Interview de Phuong Mai Nguyen
Dans le cadre de la sortie du film "In Waves"
Véronique – 11 juin 2026
Dans le cadre de la sortie du film "In Waves"
Véronique – 11 juin 2026
Alors que son premier long-métrage ravage tout sur son passage, du Festival de Cannes où il a fait l'ouverture de la Semaine de la Critique à celui de Annecy, nous avons profité du passage de la réalisatrice du film "In Waves" pour échanger à propos de son film.
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Véronique : Pour notre entrée en matière dans cette interview, il me semblait logique d’évoquer le fait que votre film a eu la grande chance de faire l'ouverture de la Semaine de la Critique de Cannes cette année. C’est un bel honneur, une belle récompense pour le travail accompli, surtout dans le cadre d'un festival international de cette réputation là…
Phuong Mai Nguyen : Totalement, je dis souvent que je suis extrêmement reconnaissante d’avoir ouvert la Semaine de la Critique car ça nous a permis une très belle exposition. C’était une avant-première, un premier festival, tout ce qu'on pouvait espérer. Je me sens hyper gâtée. (Rires) Véronique : … D'autant qu'en plus que, au-delà de la confiance qui est faite par la programmation, les retours qui ont découlés de cette projection sur place étaient dithyrambiques. C’est une belle façon de prendre le pouls auprès des critiques du monde entier |
Phuong Mai Nguyen : Oui, c'est à la fois très positif effectivement et un peu effrayant également d'être aussi autant exposée d'un coup. Ça fait 5 ans qu'on est dans notre coin à faire quelque chose en dehors de la vue de tout le monde. Et tout d'un coup, d'avoir autant de gens qui regardent, qui commentent le film, ça a quelque chose d'assez effrayant car tout est scruté. C'est la vie d'un film et tant mieux si plein de gens aiment, détestent ou n'ont pas d'avis dessus. Ça signifie que les gens viennent au cinéma pour se faire une idée et je trouve cela assez génial!
Véronique : Ça a aussi été l'occasion de découvrir votre travail, votre nom même si ce n'est pas la première fois que vous conjuguez le 7e et le 9e art. Vous avez déjà réalisé l'adaptation de « Culottées » pour France Télévisions.
Phuong Mai Nguyen : Oui, oui. Pour le coup, c'était plus un format série pour France Télé. Malheureusement pour nous, la série est sortie pendant le Covid, donc on n’a pas pu faire beaucoup de festivals avec Charlotte, ma coréalisatrice à l'époque. On a fait quelques interviews ou rencontres par Zoom mais ce n’est pas pareil. C’est vraiment dommage mais c'est comme ça. En tout cas, ça m'a permis déjà de me roder un peu à l'exercice d'être sur une production, d’avoir des contraintes de temps, de budget et de travailler avec une grosse équipe également. Ça permet d'apprendre pas mal de choses déjà et, finalement, de se préparer pour le long.
Véronique : Je suppose qu'il y avait une mise en confiance aussi du fait que vous aviez déjà travaillé avec Silex Films, une grande maison que l’on connaît peut-être moins que d'autres maisons de production de film d'animation entre autres..
Phuong Mai Nguyen : Oui, Silex, c'est une boîte de prod qui fait pas mal de live et qui commencé l'animation avec "Les Aventuriers de l'art moderne" d’Amélie Harrault. Ensuite, leur deuxième projet d’animé a été « Culottées ». Là, ils commencent un petit peu plus à faire les deux de façon égale. C’était pas mal en effet d’avoir collaboré avec Priscilla (Bertin, ndlr), ma productrice de référence sur Culottées et également sur In Waves. Il y a en effet eu un premier travail de confiance sur la série. On a appris à se comprendre, à, comment dire, comment l'autre réagit, découvrir un peu sa façon de communiquer mais aussi nos envies. Je suis retournée avec un peu plus de sérénité sur le long-métrage en sachant comment communiquer et j’avais un peu moins de d'appréhension. Je pense que c'est nécessaire sur un long-métrage pour éviter des problématiques de temps, de fabrication, de conversation entre la production et l’équipe artistique.
Véronique : Et puis l'autre belle preuve de confiance, c'est celle de AJ Dungo, qui vous a autorisée à porter son histoire et son œuvre graphique au cinéma.
