention. Il remplit son cahier des charges avec une belle générosité et une tension appréciable, faisant de notre sortie au frais un "plaisir coupable" ultra divertissant et efficace.
Si le long-métrage brille incontestablement par la justesse de ses acteurs, Salomé Dewaels en tête, il peine à s’affranchir d’une mise en scène trop académique pour véritablement captiver et nous passionner. En effet, le grand point fort du film réside sans conteste le jeu de son trio d’acteurs totalement impliqués et transformés par ce qu’ils vont traverser, à commencer par Salomé Dewaels tout simplement admirable dans ce qu’elle a à nous montrer. Dans le rôle de cette jeune femme abandonnée à son propre sort sur une terre hostile à des milles marins de toute terre ferme, l'actrice belge déploie une palette d'émotions d'une intensité rare. À la fois fragile et combattante, elle crève l’écran, confirmant tout le bien que l'on pensait d'elle depuis « Les Illusions perdues » qui l’a révélée au grand public. A côté d’elle, Candice Bouchet et Louis Peres signent une partition sans faute, la première apportant le peu d’humanité que l’on peut trouver dans l’infertilité de cette île grâce au personnage de Damienne et le second nous glaçant le sang sous les traits d’un Thomas qu’on adore détester . La direction d'acteurs est précise, parvenant à donner de l'épaisseur à des personnages piégés par le poids de leur époque, de leur condition et de leur exil. Les silences et les regards échangés trahissent les non-dits d'un scénario qui choisit la pudeur plutôt que la démonstration. Et pourtant, malgré ces beaux arguments et une durée de film (une petite heure trente) qui laissait présager un récit dense et tendu, le film souffre d’un petit manque de dynamisme, de prise de risque. L'intrigue semble parfois faire du surplace et est prisonnière de la simplicité de son décor. La survie est reléguée au second plan, les conditions de subsistance effleurées et on regrette que ce pan ne soit pas plus exploité, tout comme l’est l’aspect psychologique (et physique) de ses héros. La réalisation est classique, manque d'audace et d'innovation alors que le récit le permettait tant dans les souvenirs des deux ans passés sur l’île que dans les échanges entre la cour, les ecclésiastiques et Marguerite. La photographie est certes soignée et exploité joliment les intempéries et la lumière naturelle mais aussi la rudesse des paysages… et pourtant, la mise en scène reste trop « sage », trop « illustrative », comme un accessoire bien utilisé mais peu mis en valeur. Peut-être aurions-nous vécu une toute autre expérience si nous avions assisté à des partis pris visuels plus forts, une caméra moins stable qui révèle la folie ou l'urgence de la situation plutôt que simplement la filmer ou la suivre. « L’Île de la Demoiselle » vaut vraiment (et essentiellement) le détour pour la performance habitée de Salomé Dewaels et la rigueur des personnages secondaires.
On ne va pas se mentir : ce genre de film d’exfiltration musclée est un véritable plaisir coupable. Ici, Ritchie reste fidèle à sa boussole : on y croise des gens fortunés, forcément excentriques, qui sèment le chaos avec élégance tout en dézinguant des méchants beaucoup moins classes. Et autant vous prévenir, le film est un pur divertissement à l’ancienne constitué de fusillades et de courses-poursuites dont la résolution se fait au lance-roquette ! Le duo Jake Gyllenhaal / Henry Cavill fonctionne à merveille. On sent une vraie connivence entre ces deux-là. Quant à Eiza González, elle campe avec conviction le rôle de celle qui tire les ficelles (et les héros) du pétrin. Et comment ne pas évoquer la présence de Rosamund Pike dans un jeu pour le moins trouble. Hélas, tout n’est pas parfait pour autant car malgré le plaisir pris, deux points viennent tempérer notre enthousiasme : Tout d’abord, la justice express. En effet, les intrigues judiciaires se règlent avec une facilité déconcertante. On ne demandait pas un film de procès de cinq heures, mais voir les obstacles juridiques s'évaporer d'un claquement de doigts nuit un peu à la crédibilité de l’ensemble. Et puis, avouons-le, les personnages sont des archétypes du genre et ne présentent que peu de relief finalement. C'est là notre plus grand regret. On a face à nous d'excellents acteurs qui jouent des figures imposées. Syd (Gyllenhaal) et Bronco (Cavill) manquent d'épaisseur. En dehors d'un court flashback montrant leur recrutement par González dans une prison miteuse, on ne sait rien d'eux. Ils sont des durs à cuire standardisés alors qu’on aurait aimé plus d’incarnation et d’histoire. Et malgré cela, quel plaisir de les voir à l’écran ! Finalement, « In the Grey » est un film qui file à 200 km/h, quitte à oublier le développement de ses chouettes personnages sur le bas-côté. C'est ultra-fun, les acteurs s'éclatent (et nous éclate) et Ritchie prouve qu'il n'est pas un manchot derrière la caméra. Si l'on considère ce film comme l'épisode pilote d'une franchise à la Mission Impossible, alors on en redemande. Mais pour cela, c’est le box office qui décidera !
