A-t-il réussi le pari de ne pas dénaturer le propos, le rendre accessible et en faire un bel objet cinématographique ? En partie oui ! On ne peut pas évoquer le film sans parler de son esthétique remarquable ! Pour cette adaptation, François Ozon choisit judicieusement d’utiliser un noir et blanc qui colle à la temporalité des années 30 et 40 sans pour autant minimaliser la chaleur et la lumière d’un soleil algérien pesant. Ce choix permet de sublimer le contexte géographique et historique mais fait habillement ressortir les décors, les paysages, la situation générale dans laquelle se déroule l’intrigue. La photographie de Manuel Dacosse fait de nouveau mouche et démontre tout le savoir faire d’un belge qui assume toujours profondément ses choix et ça, c’est assez important que pour le mettre en avant ! Le son, lui aussi, participe à cette immersion temporelle : les prises de sons, la « texture » des dialogues, des bruits de fond, des bruitages rappellent un « travail à l’ancienne » qui matche parfaitement avec l’image. Techniquement parlant, on tient ici une master class tant au niveau des cadrages (ceux de l’enterrement nous rappellent Ingmar Bergman alors que ceux du tribunal nous emmènent évoquent en nous un certain Sidney Lumet). Lumière, décor, montage, tout se met au service de l’intrigue (fidèle au texte de Camus) et du travail d’un François Ozon inspiré et inspirant. Côté interprétation, le trio principal ne démérite pas. Benjamin Voisin (déjà familier du cinéma d’Ozon) incarne un Meursault placide et impassible : son visage, ses postures, son regard nous font comprendre qui est le personnage de Camus. Pourtant, les silences qui constituent l’essentiel du mystère de Meursault, ne fonctionnent pas toujours ici. Benjamin Voisin, nonchalant, nous impressionne essentiellement lorsqu’il prend la parole. Son jeu non verbal est honorable maison croit davantage à la sincérité du jeu de l’acteur lorsqu’il parle que lorsqu’il joue un jeune homme qui se tait. Pierre Lottin (lui aussi déjà habitué au monde de François Ozon) est hyper convaincant en Raymond : son aspect rustre et son humour noir bousculent Meursault, apportent un peu de violence dans cette histoire que l’on sait dramatique par avance. Chacune de ses scènes est un régal et démontre une fois de plus qu’il est un grand acteur . Rebecca Marder, quant à elle, incarne Marie avec beaucoup de tendresse, de charisme. Plus que deux faire-valoir, ce duo d’acteurs portent l’histoire et le personnage de Meursault avec talent, ils sont tous deux remarquables ! Ce que l’on retiendra de la vision de l’adaptation de François Ozon ? Que « L’Étranger « est une belle relecture, esthétiquement et techniquement irréprochable, un film qui impose son style et qui, parfois, va si loin dans la retenue qu’il en perd un peu de son mystère voire de notre attention (on sent vraiment le poids des deux heures). Le travail d’orfèvre est admirable, le challenge important mais on sort de la vision un peu mitigés.
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