Phuong Mai Nguyen : Oui effectivement, je me sens très chanceuse ! A chaque fois que je suis arrivée sur un travail d'adaptation, j'ai l'impression que les auteurs, Pénélope Bagieu sur Culottées et là AJ Dungo pour In Waves, m’ont toujours laissé faire même s’ils ont une approche très différente. Ils m’ont toujours laissé la place pour que je puisse m'approprier leurs œuvres. Ils s'imposent très peu sur ces adaptations. Et à chaque fois qu'ils ont fait des retours, c'était des retours très justifiés qui ont permis de nourrir le propos par la suite.
Véronique : Ça a aussi été l'occasion de découvrir votre travail, votre nom même si ce n'est pas la première fois que vous conjuguez le 7e et le 9e art. Vous avez déjà réalisé l'adaptation de « Culottées » pour France Télévisions.
Phuong Mai Nguyen : Oui, oui. Pour le coup, c'était plus un format série pour France Télé. Malheureusement pour nous, la série est sortie pendant le Covid, donc on n’a pas pu faire beaucoup de festivals avec Charlotte, ma coréalisatrice à l'époque. On a fait quelques interviews ou rencontres par Zoom mais ce n’est pas pareil. C’est vraiment dommage mais c'est comme ça. En tout cas, ça m'a permis déjà de me roder un peu à l'exercice d'être sur une production, d’avoir des contraintes de temps, de budget et de travailler avec une grosse équipe également. Ça permet d'apprendre pas mal de choses déjà et, finalement, de se préparer pour le long.
Véronique : Je suppose qu'il y avait une mise en confiance aussi du fait que vous aviez déjà travaillé avec Silex Films, une grande maison que l’on connaît peut-être moins que d'autres maisons de production de film d'animation entre autres..
Phuong Mai Nguyen : Oui, Silex, c'est une boîte de prod qui fait pas mal de live et qui commencé l'animation avec "Les Aventuriers de l'art moderne" d’Amélie Harrault. Ensuite, leur deuxième projet d’animé a été « Culottées ». Là, ils commencent un petit peu plus à faire les deux de façon égale. C’était pas mal en effet d’avoir collaboré avec Priscilla (Bertin, ndlr), ma productrice de référence sur Culottées et également sur In Waves. Il y a en effet eu un premier travail de confiance sur la série. On a appris à se comprendre, à, comment dire, comment l'autre réagit, découvrir un peu sa façon de communiquer mais aussi nos envies. Je suis retournée avec un peu plus de sérénité sur le long-métrage en sachant comment communiquer et j’avais un peu moins de d'appréhension. Je pense que c'est nécessaire sur un long-métrage pour éviter des problématiques de temps, de fabrication, de conversation entre la production et l’équipe artistique.
Véronique : Et puis l'autre belle preuve de confiance, c'est celle de AJ Dungo, qui vous a autorisée à porter son histoire et son œuvre graphique au cinéma.
Phuong Mai Nguyen : Oui effectivement, je me sens très chanceuse ! A chaque fois que je suis arrivée sur un travail d'adaptation, j'ai l'impression que les auteurs, Pénélope Bagieu sur Culottées et là AJ Dungo pour In Waves, m’ont toujours laissé faire même s’ils ont une approche très différente. Ils m’ont toujours laissé la place pour que je puisse m'approprier leurs œuvres. Ils s'imposent très peu sur ces adaptations. Et à chaque fois qu'ils ont fait des retours, c'était des retours très justifiés qui ont permis de nourrir le propos par la suite.
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Véronique : D'autant que dans le cas de « In Waves », c'est une histoire très personnelle qu'il a vécue et que vous portez avec un regard un peu différent, le vôtre…
Phuong Mai Nguyen : Oui, c'est une histoire qui est assez personnelle, et quelque part j'ai l'impression que dans mon travail, je m'éloigne un petit peu de la BD pour me rapprocher de la réalité. Comme je suis allée le rencontrer sur place, j'ai pu voir les endroits où sont déroulés son histoire et ses différents événements. Le fait de le côtoyer et d’avoir pu rencontrer la famille de Kristen, son frère, ses parents, son cousin par ces différents voyages, ça m'a permis de les observer, de voir comment ils sont dans la vraie vie. |
J’ai pu m’en inspirer pour les recomposer dans le film d'animation. Et ce qui est assez drôle, c'est que quand j'ai fait une projection du film en novembre dernier à Los Angeles et qu’on a montré le film avec Priscilla à la famille, ils étaient hyper contents des personnages qu'on leur avait créés. Enfin, de leur personnage respectif, parce que quelque part, les personnages leur ressemblaient un petit peu, avaient un peu de leurs attitudes et en même temps, ils avaient une double vie dans le film qui n’était pas forcément très éloignée de leur centre d'intérêt. Ils s'en amusaient presque et ils disaient : "Ah, mais en fait, j'aurais pu faire ce métier-là" et du coup, je trouvais ça assez amusant d’avoir ces retours-là et j'étais très contente qu'il n’y ait pas eu de frustration de leur vis-à-vis de cela.
