« Les invisibles », « Je verrai toujours vos visages » et « La maison des femmes » ont ce point commun : celui d’expliquer, de montrer, de défendre une belle cause qui, sans ce puissant médium qu’est le cinéma, ne serait peut-être jamais venue jusqu’à nous. Derrière son affiche de « série France télévision », se cache un film fort. Fort comme ces femmes qui aident, épaulent, secourent, comme les patientes qui poussent la porte de la Maison des Femmes ou de n’importe quelle structure apparentée/similaire. Car le film de Mélisa Godet ne se contente pas de raconter une histoire, elle ouvre (ou enfonce) une porte, nous fait découvrir une infrastructure inédite à travers le regards de différentes femmes médecins, bénévoles ou victimes de violences conjugales. Le scénario s'étale d'ailleurs sur plusieurs années, ce qui nous permet de saisir la patience, la lutte, l’accompagnement de ces professionnels de santé qui ont tous le même objectif : redonner confiance en la vie, en son corps, en soi. On y découvre une structure où l'altruisme est au cœur de tout, un moteur quotidien. On se passionne très vite pour les trajectoires des femmes qui se croisent, on est touché par les destins qui se révèlent petit à petit et on découvre un paysage complet et bouleversant de ce que peuvent vivre des femmes françaises ou immigrées, des récits chocs qui ne versent jamais dans le voyeurisme. Mais ce qui frappe au cœur et à l’esprit, c’est la douceur, l’écoute, le support constant de chaque protagoniste. Qu’ils soient soignants ou victimes, les personnages sont tous présentés avec une dignité et un parcours admirables. Et le plus beau est sans doute l’"écoute" autorisée par la démarche et par la mise en scène, tant elle nous permet de vivre, recueillir sans jamais vraiment "montrer", nous transformant ainsi en confident silencieux et impuissant. Karin Viard, Laetitia Dosch, Oulaya Amamra, Eye Haïdara, Pierre Deladonchamps ou encore Juliette Armanet nous font croire à leurs personnages, leur apparition sont magnétiques, crédibles et par leur jeu, leur implication deviennent de vrais porte-voix de ce Mélisa Godet voulait nous dire. Mais ce n'est pas tout. Le film montre la vie privée de certains soignants à côté de leur engagement ce qui permet de ressentir leur empathie mais aussi la fatigue, le doute mais aussi et surtout, l’urgence d’agir pour les autres. La réalisation, bien que classique, s’efface derrière son sujet pour mieux le servir. Melisa Godet évite le superflu pour laisser la place à la parole, aux confidences, aux progrès. On ressort de la salle secoués : la colère nous gagne souvent mais l'émotion finit toujours par l'emporter. On est ému par la vulnérabilité des victimes mais on reste surtout sans voix devant leur force de résilience et leur capacité à presque toujours avancer. Avec « La Maison des Femmes », Melisa Godet signe une œuvre chorale d'une puissance rare et admirable, rend un hommage vibrant à celles et ceux qui pansent les plaies de l'âme et du corps. Le film nous rappelle que le grand écran est un médium formidable pour mettre en lumière des sujets et des lieux parfois inconnus et constitue un long-métrage indispensable et nécessaire qui ne laissera personne insensible.
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