Se lancer dans « Un simple accident », c’est la promesse de ne pas en sortir indemne. On y retrouve ce qui fait le sel de son cinéma : les petits choses du quotidien, les fêlures, les échanges humains mais aussi une tension qui vient de petit rien, des chois assumés mais jamais « crachés » ou appuyés qui prennent racine dans la politique de son pays mais aussi dans le vécu de sa population brimée. Derrière son titre, tout aussi intriguant que le fil de son/ses histoire(s), se dessine un récit qui ne cesse de nous déstabiliser. On avance pas à pas dans cette grande question, celle du choix que l’on fait face au prétendu bourreau, la façon dont on gère un traumatisme mais aussi le chemin vers une potentielle résilience. Morts des centaines de fois, ses personnages sont face à un souffle de vie, leurs démons, leurs intimes convictions, chacun agissant selon son vécu, ses cicatrices, son histoire personnelle. Sans jamais brusquer le spectateur chaque plan rencontre, chaque scène est lourde de sens. Corruption, délits mais aussi entraide se mêlent dans une mosaïque qui révèle petit à petit ce qu’elle voulait nous montrer dès ses premières images. Durant une petite heure trente, on chemine aux côtés de ses protagonistes avec un plaisir discret mais profond, tant leur humanité crève l’écran. Le casting, sobre et d’une justesse implacable, ne cherche jamais à briller pour briller : il sert avec une pudeur ou une certaine humilité l’univers et le récit que Panahi façonnent depuis toujours et l’offrent au regard du monde entier à travers des regards, des cris, des silences ou des gestes qui parlent plus que des dialogues sans fin. Ce qui rend « Un simple accident » encore plus bouleversant, c’est le contexte de sa création. Tourné malgré l’interdiction qui pèse toujours sur lui, Jafar Panahi parvient à livrer, une fois de plus, un acte de résistance qui parle à toutes et tous. Jamais son propos n’est lourd ou démonstratif : il préfère la suggestion, la nuance, l’émotion et c’est précisément ce qui rend le film si percutant — il nous parle du monde dans lequel il est tourné, mais aussi du nôtre, sans jugement, sans leçon, juste avec quelques propositions. Et puis il y a cette fin. Si nous n’aimons pas trop les fins ouvertes, celle-ci risque, comme nous, de vous hanter longtemps. Le récit suspendu, inachevé et le bruit qui résonne depuis des années dans la tête de ses personnages vient s’implanter dans le nôtre. On est bousculé, interpellé et on repense tout ce que l’on vient de voir en se disant que dès la première scène, tout aurait pu être différent selon les choix opérés. On sort de la salle avec mille hypothèses, des centaines de scénarios différents, des révoltes sourdes (comme celles de ses héros) et on ne peut malheureusement rien faire d’autre que de constater que nous avons, comme pour ses précédents longs-métrages, vécu un moment de cinéma important. « Un simple accident » (tout comme « Trois visages » ou « Taxi Téhéran » que l’on avait aimé également) confirme le talent de son réalisateur pour dire sans démontrer, faire ressentir sans exagérer.
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