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Moi qui t'aimais

10/10/2025

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Résumé du film : Elle l’aimait plus que tout, il l’aimait plus que toutes les autres. Simone Signoret et Yves Montand formaient le couple le plus célèbre de leur temps. Hantée par la liaison de son mari avec Marilyn Monroe et meurtrie par toutes celles qui ont suivi, Signoret a toujours refusée le rôle de victime. Ce qu’ils savaient, c’est qu’ils ne se quitteraient jamais.
 
Note du film : Véronique ★★
 
Avis : « Moi qui t’aimais » est une proposition de cinéma qui divisera sans doute. Un long-métrage qui souffre de quelques défauts mais qui réussit malgré tout à partager un sentiment de mélancolie, un petit parfum de souvenirs, de ceux qui refont surface lorsque l’on feuillette un vieil album photo.
Il libère aussi l’odeur du tabac qui entourait Simone Signoret, celui de l’alcool qui coule à flot, mais aussi le goût des larmes salées qui n’ont pas souvent coulé mais qui remplissaient les yeux de cette actrice un peu fanée.  Des imperfections, il y en a de multiples dans la nouvelle sortie de Diane Kurys. Mais il y a aussi et surtout de la tendresse, de la compassion, de l’amour et de l’admiration.
 
On le comprend dès les premières minutes, le film, porté par Marina Foïs et Roschdy Zem, ne cherche pas à rejouer la légende du tandem formé par Simone Signoret et Yves Montand. Il veut s’en mais à s’en approcher, nous expliquer, nous faire entrer dans leur intimité avec une part de vrai mais aussi de faux (comme nous l’indique les dernières lignes de son générique). Les dialogues inventés entre le couple mythique sont osés, cinglants mais aussi passionnés. Les mots d’amour chienne s’échangent dans un demi-silence, dans des regards, dans des retours douloureux mais rassurants…  Et cela, Marina Foïs et Roschdy Zem l’expriment à la perfection, malgré les artifices un peu kitsch d’une incarnation Signoret/Montand caricaturale.
 
La mise en scène de l’histoire s’étire sur plusieurs décennies avec une étonnante fluidité. Les repères temporels ne sont pourtant jamais affichés mais suggérés: une élection politique de Mitterrand, un tournage évoqué, un décor ou un maquillage qui change subtilement. On glisse des années 50/60 aux années 80 sans s’en rendre compte, le fil de la vie se détricotant au gré du temps, celui où Simone se renferme, renait (avec « La vie devant soi ») avant de s’éteindre, les aiguilles de son tricot à la main. Ce parti pris rend le récit à la fois limpide et fluide et c’est sans doute là que réside sa plus belle réussite. Le spectateur ne suit pas seulement l’amour entre deux monstres sacrés, mais aussi l’évolution d’une époque, de ses combats, de ses illusions et aussi de ses désenchantements.
 
Et puis, il y a ces petites découvertes que l’on fait sans n’y avoir jamais prêté attention : la complicité inattendue entre Simone Signoret et Serge Reggiani, l’écriture de la biographie de Simone Signoret, les multiples conquêtes de Montand. On y sent le respect du duo mythique, leur fièvre, leur engagement autrefois politique, la compétition artistique qui aurait pu être la leur mais qui ne fut pas celle de Simone, trop occupée à aimer, pardonner et soutenir son Montand. Le scénario ne cherche pas à glorifier ni à dénigrer, il observe et écoute. Et dans cette écoute, on découvre une femme blessée, cabossée par la vie et par la fidélité à un homme qu’elle aimait sans toujours se reconnaître à ses côtés.

Mais le film se prend également dans les pieds de son tapis feutré car aussi délicat soit l’exercice d’incarner ces deux personnalités cinématographiques et médiatiques, on ne parvient jamais à oublier que Marina Foïs joue Simone Signoret, et que Roschdy Zem incarne Yves Montand. Leur prestation est maîtrisée, sincère, parfois troublante, mais on ne parvient jamais de se détache de l’imitation. Diane Kurys l’assume d’ailleurs : « Moi qui t’aimais » ne prétend pas être un biopic réaliste, on le comprend dès son introduction. Pourtant, malgré cette intention, on reste à distance et on ne se détache jamais du jeu de ses acteurs pour en oublier qui ils sont. On ressent de l’émotion certes, mais n’est pas non plus totalement acquis à la cause de l’exercice.
​
La reconstitution est soignée, les costumes et maquillages admirables, la lumière magnifique, et pourtant tout semble un peu trop sage, presque figé dans une époque révolue. L’artifice volontaire, finit parfois par anesthésier ce qu’il voulait montrer, présenter.