Le long-métrage de Jon Favreau nous transporte à travers des ambiances folles, magnifiées par des décors somptueux et une variété de planètes qui font honneur à l’univers de Star Wars. Pour accompagner cette immersion visuelle, la célèbre partition musicale, avec ses variations typées Western, résonne avec une efficacité redoutable, rappelant constamment au spectateur l'identité unique de l’histoire contée. Le cœur du récit reste ce tandem extrêmement attachant. Entre les pitreries irrésistibles de Grogu et la performance toujours aussi solide de Pedro Pascal, l'alchimie opère sans faiblir. On notera également l'arrivée de Sigourney Weaver, qui s'intègre avec une aisance remarquable et se montre très convaincante dans l’univers galactique. Entre maestria technique et faiblesses narratives Le film démarre sur les chapeaux de roue avec une introduction digne des meilleurs chapitres de la saga. L'impact est immédiat, la tension monte crescendo et les spectateurs ont le plaisir d'assister à une véritable chorégraphie de combat signée Mando, d'une fluidité exemplaire ! Cependant, tout n'est pas parfait, à commencer par le choix des antagonistes. Si l'idée de pourchasser les officiers de l'Empire est séduisante sur le papier, le film manque cruellement d'un ennemi final charismatique. On attendait de l'envergure, peut-être même le très espéré Amiral Thrawn (on pouvait toujours rêver non ?) mais les jumeaux Hutt souffrent malheureusement de la comparaison et peinent à imposer une menace réelle. Hélas, (deux fois hélas donc), après un départ fulgurant, le récit finit par s'égarer. En effet, le film s'enlise dans des longueurs persistantes et met beaucoup trop de temps à s'extraire de son "ventre mou" pour relancer l'intérêt. Heureusement, la bonne impression générale l’emporte sur ces éléments. Malgré ces bémols, il reste de cette vision une galerie de personnages secondaires mémorables. On retiendra notamment une triclée de personnages attachants à l'image des Babu Frik, absolument hilarants, qui apportent une bouffée d'air frais bienvenue à l'intrigue. Aussi, il nous a semblé que les effets spéciaux retenus donnaient un cachet bienvenu à l’ensemble. Comme si des marionnettes et autres effets spéciaux plus classiques avaient été utilisés. Si l'on n'aura pas forcément le réflexe de le revoir une deuxième fois, « The Mandalorian & Grogu » reste une expérience plaisante que l'on apprécie avant tout pour le spectacle offert sur grand écran.
