Il libère aussi l’odeur du tabac qui entourait Simone Signoret, celui de l’alcool qui coule à flot, mais aussi le goût des larmes salées qui n’ont pas souvent coulé mais qui remplissaient les yeux de cette actrice un peu fanée. Des imperfections, il y en a de multiples dans la nouvelle sortie de Diane Kurys. Mais il y a aussi et surtout de la tendresse, de la compassion, de l’amour et de l’admiration. On le comprend dès les premières minutes, le film, porté par Marina Foïs et Roschdy Zem, ne cherche pas à rejouer la légende du tandem formé par Simone Signoret et Yves Montand. Il veut s’en mais à s’en approcher, nous expliquer, nous faire entrer dans leur intimité avec une part de vrai mais aussi de faux (comme nous l’indique les dernières lignes de son générique). Les dialogues inventés entre le couple mythique sont osés, cinglants mais aussi passionnés. Les mots d’amour chienne s’échangent dans un demi-silence, dans des regards, dans des retours douloureux mais rassurants… Et cela, Marina Foïs et Roschdy Zem l’expriment à la perfection, malgré les artifices un peu kitsch d’une incarnation Signoret/Montand caricaturale. La mise en scène de l’histoire s’étire sur plusieurs décennies avec une étonnante fluidité. Les repères temporels ne sont pourtant jamais affichés mais suggérés: une élection politique de Mitterrand, un tournage évoqué, un décor ou un maquillage qui change subtilement. On glisse des années 50/60 aux années 80 sans s’en rendre compte, le fil de la vie se détricotant au gré du temps, celui où Simone se renferme, renait (avec « La vie devant soi ») avant de s’éteindre, les aiguilles de son tricot à la main. Ce parti pris rend le récit à la fois limpide et fluide et c’est sans doute là que réside sa plus belle réussite. Le spectateur ne suit pas seulement l’amour entre deux monstres sacrés, mais aussi l’évolution d’une époque, de ses combats, de ses illusions et aussi de ses désenchantements. Et puis, il y a ces petites découvertes que l’on fait sans n’y avoir jamais prêté attention : la complicité inattendue entre Simone Signoret et Serge Reggiani, l’écriture de la biographie de Simone Signoret, les multiples conquêtes de Montand. On y sent le respect du duo mythique, leur fièvre, leur engagement autrefois politique, la compétition artistique qui aurait pu être la leur mais qui ne fut pas celle de Simone, trop occupée à aimer, pardonner et soutenir son Montand. Le scénario ne cherche pas à glorifier ni à dénigrer, il observe et écoute. Et dans cette écoute, on découvre une femme blessée, cabossée par la vie et par la fidélité à un homme qu’elle aimait sans toujours se reconnaître à ses côtés. Mais le film se prend également dans les pieds de son tapis feutré car aussi délicat soit l’exercice d’incarner ces deux personnalités cinématographiques et médiatiques, on ne parvient jamais à oublier que Marina Foïs joue Simone Signoret, et que Roschdy Zem incarne Yves Montand. Leur prestation est maîtrisée, sincère, parfois troublante, mais on ne parvient jamais de se détache de l’imitation. Diane Kurys l’assume d’ailleurs : « Moi qui t’aimais » ne prétend pas être un biopic réaliste, on le comprend dès son introduction. Pourtant, malgré cette intention, on reste à distance et on ne se détache jamais du jeu de ses acteurs pour en oublier qui ils sont. On ressent de l’émotion certes, mais n’est pas non plus totalement acquis à la cause de l’exercice. La reconstitution est soignée, les costumes et maquillages admirables, la lumière magnifique, et pourtant tout semble un peu trop sage, presque figé dans une époque révolue. L’artifice volontaire, finit parfois par anesthésier ce qu’il voulait montrer, présenter. Reste la douleur, celle de Simone Signoret, qui transperce malgré tout. Une douleur sourde, ravivée à chaque absence, à chaque regard porté sur des photos qu’elle finira par brûler. C’est dans ces instants que le film touche juste, lorsque Marina Foïs cesse d’interpréter pour vivre de l’intérieur la douleur. Le regard se trouble, la voix se casse, le vernis s’écaille. Le classicisme du récit retrouve ce qu’il est : un film qui nous parle du temps, de ce qu’il emporte, de ce qu’il a de nostalgique « Moi qui t’aimais » est un long-métrage imparfait mais sincère qui ne cherche pas à plaire à tout prix. Ce n’est pas un récit sur la légende Signoret-Montand comme on aurait l’habitude d’en voir. C’est un questionnement sur ce qui reste quand la lumière s’éteint. Une déclaration d’amour à deux êtres que le cinéma et les médias ont figés dans l’éternité des interviews ou des photos, un film sur les coulisses de la vie de deux êtres qui se sont peut-être toujours fait un peu de cinéma.