Véronique : C’est vrai qu'il y a un grand sentiment de réalisme justement. On est toujours dans l'animation mais on parvient à s'identifier. Il y a vraiment un travail de psychologie très développé, on s'attache aux personnages très vite, on y croit très fortement. Il n'y a pas de distance du tout entre l'histoire, le dessin et le spectateur, on est totalement immergés dans votre univers …
Phuong Mai Nguyen : Merci… Je pense que c'est aussi la mise en scène qui permet d'être proche des personnages. Quand je parle avec des gens qui n'aiment pas forcément aller vers les films d'animation, je me rends compte qu'ils sont bloqués par le médium du dessin, parce que ce ne sont pas des vrais acteurs qu'ils voient à l'écran. Il y a un besoin de faire un travail de proximité de, comment dire,...
Véronique : Réappropriation ?
Phuong Mai Nguyen : Ouais, c'est ça ! De recréer cette identification. Pour moi, j'ai l'impression que, juste un bonhomme dessiné en bâtons, ça me suffit pour m'accrocher à une histoire. Mais ça dépend un peu les sensibilités de chacun. Du coup, dans le cadre de In Waves, quand on rencontre AJ, on se rend compte que ce sont des gens qui sont extrêmement sensibles et profondément humains, qu'il sont très ouverts aux autres. Et pour la mise en scène, je trouvais que c'était vraiment important de le mettre en avant avec ces plans sur les regards, sur les mains qui se touchent, sur le rapport aux autres et la tendresse qu'on peut aussi apporter aux autres. Même si c'est un film d'animation, on doit pouvoir ressentir ça.
Véronique : A côté de cela, il y a une espèce de parallélisme aussi entre le surf, qui permet d'avoir cette espèce d'adrénaline ou la satisfaction de se tenir debout et les premières fois, les sentiments amoureux qui se développent… On voit vraiment le parallélisme entre le sport et ce que les personnages ressentent dans leur vie affective.
Véronique : C’est vrai qu'il y a un grand sentiment de réalisme justement. On est toujours dans l'animation mais on parvient à s'identifier. Il y a vraiment un travail de psychologie très développé, on s'attache aux personnages très vite, on y croit très fortement. Il n'y a pas de distance du tout entre l'histoire, le dessin et le spectateur, on est totalement immergés dans votre univers …
Phuong Mai Nguyen : Merci… Je pense que c'est aussi la mise en scène qui permet d'être proche des personnages. Quand je parle avec des gens qui n'aiment pas forcément aller vers les films d'animation, je me rends compte qu'ils sont bloqués par le médium du dessin, parce que ce ne sont pas des vrais acteurs qu'ils voient à l'écran. Il y a un besoin de faire un travail de proximité de, comment dire,...
Véronique : Réappropriation ?
Phuong Mai Nguyen : Ouais, c'est ça ! De recréer cette identification. Pour moi, j'ai l'impression que, juste un bonhomme dessiné en bâtons, ça me suffit pour m'accrocher à une histoire. Mais ça dépend un peu les sensibilités de chacun. Du coup, dans le cadre de In Waves, quand on rencontre AJ, on se rend compte que ce sont des gens qui sont extrêmement sensibles et profondément humains, qu'il sont très ouverts aux autres. Et pour la mise en scène, je trouvais que c'était vraiment important de le mettre en avant avec ces plans sur les regards, sur les mains qui se touchent, sur le rapport aux autres et la tendresse qu'on peut aussi apporter aux autres. Même si c'est un film d'animation, on doit pouvoir ressentir ça.