Depuis « Que dios no perdones » ou « El Reino » jusqu’à « As Bestas », en passant par « Madre », l’Espagnol a bâti un cinéma qui nous fidélise et nous passionne depuis toujours, pour sa tension où chaque plan semble prêt à exploser et où les destinées des êtres croisés nous marquent dans la durée. Avec « L'être aimé » (« El ser Querido » dans sa version originale), présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2026, il change de terrain de jeu. Moins de thriller, plus d’introspection intime mais aussi et surtout, une belle mise en abîme du mode du septième art et de ses tournages. Bien sûr, il n’en oublie pas de nous offrir, comme toujours, cette même fascination pour les rapports de domination et les blessures impossibles à soigner, tant les épreuves traversées sont difficiles à encaisser… Mais cette fois, c’est sous le prisme de la famille et de la rencontre entre un père et sa fille que tout son art va se développer. L’histoire tiendrait en quelques lignes. Esteban Martínez, réalisateur adulé mais craint par le passé, a quitté New York pour retrouver ses racines et décide, par la même occasion, de confier le rôle principal de son nouveau film à sa propre fille, Émilia, qu’il a abandonnée treize ans plus tôt. Si les retrouvailles sont tendues, ce n’est rien à côté du champ de bataille émotionnel que deviendra le tournage. Installé sur l’île volcanique de Fuerteventura, tout adaptée à la situation et au film de Sorogoyen, le métrage développe une mécanique de rapports tendus avec une froideur et une distance qui nous feraient presque trembler, sans doute grâce à sa mise en scène magistrale ! Comme souvent dans ses autres longs-métrages, le réalisateur appuye les dialogues en optant pour des gros plans oppressants, étouffants, à tel point que nous aimerions prendre du recul pour respirer et contempler la scène de plus loin. Les visages occupent l’écran jusqu’à l’étouffement et par la même occasion, nous permettent de scruter les froncements de sourcil, la mâchoire qui se serre, un silence un peu trop long et on vit (ou subit) cela nous aussi. Dès son impressionnante scène d’ouverture, Sorogoyen nous fait comprendre que dans « L’être aimé », on ne regarde pas les personnages : on sera enfermés avec eux. Et pour que cela fonctionne, il fallait deux comédiens solides et ça tombe plutôt bien puisqu’on en a deux de choix ici. Sous l’œil de sa caméra, on découvre un Javier Bardem monstrueux et terrible tantôt conciliant, tantôt inhumain. Son Esteban est un homme incapable de reconnaître la violence qu’il inflige, que ce soit dans sa vie personnelle comme dans son cinéma. À ses côtés, Victoria Luengo impressionne par sa retenue nerveuse. Emilia tient tête à son père malgré ses douleurs et son envie de bien faire et la résistance qui l’habite donne au film ses plus beaux moments de résistance émotionnelle. Entre eux, chaque dialogue, chaque rencontre ressemble à un duel où l’affection fait vite place aux reproches, aux jugements, à la douleur. Et malgré l’intelligence de son récit, de son cadre, de sa mise en scène et son interprétation sans faille quelque chose parait manquer. Peut-être est-ce parce que, cette fois, Sorogoyen a tenté de trop montrer, de trop développer ? On a le sentiment étrange que le réalisateur espagnol laisse derrière ce qui rendait son cinéma si viscéral, si engagé. Ici, tout est maîtrisé, pensé, disséqué… D’ailleurs, on ne peut pas s’empêcher, vu le thème, de penser à « Madre » qui nous avait davantage marqué au fer rouge. Là où ce dernier faisait résonner une douleur sourde, une errance, une envie d’aimer, « L'être aimé » paraît plus sombre, distant, plus démonstratif aussi. Il n’empêche qu’il reste un film d’une grande maîtrise, porté par deux acteurs magnifiques et, ne boudons pas notre plaisir, une très belle illustration des tournages et des équipes qui nécessitent sa réussite.
Et puis, il y a ces interrogations qui soulèvent le métrage : comment un récit fictif peut impacter nos vies ? Quelle est la part de fantasme et de réalité et surtout, comment nos actes vont évoluer face à un point de vue qu’on n’avait, jusqu’ici, jamais adopté ? Il y a aussi la mise en scène magistrale de la créativité, de la réappropriation d’une œuvre, de la réécriture d’un récit… Magnifique mis en abîme dans laquelle nous prenons part, « Histoires parallèles » aurait très bien pu porter le titre « Histoires imbriquées ». En effet, la confusion des premiers instants laisse peu à peu la place au plaisir de découvrir la mécanique et la destinée de ses héros abimés au contact les uns des autres. On se régale du jeu d’acteurs, sublimes, variant selon la position dans laquelle ils se trouvent : vus ou voyeurs, figurants ou acteurs de premier plan… Isabelle Huppert est magistrale, Virginie Efira l’est tout autant, Pierre Niney et Vincent Cassel ont tantôt le visage fermé, tantôt une légèreté ou une inquiétude qui leur vont à merveille. Et il y aussi Adam Bessa, qui joue un élément déclencheur (qui porte son nom) et sans qui rien de tout cela n’aurait été possible, tant par son rôle que par son interprétation. C’est bien simple, « Histoires parallèles » nous inclut, nous interpelle, nous émeut, nous poursuit… n’est-ce pas la plus belle des preuves que l’intention est pleinement réussie ? Alors oui, on peut ressentir le poids des deux heures et quart du film mais il est difficile de faire autrement, tant il y a des arcs narratifs en mettre en place avant de les voir se télescoper dans un dernier-tiers inédit. Après « Everybody knows » (que nous avions beaucoup aimé), Asghar Farhadi démontre qu’il est encore possible de sortir des sentiers battus, d’offrir un cinéma ingénieux et généreux à ses spectateurs. C’est bien simple, on a adoré prendre part à ce jeu de regards, de manipulations littéraires, d’interprétations… et on ne peut qu’être d’accord avec l’idée qu’un canard ne peut entrer dans une bouteille que par le prisme de la fiction !
