Si le long-métrage brille incontestablement par la justesse de ses acteurs, Salomé Dewaels en tête, il peine à s’affranchir d’une mise en scène trop académique pour véritablement captiver et nous passionner. En effet, le grand point fort du film réside sans conteste le jeu de son trio d’acteurs totalement impliqués et transformés par ce qu’ils vont traverser, à commencer par Salomé Dewaels tout simplement admirable dans ce qu’elle a à nous montrer. Dans le rôle de cette jeune femme abandonnée à son propre sort sur une terre hostile à des milles marins de toute terre ferme, l'actrice belge déploie une palette d'émotions d'une intensité rare. À la fois fragile et combattante, elle crève l’écran, confirmant tout le bien que l'on pensait d'elle depuis « Les Illusions perdues » qui l’a révélée au grand public. A côté d’elle, Candice Bouchet et Louis Peres signent une partition sans faute, la première apportant le peu d’humanité que l’on peut trouver dans l’infertilité de cette île grâce au personnage de Damienne et le second nous glaçant le sang sous les traits d’un Thomas qu’on adore détester . La direction d'acteurs est précise, parvenant à donner de l'épaisseur à des personnages piégés par le poids de leur époque, de leur condition et de leur exil. Les silences et les regards échangés trahissent les non-dits d'un scénario qui choisit la pudeur plutôt que la démonstration. Et pourtant, malgré ces beaux arguments et une durée de film (une petite heure trente) qui laissait présager un récit dense et tendu, le film souffre d’un petit manque de dynamisme, de prise de risque. L'intrigue semble parfois faire du surplace et est prisonnière de la simplicité de son décor. La survie est reléguée au second plan, les conditions de subsistance effleurées et on regrette que ce pan ne soit pas plus exploité, tout comme l’est l’aspect psychologique (et physique) de ses héros. La réalisation est classique, manque d'audace et d'innovation alors que le récit le permettait tant dans les souvenirs des deux ans passés sur l’île que dans les échanges entre la cour, les ecclésiastiques et Marguerite. La photographie est certes soignée et exploité joliment les intempéries et la lumière naturelle mais aussi la rudesse des paysages… et pourtant, la mise en scène reste trop « sage », trop « illustrative », comme un accessoire bien utilisé mais peu mis en valeur. Peut-être aurions-nous vécu une toute autre expérience si nous avions assisté à des partis pris visuels plus forts, une caméra moins stable qui révèle la folie ou l'urgence de la situation plutôt que simplement la filmer ou la suivre. « L’Île de la Demoiselle » vaut vraiment (et essentiellement) le détour pour la performance habitée de Salomé Dewaels et la rigueur des personnages secondaires.
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