"Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux"
Judith Godrèche
Judith Godrèche
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Présentation du livre : « Avant, il y avait l’enfance. Je le sais. » Mais, Judith Godrèche, quelle enfant fut-elle ? Qui pour le dire ? Que lui a-t-on fait ? Et surtout qu’en a-t-elle fait ? L’autrice : Judith Godrèche est actrice et réalisatrice. Elle a publié un premier roman, « Point de côté », chez Flammarion (1995). Avis : Vous connaissez probablement son nom : « Judith Godrèche ». Vous avez peut-être suivi ses pas dans le monde du cinéma ou sur le petit écran, ses amours, la naissance de ses enfants. Son sourire, ses yeux qui vous parlent, ils ont quelque chose de rassurant. Mais connaissez-vous sa vie, celle qui l’a marquée au fer rouge, ses rencontres avec des « mentors » qui ont abusé de sa confiance, de son corps, de sa jeunesse ? Car si pour beaucoup, son discours (lors de la Cérémonie des César en 2024) résonne encore en nous, qui s’est vraiment penché sur son histoire, celle qui lui a valu de rassembler tout son courage et de parler, de dénoncer ? Avec « Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux », c’est à présent chose faite et plus jamais nous ne penserons à Judith Godrèche de la même façon. Son nom rimera à présent avec admiration. |
Cela faisait d’ailleurs longtemps que nous n’avions plus lâché un livre tant nous étions hypnotisés par son écriture, avides de savoir comment elle a pu s’en sortir alors que tout ce qui était présenté n’était qu’horreur et abus. Comme elle, nous sommes prisonniers de son récit, touchés par son cri de détresse étouffé que beaucoup n’ont jamais entendu ou voulu écouter. Sans jugement, on reçoit les informations brutes, entre deux souvenirs d’enfance, deux photos ou lettres qui lui sont adressées, entre quelques lignes poèmes qu’elle a écrits pour ses proches. On découvre la terreur, la peur qui ont été les siennes, son envie de fuir sans vraiment y parvenir… et on comprend ! Comment, une si jeune fille, coupée de sa famille, de ses amis, aurait pu faire autrement ?
Son appel à l’aide, sa force aussi, elle les a puisées au fond d’elle, des années après tout ce qu’elle a vécu. Et pourtant, elle avait déjà tiré la sonnette d’alarme mais beaucoup avaient détourné les yeux, s’en étaient amusés, n’avaient pas compris ou pas voulu (sa)voir. Loin de toute envie de pointer du doigt, de faire un procès, « Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux » est un état des lieux, des fragments de souvenirs qui s’offrent à nous comme des réminiscences hypnotiques. On souffle un peu après la 140ème page, mais juste un peu car c’est là que le combat commence, après ce vœu de « vouloir un avenir simple sans passé ». Mais comment est-ce possible après tout ce qu’elle a traversé?
Sa démarche est courageuse, cette mise à nu absolument pas voyeuriste mais nécessaire pour comprendre, contextualiser, dénoncer. Son écriture est brute, comme les gestes qu’elle a subis, les cicatrices palpables et ne laissent personne indifférent. Lire son livre, c’est voir les choses autrement, admirer la force tranquille d’une femme qui a su se construire, avancer quand d’autres auraient voulu l’enchaîner. Au fil des 200 pages, des ombres planes, suggérées souvent mais assez que pour les reconnaître. Pour montrer l’universalité du propos ? Pour éviter de nommer et de donner corps à ce mal qui l’a rongée ? Cette idée appartient à Judith Godrèche, l’interprétation est la nôtre mais la réalité n’en est pas moins effrayante.
Jamais voyeur, son récit se livre tel qu’elle l’a vécu, nous inclus et nous fait grandir avec lui. Dans son livre, on lit la demande expresse de son éditrice de le coucher sur le papier et celle de Judith Godrèche de penser que cela devrait rester secret (« Personne ne sait que j’écris un livre, et personne ne devrait savoir que vous le lisez ») mais après une telle lecture, on ne peut que l’assumer et la remercier : d’avoir libérer la parole, d’avoir ouvert la voie (comme Vanessa Springora ou Adèle Haenel avant elle), d’avoir « fait tapis » et d’avoir tout dit. Aujourd’hui encore, on découvre par la presse que son répit n’est pas acquis, ses bourreaux ne cessant de se rappeler à elle par des actions en justice ou des existences cinématographiques. Mais tout cela n’aura pas été vain.
Porte étendard d’histoires qui ne devraient jamais voir le jour, « Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux » est une vraie leçon de vie, de courage et un écrit de très grande qualité ! Merci Madame Godrèche de nous l’avoir confié !
Informations pratiques :
Editeur : Seuil (collection cadre rouge)
Prix : 21,50 € (15,99 en version numérique)
Nombre de pages : 288 pages
Date de parution : 9 janvier 2026
ISBN : 978-2021588248
Son appel à l’aide, sa force aussi, elle les a puisées au fond d’elle, des années après tout ce qu’elle a vécu. Et pourtant, elle avait déjà tiré la sonnette d’alarme mais beaucoup avaient détourné les yeux, s’en étaient amusés, n’avaient pas compris ou pas voulu (sa)voir. Loin de toute envie de pointer du doigt, de faire un procès, « Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux » est un état des lieux, des fragments de souvenirs qui s’offrent à nous comme des réminiscences hypnotiques. On souffle un peu après la 140ème page, mais juste un peu car c’est là que le combat commence, après ce vœu de « vouloir un avenir simple sans passé ». Mais comment est-ce possible après tout ce qu’elle a traversé?
Sa démarche est courageuse, cette mise à nu absolument pas voyeuriste mais nécessaire pour comprendre, contextualiser, dénoncer. Son écriture est brute, comme les gestes qu’elle a subis, les cicatrices palpables et ne laissent personne indifférent. Lire son livre, c’est voir les choses autrement, admirer la force tranquille d’une femme qui a su se construire, avancer quand d’autres auraient voulu l’enchaîner. Au fil des 200 pages, des ombres planes, suggérées souvent mais assez que pour les reconnaître. Pour montrer l’universalité du propos ? Pour éviter de nommer et de donner corps à ce mal qui l’a rongée ? Cette idée appartient à Judith Godrèche, l’interprétation est la nôtre mais la réalité n’en est pas moins effrayante.
Jamais voyeur, son récit se livre tel qu’elle l’a vécu, nous inclus et nous fait grandir avec lui. Dans son livre, on lit la demande expresse de son éditrice de le coucher sur le papier et celle de Judith Godrèche de penser que cela devrait rester secret (« Personne ne sait que j’écris un livre, et personne ne devrait savoir que vous le lisez ») mais après une telle lecture, on ne peut que l’assumer et la remercier : d’avoir libérer la parole, d’avoir ouvert la voie (comme Vanessa Springora ou Adèle Haenel avant elle), d’avoir « fait tapis » et d’avoir tout dit. Aujourd’hui encore, on découvre par la presse que son répit n’est pas acquis, ses bourreaux ne cessant de se rappeler à elle par des actions en justice ou des existences cinématographiques. Mais tout cela n’aura pas été vain.
Porte étendard d’histoires qui ne devraient jamais voir le jour, « Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux » est une vraie leçon de vie, de courage et un écrit de très grande qualité ! Merci Madame Godrèche de nous l’avoir confié !
Informations pratiques :
Editeur : Seuil (collection cadre rouge)
Prix : 21,50 € (15,99 en version numérique)
Nombre de pages : 288 pages
Date de parution : 9 janvier 2026
ISBN : 978-2021588248