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En effet, Mary, encore enfant, suit son père entre les falaises anglaises à la recherche de fossiles, ignorant qu’elle est en train d’écrire, pierre après pierre, l’une des plus belles pages de l’histoire des sciences naturelles. Celle qui deviendra plus tard une paléontologue reconnue (pour qui s’intéresse à cette discipline) apparaît ici sous les traits d’une petite anglaise aux yeux verts et aux tâches de rousseurs éparses. L’animation, d’une simplicité efficace, se révèle un véritable atout : pas de fioritures, mais une sobriété qui laisse toute la place à l’émotion et à la découverte de cette héroïne attachante, qui cherche à sortir sa mère de la misère au décès de son père. Chaque trait, chaque petite aventure fait mouche et nous fait vivre une petite histoire d’une heure et quart sans voir passer le temps. Marcel Barelli respecte le personnage dont il s’inspire et parvient à communiquer une réelle tendresse pour Mary, son histoire et sa vie sans jamais tomber dans le misérabilisme. Présenté dans plusieurs festivals (notamment à Annecy et au FIFF de Namur), « Mary Anning » est un réel plaisir cinématographique à montrer à un jeune public (de plus de 6 ans). Il parvient à captiver, à instruire et surtout à toucher. Car au-delà de la biographie de son héroïne, le film évoque avec justesse la condition féminine au début du XIXᵉ siècle, la difficulté d’être une femme savante à cette époque mais aussi l’influence de l’Église (qui a réponse à tout) sur la vie et la culture des populations. « Mary Anning » met en lumière non seulement les fossiles, mais les fissures dans l’Histoire avec un grand H, le besoin de se battre pour le droit d’observer, d’expliquer, de nommer, qmême quand les moqueries ou le silence empêchent de le faire.
Son imagination sans limite, qui alimente les rêveries de son meilleur ami, est l’occasion de vivre des petites aventures par procuration, jusqu’à ce que son quotidien soit vraiment bouleversé et notre petit poisson un peu malmené. Mais c’est sans compter sur le fil invisible tressé par les reports de ses aventures abracadabrantesques colportées au gré des remous de l’océan, un chemin qui permettra de remonter jusqu’à la source et retrouver ses proches. Profondeur apportée par une 3D bienvenue, personnages attachants, format et temps d’attention idéals, voilà autant d’atouts apportés par ce film en stop motion qui nous régale. Positif et ultra coloré, ce film est le point d’orgue d’une petite séance tout à fait appropriée pour les 3 ans et plus, un condensé de récits tous plus jolis les uns que les autres.