Reste la douleur, celle de Simone Signoret, qui transperce malgré tout. Une douleur sourde, ravivée à chaque absence, à chaque regard porté sur des photos qu’elle finira par brûler. C’est dans ces instants que le film touche juste, lorsque Marina Foïs cesse d’interpréter pour vivre de l’intérieur la douleur. Le regard se trouble, la voix se casse, le vernis s’écaille. Le classicisme du récit retrouve ce qu’il est : un film qui nous parle du temps, de ce qu’il emporte, de ce qu’il a de nostalgique

« Moi qui t’aimais » est un long-métrage imparfait mais sincère qui ne cherche pas à plaire à tout prix. Ce n’est pas un récit sur la légende Signoret-Montand comme on aurait l’habitude d’en voir. C’est un questionnement sur ce qui reste quand la lumière s’éteint. Une déclaration d’amour à deux êtres que le cinéma et les médias ont figés dans l’éternité des interviews ou des photos, un film sur les coulisses de la vie de deux êtres qui se sont peut-être toujours fait un peu de cinéma. 
​Une proposition qui, une fois terminée, continue de nous hanter quelque fois, preuve qu’au final, elle n’était pas si mal que cela !
 
Drame/biopic – 1h58 – De Diane Kurys avec Marine Foïs, Roschdy Zem, Thierry de Peretti, Vincent Colombe, Raphaëlle Roussau, Cécile Brune et Leonor Oberson
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Mary Anning

10/8/2025

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Résumé du film : Dans l’Angleterre du XIXe siècle, Mary est une jeune fille passionnée par les fossiles, qu’elle cherche avec son père sur la plage, pour ensuite les vendre aux touristes. La mort soudaine du père jette la famille dans le désarroi : sans une source financière, ils vont bientôt devoir quitter leur maison et pire encore, pour Mary, sa bien aimée plage aux fossiles. Mais avant de mourir, son père lui a laissé un mystérieux message qui pourrait l’amener à bouleverser bien de choses…
 
Note du film : Véronique ★★★
 
Avis : Mary Anning. Voilà un nom que l’on ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam avant de se plonger dans le film de Marcel Barelli. Dans son moyen métrage, le réalisateur nous invite à plonger dans l’univers fascinant d’une jeune fille ayant réellement existé, une petite courageuse à la curiosité insatiable et au courage hors norme.​
En effet, Mary, encore enfant, suit son père entre les falaises anglaises à la recherche de fossiles, ignorant qu’elle est en train d’écrire, pierre après pierre, l’une des plus belles pages de l’histoire des sciences naturelles. Celle qui deviendra plus tard une paléontologue reconnue (pour qui s’intéresse à cette discipline) apparaît ici sous les traits d’une petite anglaise aux yeux verts et aux tâches de rousseurs éparses.
 
L’animation, d’une simplicité efficace, se révèle un véritable atout : pas de fioritures, mais une sobriété qui laisse toute la place à l’émotion et à la découverte de cette héroïne attachante, qui cherche à sortir sa mère de la misère au décès de son père. Chaque trait, chaque petite aventure fait mouche et nous fait vivre une petite histoire d’une heure et quart sans voir passer le temps. Marcel Barelli respecte le personnage dont il s’inspire et parvient à communiquer une réelle tendresse pour Mary, son histoire et sa vie sans jamais tomber dans le misérabilisme.
 
Présenté dans plusieurs festivals (notamment à Annecy et au FIFF de Namur), « Mary Anning » est un réel plaisir cinématographique à montrer à un jeune public (de plus de 6 ans). Il parvient à captiver, à instruire et surtout à toucher. Car au-delà de la biographie de son héroïne, le film évoque avec justesse la condition féminine au début du XIXᵉ siècle, la difficulté d’être une femme savante à cette époque mais aussi l’influence de l’Église (qui a réponse à tout) sur la vie et la culture des populations. « Mary Anning »  met en lumière non seulement les fossiles, mais les fissures dans l’Histoire avec un grand H, le besoin de se battre pour le droit d’observer, d’expliquer, de nommer, qmême quand les moqueries ou le silence empêchent de le faire.
Bref, « Mary Anning » , c’est un beau moment de cinéma mais aussi une belle découverte, un petit film à découvrir en famille
 
Animation –  1h12 - De Marcel Barelli
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Timioche

10/7/2025

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Résumé du film : Timioche, un petit poisson toujours en retard, adore inventer des excuses, souvent plus grosses que lui ! Jusqu’au jour où une mésaventure lui arrive vraiment… D’après l’album illustré de Julia Donaldson et Axel Scheffler.
 