Véronique : A côté de cela, il y a une espèce de parallélisme aussi entre le surf, qui permet d'avoir cette espèce d'adrénaline ou la satisfaction de se tenir debout et les premières fois, les sentiments amoureux qui se développent… On voit vraiment le parallélisme entre le sport et ce que les personnages ressentent dans leur vie affective.
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Phuong Mai Nguyen : C'est vraiment le cœur du sujet : les vagues de l'émotion ! Ça parle du cycle des vagues, de la vie, de la mort également. C'est un peu ça qui m'intéressait dans l'aspect du surf. Parce que finalement, quand on a un peu des a priori sur le surf, on pense un peu plus à la compétition, on pense à des gens qui veulent faire des vagues géantes, de la démonstration…
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Au contraire, je pense que dans le cas de In Waves, l’idée est plus de retrouver une sorte d'humilité, une histoire d'amour… C'est de retrouver ce que tout le monde peut avoir vécu dans sa vie et de se confronter à la maladie, des événements qui ne sont peut-être pas très originaux mais qui finalement font partie de notre quotidien. C’est important aussi de donner une part belle à ce quotidien-là qui peut être touchant et émouvant d’une certaine manière.
Véronique : C'est vrai qu'on sait dès le départ qu'on va découvrir un drame et une destinée qui est un peu fatale. Pourtant, j’avais relevé à un moment donné cette phrase qui avait été citée par Kristen et qui disait : "Ben, on ne va pas rester triste et muet pendant 6 mois." Et c'est ce que votre film met en évidence, justement: il faut profiter de chaque instant plutôt que s'apitoyer sur son sort.
Phuong Mai Nguyen : Tout à fait ! Je pense que c'était également l'esprit de la vraie Kristen. Par les paroles de la BD, par ce qu'on raconte d'elle, c'est un peu ça que j'imaginais d'elle. C’est quelqu'un qui va encourager les autres à aller de l'avant et je pense que c'est ça aussi ce qu'on a essayé de raconter à travers In Waves, avec cette histoire de surf, d’envie de continuer à surfer. Ce n'était pas juste par rapport au sport, c'est aussi une imagerie, un symbole, une métaphore de la vie. On ne peut pas prévoir tout ce qui va nous arriver dans la vie, et c'est en essayant de surmonter cette vague d'émotions, cette vague de la vie, qu'on va essayer de réussir à aller de l'avant et de continuer à faire notre parcours de vie. C’est hyper important dans le film de montrer cet aspect très joyeux de ce groupe d'amis et de ne pas juste se focaliser sur la maladie, sur la chimiothérapie, ou sur la partie du deuil. Ça prend une part assez petite dans le film.
Dans la BD, il y a quelque chose d'un peu plus prononcé sur la partie de la maladie de Kristen, on est plus dans l'introspection également. Et dans le film, on a presque essayé de combler ce manque là par de la vie. Quand j'ai rencontré la famille de Kristen et quand j'ai vu AJ, c'est ça qui m'a semblé le plus frappant. Ce sont des gens qui étaient ultra joyeux, qui continuaient à vivre. AJ maintenant, il a une nouvelle compagne, il a un enfant. Il continue encore de parler de Kristen car elle n’est pas tombée dans l'oubli et je pense que c'est comme ça aussi qu'ils la maintiennent en vie. Et c'est ça qui est important dans cette histoire.
Véronique : Oui, et d'ailleurs, ce côté joyeux et lumineux, vous le mettez en lumière par la colorimétrie! Vous utilisez beaucoup de couleurs dans les moments joyeux, quand ils sont en groupe, un peu moins quand il est seul dans les vagues. On a l'impression qu'à ce moment-là, les couleurs sont plus « ternes », peut-être pour faire ressortir la solitude. Mais dans l'ensemble, votre film est très coloré, au contraire des planches de la bande dessinée.