Ce film, qui pourrait sembler disparate dans ses tonalités, trouve pourtant une belle cohérence dans sa manière de raconter les histoires que l’on se fabrique pour survivre, les rôles que l’on endosse pour continuer d’avancer et ne pas sombrer. Un kaléidoscope de genres et d’émotions Le récit alterne entre envolées chantées, moments de belle émotion et séquences contemplatives, sans jamais perdre son fil. Cette hybridation des styles ne cherche pas à plaire à tout prix, mais à refléter la complexité de l’existence, ses hauts et ses bas, ses faux-semblants et ses vérités enfouies. Le film nous parle de résilience, de mémoire, et de ces récits que l’on se murmure pour continuer à avancer. Le scénario offre une alternance de dialogues savoureux, parfois drôles, souvent justes, qui captent l’instant avec une belle sincérité. Mais il cède aussi, par moments, à une certaine mièvrerie : quelques répliques trop sucrées viennent affaiblir l’ensemble, comme des notes trop appuyées dans une partition subtile. Cela dit, cette guimauve n’éclipse jamais complètement l’authenticité du propos. Kogonada, fidèle à son style visuel épuré et poétique, transforme chaque plan en tableau. Sa mise en scène participe à l’émerveillement constant du spectateur, jouant sur les textures, les lumières et les silences pour créer une atmosphère presque onirique. Le film devient alors une promenade sensorielle, une rêverie éveillée. Et comment ne pas évoquer la bande originale, signée par le compositeur japonais Joe Hisaishi ? Celle-ci enveloppe le film d’une douceur mélancolique. Ses mélodies, tantôt légères, tantôt poignantes, accompagnent les souvenirs et les regrets des deux protagonistes, deux âmes esseulées qui se croisent et se reconnaissent dans leur fragilité. Porté par un duo d’acteurs complices et touchants- Colin Farrell et Margot Robbie sont excellents et confèrent au film tout son charme ! Le film explore la rencontre de deux êtres cabossés, chacun enfermé dans ses histoires, ses regrets, ses silences. Leur relation, faite de regards, de non-dits et de petits gestes, donne au film sa dimension humaine et universelle. Et mentionnons aussi la présence, beaucoup trop rare de nos jours, de Kevin Kline qui est toujours aussi excellent dans son rôle ! Enfin, la touche insolite — ces petits décalages narratifs, ces bizarreries assumées viennent contrebalancer les quelques longueurs du récit. Cette touche insuffle une fantaisie discrète mais salvatrice, qui empêche le film de sombrer dans le trop convenu.
Une marche vers l’abîme dans une Amérique post-apocalyptique rongée par un régime totalitaire. Et dans ce monde on ne peut plus gris, cent jeunes garçons sont sélectionnés pour participer à "La Longue Marche", une épreuve retransmise à la télévision mais dont nous ne voyons jamais les images. Ce choix de mise en scène est fondamental : en refusant de montrer le spectacle, Lawrence nous place du côté des marcheurs, dans leur solitude, leur douleur, leur humanité. Les spectateurs au bord de la route sont là, mais silencieux, presque fantomatiques. Le voyeurisme est évacué, laissant place à une immersion brutale et intime. Autre bon point lié au casting qui est tout bonnement excellent ! Les acteurs sont bouleversants, à commencer par Cooper Hoffman (le fils de Philip Seymour). Incarnant Ray Garraty, le jeune acteur habite son personnage avec une intensité fragile et poignante. Et il n’est pas le seul à nous émouvoir ! David Jonsson, vu dans « Alien: Romulus », apporte une gravité saisissante à son personnage au passé également assombris. Garrett Wareing complète ce trio avec une justesse remarquable. Mais c’est Mark Hamill, dans le rôle du Commandant, qui glace le sang : monolithique, sadique, il incarne à lui seul l’inhumanité du système. À 74 ans, le comédien livre l’une de ses performances les plus marquantes, loin de son image de héros intergalactique. Une jeunesse sacrifiée Ce qui frappe dans "Marche ou Crève", c’est l’absence de justification. Pourquoi ces jeunes marchent-ils ? Certains pour l’argent, d’autres pour fuir, quelques-uns sans raison apparente. Cette opacité rend leur sort encore plus cruel. Le film ne cherche pas à expliquer, il montre. Et ce qu’il donne à voir, c’est une société où l’espoir a déserté, où la jeunesse est offerte en pâture à un pouvoir qui ne promet rien d’autre que la mort. À mesure que les kilomètres s’accumulent, les liens se tissent entre les marcheurs, mais tous savent qu’ils ne peuvent survivre ensemble. L’amitié devient alors une condamnation. À la sortie de la salle, notre lourd silence met l’accent sur le désespoir qui nous a gagné. Car oui, "Marche ou Crève" ne propose ni échappatoire ni rédemption. A la place, il nous laisse avec une tristesse infinie, celle d’un monde où l’espoir est devenu une relique. Ce n’est pas un film à rebondissements, c’est une lente descente, une marche vers l’abîme.