Note du film : Véronique et Raphaëlle ★★★★
 
Avis : Voir arriver une sortie estampillée « Le parc distribution », c’est s’assurer de passer un bon moment en famille. Et c’est précisément ce que fait ce nouveau programme de courts-métrages plus mignons les uns que les autres ! Après 3 très courts films en pastel, crayonné ou animation numérique, nous voilà immergées dans le très joli univers coloré de Timioche, un petit poisson qui sait raconter des histoires comme personne. ​
Son imagination sans limite, qui alimente les rêveries de son meilleur ami, est l’occasion de vivre des petites aventures par procuration, jusqu’à ce que son quotidien soit vraiment bouleversé et notre petit poisson un peu malmené. Mais c’est sans compter sur le fil invisible tressé par les reports de ses aventures abracadabrantesques colportées au gré des remous de l’océan, un chemin qui permettra de remonter jusqu’à la source et retrouver ses proches. Profondeur apportée par une 3D bienvenue, personnages attachants, format et temps d’attention idéals, voilà autant d’atouts apportés par ce film en stop motion qui nous régale.
 
Positif et ultra coloré, ce film est le point d’orgue d’une petite séance tout à fait appropriée pour les 3 ans et plus, un condensé de récits tous plus jolis les uns que les autres.  
De Ummi et Zaki qui se lient d’amitié à un Poisson-ballon qui nous apprend à ne pas nous fier aux apparences en passant par un petit poisson qui revit sur un fond de musiques classiques, voilà qui ravira petits et grands et qui constituera une belle idée de sortie à l’aube des vacances d’automne. Aussi beau que bon, ce nouveau programme de courts-métrages est à consommer sans modération !
 
Animation – 00h41 – à partir de 3 ans
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A BIG BOLD BEAUTIFUL JOURNEY

10/4/2025

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Résumé du film : Imaginez pouvoir ouvrir une porte et la franchir pour revivre un moment décisif de votre passé. Sarah et David, deux inconnus célibataires, se rencontrent lors du mariage d'un ami commun et, par un incroyable coup du sort, se lancent ensemble dans une aventure grandiose - drôle, fantastique et pleine d'émotions - où ils revivent des instants marquants de leurs vies respectives. Ces souvenirs retracent leurs parcours et pourraient bien leur offrir une chance de transformer leur avenir.

Note du film : François ★★

Avis : Avec « A Big Bold Beautiful Journey », le réalisateur Kogonada signe une œuvre délicate et plurielle, à la croisée des chemins entre comédie musicale, drame intimiste et cinéma d’auteur.
Ce film, qui pourrait sembler disparate dans ses tonalités, trouve pourtant une belle cohérence dans sa manière de raconter les histoires que l’on se fabrique pour survivre, les rôles que l’on endosse pour continuer d’avancer et ne pas sombrer.

Un kaléidoscope de genres et d’émotions

Le récit alterne entre envolées chantées, moments de belle émotion et séquences contemplatives, sans jamais perdre son fil. Cette hybridation des styles ne cherche pas à plaire à tout prix, mais à refléter la complexité de l’existence, ses hauts et ses bas, ses faux-semblants et ses vérités enfouies.  Le film nous parle de résilience, de mémoire, et de ces récits que l’on se murmure pour continuer à avancer. Le scénario offre une alternance de dialogues savoureux, parfois drôles, souvent justes, qui captent l’instant avec une belle sincérité. Mais il cède aussi, par moments, à une certaine mièvrerie : quelques répliques trop sucrées viennent affaiblir l’ensemble, comme des notes trop appuyées dans une partition subtile. Cela dit, cette guimauve n’éclipse jamais complètement l’authenticité du propos.

Kogonada, fidèle à son style visuel épuré et poétique, transforme chaque plan en tableau. Sa mise en scène participe à l’émerveillement constant du spectateur, jouant sur les textures, les lumières et les silences pour créer une atmosphère presque onirique. Le film devient alors une promenade sensorielle, une rêverie éveillée. 

Et comment ne pas évoquer la bande originale, signée par le compositeur japonais Joe Hisaishi ? Celle-ci enveloppe le film d’une douceur mélancolique. Ses mélodies, tantôt légères, tantôt poignantes, accompagnent les souvenirs et les regrets des deux protagonistes, deux âmes esseulées qui se croisent et se reconnaissent dans leur fragilité.