Phuong Mai Nguyen: C’était l'idée, effectivement, d'aller chercher ces lumières californiennes qu'on a déjà tous un peu vu à travers le cinéma américain. Je m'étais vachement inspirée des tableaux de David Hockney, un peintre qui avait vécu aux États-Unis et qui a quelque chose d'assez mélancolique dans ses tableaux même si, paradoxalement, ses couleurs sont très joyeuses. Je trouvais que c'était une bonne référence pour notre film, de parler de cette bande de jeunesse californienne qui vit un quotidien assez lambda, assez normal, et en même temps, qui vivent une tragédie. Cette histoire de couleur, elle me permet également de raconter les trois temporalités dans le film, comme vous l’avez dit. Il y a le temps du deuil avec quelque chose de plus terne, un peu torturé, en faisant presque même référence à des tableaux romantiques avec cette idée de l'artiste solitaire qui est plus dans ses pensées... Il y a aussi la partie consacrée à Hawaï, où on évoque le passé, un passé presque rêvé, en faisant référence à des premières images de gravure sur bois, qui rappellent le côté ancestral, le toucher organique…
Véronique: Les amis de AJ et Kristen, disent, et c'est très beau: "Il est temps que ces dessins sortent du van." Grâce à votre travail, ça a été au-delà de ça, c'est sorti du van, c'est sorti au cinéma sur le grand écran… C'est une belle continuité de ce qui a déjà été entamé avant.
Phuong Mai Nguyen : C'est amusant parce que, maintenant qu’on est devenus très copains avec AJ, je trouve qu'on a beaucoup de points communs, même si on est assez différents en tant qu'artistes, dessinateurs. On a toujours un peu ce truc-là de, comment dire, de ne pas savoir quoi en faire avec ce qu'on crée, quoi en penser. Et c'est toujours un peu notre entourage qui va nous pousser à faire des choses à les livre et les montrer.
C'est marrant que vous parliez de cette phrase de Jeff parce que c’est un grand fan de AJ. Je suis allée chez Jeff et sa conjointe et ils avaient la BD exposée partout. Ils sont extrêmement fiers de la BD de AJ et je trouve ça hyper chouette qu'ils aient gardé encore ce lien-là, qu’ils sont restés de super bons amis.
Véronique : C'est vrai qu'on sait dès le départ qu'on va découvrir un drame et une destinée qui est un peu fatale. Pourtant, j’avais relevé à un moment donné cette phrase qui avait été citée par Kristen et qui disait : "Ben, on ne va pas rester triste et muet pendant 6 mois." Et c'est ce que votre film met en évidence, justement: il faut profiter de chaque instant plutôt que s'apitoyer sur son sort.
Phuong Mai Nguyen : Tout à fait ! Je pense que c'était également l'esprit de la vraie Kristen. Par les paroles de la BD, par ce qu'on raconte d'elle, c'est un peu ça que j'imaginais d'elle. C’est quelqu'un qui va encourager les autres à aller de l'avant et je pense que c'est ça aussi ce qu'on a essayé de raconter à travers In Waves, avec cette histoire de surf, d’envie de continuer à surfer. Ce n'était pas juste par rapport au sport, c'est aussi une imagerie, un symbole, une métaphore de la vie. On ne peut pas prévoir tout ce qui va nous arriver dans la vie, et c'est en essayant de surmonter cette vague d'émotions, cette vague de la vie, qu'on va essayer de réussir à aller de l'avant et de continuer à faire notre parcours de vie. C’est hyper important dans le film de montrer cet aspect très joyeux de ce groupe d'amis et de ne pas juste se focaliser sur la maladie, sur la chimiothérapie, ou sur la partie du deuil. Ça prend une part assez petite dans le film.
Dans la BD, il y a quelque chose d'un peu plus prononcé sur la partie de la maladie de Kristen, on est plus dans l'introspection également. Et dans le film, on a presque essayé de combler ce manque là par de la vie. Quand j'ai rencontré la famille de Kristen et quand j'ai vu AJ, c'est ça qui m'a semblé le plus frappant. Ce sont des gens qui étaient ultra joyeux, qui continuaient à vivre. AJ maintenant, il a une nouvelle compagne, il a un enfant. Il continue encore de parler de Kristen car elle n’est pas tombée dans l'oubli et je pense que c'est comme ça aussi qu'ils la maintiennent en vie. Et c'est ça qui est important dans cette histoire.
Véronique : Oui, et d'ailleurs, ce côté joyeux et lumineux, vous le mettez en lumière par la colorimétrie! Vous utilisez beaucoup de couleurs dans les moments joyeux, quand ils sont en groupe, un peu moins quand il est seul dans les vagues. On a l'impression qu'à ce moment-là, les couleurs sont plus « ternes », peut-être pour faire ressortir la solitude. Mais dans l'ensemble, votre film est très coloré, au contraire des planches de la bande dessinée.