Se lancer dans « Un simple accident », c’est la promesse de ne pas en sortir indemne. On y retrouve ce qui fait le sel de son cinéma : les petits choses du quotidien, les fêlures, les échanges humains mais aussi une tension qui vient de petit rien, des chois assumés mais jamais « crachés » ou appuyés qui prennent racine dans la politique de son pays mais aussi dans le vécu de sa population brimée. Derrière son titre, tout aussi intriguant que le fil de son/ses histoire(s), se dessine un récit qui ne cesse de nous déstabiliser. On avance pas à pas dans cette grande question, celle du choix que l’on fait face au prétendu bourreau, la façon dont on gère un traumatisme mais aussi le chemin vers une potentielle résilience. Morts des centaines de fois, ses personnages sont face à un souffle de vie, leurs démons, leurs intimes convictions, chacun agissant selon son vécu, ses cicatrices, son histoire personnelle. Sans jamais brusquer le spectateur chaque plan rencontre, chaque scène est lourde de sens. Corruption, délits mais aussi entraide se mêlent dans une mosaïque qui révèle petit à petit ce qu’elle voulait nous montrer dès ses premières images. Durant une petite heure trente, on chemine aux côtés de ses protagonistes avec un plaisir discret mais profond, tant leur humanité crève l’écran. Le casting, sobre et d’une justesse implacable, ne cherche jamais à briller pour briller : il sert avec une pudeur ou une certaine humilité l’univers et le récit que Panahi façonnent depuis toujours et l’offrent au regard du monde entier à travers des regards, des cris, des silences ou des gestes qui parlent plus que des dialogues sans fin. Ce qui rend « Un simple accident » encore plus bouleversant, c’est le contexte de sa création. Tourné malgré l’interdiction qui pèse toujours sur lui, Jafar Panahi parvient à livrer, une fois de plus, un acte de résistance qui parle à toutes et tous. Jamais son propos n’est lourd ou démonstratif : il préfère la suggestion, la nuance, l’émotion et c’est précisément ce qui rend le film si percutant — il nous parle du monde dans lequel il est tourné, mais aussi du nôtre, sans jugement, sans leçon, juste avec quelques propositions. Et puis il y a cette fin. Si nous n’aimons pas trop les fins ouvertes, celle-ci risque, comme nous, de vous hanter longtemps. Le récit suspendu, inachevé et le bruit qui résonne depuis des années dans la tête de ses personnages vient s’implanter dans le nôtre. On est bousculé, interpellé et on repense tout ce que l’on vient de voir en se disant que dès la première scène, tout aurait pu être différent selon les choix opérés. On sort de la salle avec mille hypothèses, des centaines de scénarios différents, des révoltes sourdes (comme celles de ses héros) et on ne peut malheureusement rien faire d’autre que de constater que nous avons, comme pour ses précédents longs-métrages, vécu un moment de cinéma important. « Un simple accident » (tout comme « Trois visages » ou « Taxi Téhéran » que l’on avait aimé également) confirme le talent de son réalisateur pour dire sans démontrer, faire ressentir sans exagérer.
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