Porté par un duo d’acteurs complices et touchants- Colin Farrell et Margot Robbie sont excellents et confèrent au film tout son charme ! Le film explore la rencontre de deux êtres cabossés, chacun enfermé dans ses histoires, ses regrets, ses silences. Leur relation, faite de regards, de non-dits et de petits gestes, donne au film sa dimension humaine et universelle. Et mentionnons aussi la présence, beaucoup trop rare de nos jours, de Kevin Kline qui est toujours aussi excellent dans son rôle !

Enfin, la touche insolite — ces petits décalages narratifs, ces bizarreries assumées viennent contrebalancer les quelques longueurs du récit. Cette touche insuffle une fantaisie discrète mais salvatrice, qui empêche le film de sombrer dans le trop convenu.

« A Big Bold Beautiful Journey » est un film fragile, comme une bulle de savon : il pourrait éclater à tout moment, mais il choisit de flotter et de nous divertir. Finalement, pourquoi ne pas donner sa chance à ce joli voyage, imparfait mais sincère.

Drame - 1h49 - De Kogonada avec Margot Robbie, Colin Farrell, Kevin Kline
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Marche ou crève

10/3/2025

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Résumé du film : Le jeune Garraty va concourir pour " La Longue Marche ", une compétition qui compte cent participants. Cet événement sera retransmis à la télévision, suivi par des milliers de personnes. Mais ce n’est pas une marche comme les autres, plutôt un jeu sans foi ni loi…

Note du film: François ★★★

Avis : Adapté du roman culte de Stephen King publié en 1979 sous le pseudonyme Richard Bachman, "Marche ou Crève" trouve enfin le chemin des salles obscures grâce à Francis Lawrence, réalisateur chevronné déjà aux commandes de la saga "Hunger Games".  Mais ici, point de révolte flamboyante ni de mise en scène spectaculaire : Lawrence opte pour une sobriété radicale, presque ascétique, qui rend cette adaptation d’autant plus percutante.​
Une marche vers l’abîme dans une Amérique post-apocalyptique rongée par un régime totalitaire. Et dans ce monde on ne peut plus gris, cent jeunes garçons sont sélectionnés pour participer à "La Longue Marche", une épreuve retransmise à la télévision mais dont nous ne voyons jamais les images.  Ce choix de mise en scène est fondamental : en refusant de montrer le spectacle, Lawrence nous place du côté des marcheurs, dans leur solitude, leur douleur, leur humanité. Les spectateurs au bord de la route sont là, mais silencieux, presque fantomatiques. Le voyeurisme est évacué, laissant place à une immersion brutale et intime.

Autre bon point lié au casting qui est tout bonnement excellent ! Les acteurs sont bouleversants, à commencer par Cooper Hoffman (le fils de Philip Seymour).  Incarnant Ray Garraty, le jeune acteur habite son personnage avec une intensité fragile et poignante. Et il n’est pas le seul à nous émouvoir ! David Jonsson, vu dans « Alien: Romulus », apporte une gravité saisissante à son personnage au passé également assombris. Garrett Wareing complète ce trio avec une justesse remarquable. Mais c’est Mark Hamill, dans le rôle du Commandant, qui glace le sang : monolithique, sadique, il incarne à lui seul l’inhumanité du système. À 74 ans, le comédien livre l’une de ses performances les plus marquantes, loin de son image de héros intergalactique.

Une jeunesse sacrifiée

Ce qui frappe dans "Marche ou Crève", c’est l’absence de justification.  Pourquoi ces jeunes marchent-ils ? Certains pour l’argent, d’autres pour fuir, quelques-uns sans raison apparente. Cette opacité rend leur sort encore plus cruel. Le film ne cherche pas à expliquer, il montre. Et ce qu’il donne à voir, c’est une société où l’espoir a déserté, où la jeunesse est offerte en pâture à un pouvoir qui ne promet rien d’autre que la mort. À mesure que les kilomètres s’accumulent, les liens se tissent entre les marcheurs, mais tous savent qu’ils ne peuvent survivre ensemble. L’amitié devient alors une condamnation.

À la sortie de la salle, notre lourd silence met l’accent sur le désespoir qui nous a gagné. Car oui, "Marche ou Crève" ne propose ni échappatoire ni rédemption.  A la place, il nous laisse avec une tristesse infinie, celle d’un monde où l’espoir est devenu une relique. Ce n’est pas un film à rebondissements, c’est une lente descente, une marche vers l’abîme. 
Et pourtant, dans cette noirceur, une lueur subsiste : celle de l’humanité vacillante, et quelques jeunes qui refusent de s’éteindre complètement. Un film dur, profondément (in)humain.
 