Phuong Mai Nguyen: C’était l'idée, effectivement, d'aller chercher ces lumières californiennes qu'on a déjà tous un peu vu à travers le cinéma américain. Je m'étais vachement inspirée des tableaux de David Hockney, un peintre qui avait vécu aux États-Unis et qui a quelque chose d'assez mélancolique dans ses tableaux même si, paradoxalement, ses couleurs sont très joyeuses. Je trouvais que c'était une bonne référence pour notre film, de parler de cette bande de jeunesse californienne qui vit un quotidien assez lambda, assez normal, et en même temps, qui vivent une tragédie. Cette histoire de couleur, elle me permet également de raconter les trois temporalités dans le film, comme vous l’avez dit. Il y a le temps du deuil avec quelque chose de plus terne, un peu torturé, en faisant presque même référence à des tableaux romantiques avec cette idée de l'artiste solitaire qui est plus dans ses pensées... Il y a aussi la partie consacrée à Hawaï, où on évoque le passé, un passé presque rêvé, en faisant référence à des premières images de gravure sur bois, qui rappellent le côté ancestral, le toucher organique…
Véronique: Les amis de AJ et Kristen, disent, et c'est très beau: "Il est temps que ces dessins sortent du van." Grâce à votre travail, ça a été au-delà de ça, c'est sorti du van, c'est sorti au cinéma sur le grand écran… C'est une belle continuité de ce qui a déjà été entamé avant.
Phuong Mai Nguyen : C'est amusant parce que, maintenant qu’on est devenus très copains avec AJ, je trouve qu'on a beaucoup de points communs, même si on est assez différents en tant qu'artistes, dessinateurs. On a toujours un peu ce truc-là de, comment dire, de ne pas savoir quoi en faire avec ce qu'on crée, quoi en penser. Et c'est toujours un peu notre entourage qui va nous pousser à faire des choses à les livre et les montrer.
C'est marrant que vous parliez de cette phrase de Jeff parce que c’est un grand fan de AJ. Je suis allée chez Jeff et sa conjointe et ils avaient la BD exposée partout. Ils sont extrêmement fiers de la BD de AJ et je trouve ça hyper chouette qu'ils aient gardé encore ce lien-là, qu’ils sont restés de super bons amis.
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Ce qui est hyper cool aussi pour moi, c'est que maintenant que le film est sorti, AJ est hyper content de ça, il y a une sorte de prétexte qui fait que tout le monde a envie de se retrouver, de continuer de parler de Kristen, de se remémorer d'elle d'une autre façon... Ca permet de pérenniser cette image de Kristen.
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Véronique: C'est une espèce de caisse de résonance des souvenirs sur laquelle vous avez ajouté votre propre sensibilité, votre regard sur leur histoire.
Phuong Mai Nguyen : Oui, oui, c'est ça. (Rires). C'est vrai que quand on sort une œuvre, un film ou une bande dessinée, c'est, c'est toujours un moment un peu brutal parce que tout d'un coup, cet objet-là est un peu partout, il est repris par tout le monde, il va être commenté, aimé, détesté. On peut se sentir perdue en tant qu'artiste mais c'est un peu le cheminement, j'imagine. Il faut juste accepter de lâcher prise de passer à la suite.
Véronique : En tout cas, c'est un magnifique premier long-métrage. Un grand bravo pour ce travail, pour la sensibilité que vous y avez mise, et puis pour cette fidélité aussi à l'histoire d'AJ et de Kristen. Merci beaucoup d'avoir partagé ce moment avec nous.
Phuong Mai Nguyen : Merci à vous, c'était un plaisir !
Phuong Mai Nguyen : Oui, oui, c'est ça. (Rires). C'est vrai que quand on sort une œuvre, un film ou une bande dessinée, c'est, c'est toujours un moment un peu brutal parce que tout d'un coup, cet objet-là est un peu partout, il est repris par tout le monde, il va être commenté, aimé, détesté. On peut se sentir perdue en tant qu'artiste mais c'est un peu le cheminement, j'imagine. Il faut juste accepter de lâcher prise de passer à la suite.
Véronique : En tout cas, c'est un magnifique premier long-métrage. Un grand bravo pour ce travail, pour la sensibilité que vous y avez mise, et puis pour cette fidélité aussi à l'histoire d'AJ et de Kristen. Merci beaucoup d'avoir partagé ce moment avec nous.
Phuong Mai Nguyen : Merci à vous, c'était un plaisir !