En effet, si la rencontre d’Antoine et de Suzanne se fait au sein d’une foire itinérante (très joliment représentée surtout pour son côté « vendeuse de rêve » de pacotille) , on regrette que le rapport entre Suzanne, sa colocataire et Titus ne soit pas plus exploité. La reconstitution numérique et concrète du Paris d’antan est jolie à regarder mais on a aussi cette sensation d’avoir observé une carte postale et de l’avoir déposée une fois son panorama contemplé. Car ce qui semble le plus intéressé son réalisateur et scénariste, ce sont les thématiques du deuil, de la créativité, de la découverte de l’amour, autant de sujets qui, pour le coup, se fondent dans l’intrigue avec douceur, dramaturgie et/ou romantisme. Pio Marmaï et Anaïs Demoustier tiennent le film d’une bien belle façon et la relation de leurs personnages touche au cœur, Gilles Lellouche est totalement crédible dans son rôle d’ami galeriste et Vimala Pons crève l’écran dans chacune de ses scènes. L’idée d’illustrer et donner vie à un carnet intime est un réel plus pour le déroulement de l’histoire, celle d’utiliser des artifices pour faire croire à un lieu spirituel aussi. Le décor de la maison d’Antoine ou celle de la caravane de Suzanne est magnifique et pourtant, il manque un petit supplément d’âme dans cette « Vénus électrique » qui divertit mais n’hypnotise pas. Peut-être parce que le film aurait gagné à être amputé d’une demi-heure et de certaines redondances. Ou est-ce à cause de ses comportements et dialogues tantôt proches de l’époque, tantôt anachroniques ? Difficile à dire !
D’ailleurs, le caméo d’Ed Boon (le créateur du jeu), discret mais symbolique, agit comme un clin d’œil complice adressé aux fans de la première heure. Ce souci du détail confirme que Simon McQuoid n’adapte pas « Mortal Kombat » : il le célèbre. « Fight ! » Le rythme est l’un des grands triomphes du film. Les affrontements s’enchaînent avec une efficacité redoutable, sans temps mort, sans remplissage inutile. On sent une volonté claire de proposer un spectacle nerveux, lisible, généreux. La galerie de personnages est particulièrement bien équilibrée : chacun a son moment, son style, son identité. Et au milieu de tout ça, un homme brille. Karl Urban est absolument truculent dans le rôle de Johnny Cage ! Il incarne à merveille, et avec une énergie jubilatoire, cet acteur has-been, cabotin et légèrement foireux mais étrangement attachant. L’acteur joue avec une autodérision délicieuse, transformant chaque apparition en petit événement. Ses échanges avec Baraka, volontairement absurdes, frôlent parfois le surréalisme- et c’est précisément ce qui les rend irrésistibles. Oui, le film assume pleinement ce second degré, sans jamais tomber dans la parodie gratuite. « Finish Him ! » Que les fans du jeu vidéo se rassurent, le film ne recule devant rien lorsqu’il s’agit d’embrasser la dimension gore de la franchise. Il suffit de voir le combat entre Liu Kang et Kung Lao pour s’en convaincre ! Là où les adaptations précédentes restaient timides, celle-ci ose enfin aller au bout de la logique vidéoludique : membres arrachés, décapitations stylisées, geysers de sang… Le tout est exécuté avec un sens du spectacle qui frôle parfois le cartoon macabre. Et pourtant, malgré cette surenchère, le film reste étonnamment cohérent et respectueux de son univers. Bien sûr, une part de nous reste nostalgique de l’époque Raiden-Christophe Lambert et de son sourire canaille, de cette aura kitsch et assumée, et de l’inoubliable Techno Syndrome des Immortals. Mais ce film-ci ne cherche pas à imiter : il modernise et assume une identité plus brute, plus viscérale, plus fidèle à l’esprit des jeux récents. Le pari est réussi : l’hommage est là, mais sans se laisser enfermer dans le passé. « Flawless Victory. » En fin de compte, Simon McQuoid signe ici un film qui corrige les errements du précédent opus. Le scénario est plus clair, mieux rythmé, mieux structuré et plus conforme aux lore du jeu.
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