Epouvante-horreur, Science Fiction, Thriller, 1h48  De Francis Lawrence avec Cooper Hoffman, David Jonsson, Garrett Wareing
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Un simple accident

10/2/2025

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​Résumé du film
 
: Iran, de nos jours. Après un banal accident, un homme croise celui qu’il croit être son ancien tortionnaire. Mais face à ce père de famille qui nie farouchement avoir été son bourreau, le doute s’installe.
 
Note du film : Véronique ★★★★
 
Avis : Avec « Un simple accident », Jafar Panahi signe un film d’une intensité rare, qui prouve une fois encore combien son cinéma, résolument politique, sait conjuguer histoire individuelle et Histoire universelle. Le film, qui mérite sans conteste sa Palme d’or, parvient à nous angoisser, nous intriguer, nous émouvoir et même nous faire rire.
Se lancer dans « Un simple accident », c’est la promesse de ne pas en sortir indemne. On y retrouve ce qui fait le sel de son cinéma : les petits choses du quotidien, les fêlures, les échanges humains mais aussi une tension qui vient de petit rien, des chois assumés mais jamais « crachés » ou appuyés  qui prennent racine dans la politique de son pays mais aussi dans le vécu de sa population brimée.
 
Derrière son titre, tout aussi intriguant que le fil de son/ses histoire(s), se dessine un récit qui ne cesse de nous déstabiliser. On avance pas à pas dans cette grande question, celle du choix que l’on fait face au prétendu bourreau, la façon dont on gère un traumatisme mais aussi le chemin vers une potentielle résilience. Morts des centaines de fois, ses personnages sont face à un souffle de vie, leurs démons, leurs intimes convictions, chacun agissant selon son vécu, ses cicatrices, son histoire personnelle. Sans jamais brusquer le spectateur chaque plan rencontre, chaque scène est lourde de sens. Corruption, délits mais aussi entraide se mêlent dans une mosaïque qui révèle petit à petit ce qu’elle voulait nous montrer dès ses premières images.
 
 Durant une petite heure trente, on chemine aux côtés de ses protagonistes avec un plaisir discret mais profond, tant leur humanité crève l’écran. Le casting, sobre et d’une justesse implacable, ne cherche jamais à briller pour briller : il sert avec une pudeur ou une certaine humilité l’univers et le récit que Panahi façonnent depuis toujours et l’offrent au regard du monde entier à travers des regards, des cris, des silences ou des gestes qui parlent plus que des dialogues sans fin.  
 
Ce qui rend « Un simple accident » encore plus bouleversant, c’est le contexte de sa création. Tourné malgré l’interdiction qui pèse toujours sur lui, Jafar Panahi parvient à livrer, une fois de plus, un acte de résistance qui parle à toutes et tous. Jamais son propos n’est lourd ou démonstratif : il préfère la suggestion, la nuance, l’émotion et c’est précisément ce qui rend le film si percutant — il nous parle du monde dans lequel il est tourné, mais aussi du nôtre, sans jugement, sans leçon, juste avec quelques propositions.
​
Et puis il y a cette fin. Si nous n’aimons pas trop les fins ouvertes, celle-ci risque, comme nous, de vous hanter longtemps. Le récit suspendu, inachevé et le bruit qui résonne depuis des années dans la tête de ses personnages vient s’implanter dans le nôtre. On est bousculé, interpellé et on repense tout ce que l’on vient de voir en se disant que dès la première scène, tout aurait pu être différent selon les choix opérés. On sort de la salle avec mille hypothèses, des centaines de scénarios différents, des révoltes sourdes (comme celles de ses héros) et on ne peut malheureusement rien faire d’autre que de constater que nous avons, comme pour ses précédents longs-métrages, vécu un moment de cinéma  important.

« Un simple accident » (tout comme « Trois visages » ou « Taxi Téhéran » que l’on avait aimé également) confirme le talent de son réalisateur pour dire sans démontrer, faire ressentir sans exagérer. 
Accessible et profondément politique jamais pesant et toujours bouleversant, Panahi confirme qu’il est grand cinéaste, un de ceux qui se mettent au service de l’Histoire mais aussi et surtout de l’humain !
 
Drame/thriller - 1h45 – De Jafar Panahi avec Vahid Mobasseri , Maryam Afshari, Hadis Pakbaten, Majid Panah, Mohamad Ali Elyasmehr et Ebrahim Azizi  ​
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