« Demon Slayer : Kimetsu no Yaiba : La Forteresse Infinie » est le deuxième film, suite directe de la saison 4 de l’animé. Le premier film, « Demon Slayer : Kimetsu no Yaiba : Le train de l’Infini » est une suite quant à lui à la saison 1. À regarder donc dans l’ordre suivant idéalement : saison 1, film 1 « Le Train de l’Infini », saison 2, saison 3, saison 4, film 2 « La Forteresse Infinie » qui, si je ne me trompe pas, précède un troisième film qui signera la fin de l’animé. Remarque : Je n’ai pas lu le manga et ne peux donc pas m’y référer en termes de changement, d’adaptation ou de liberté prise par le studio d’animation. « Demon Slayer » est reconnu pour avoir une très belle animation, certains disent que c’est d’ailleurs ce facteur qui rend l’animé aussi populaire, l’histoire étant tout ce qui a de plus basique dans le milieu du shônen. Que ce soit réellement le cas ou non, on ne peut pas retirer le fait que le studio fait un excellent travail et cela rend le visionnage de l’animé très plaisant. Sur ce second film, la qualité ne s’est en aucun cas amoindrie, au contraire, je suis restée scotchée par plusieurs scènes tant les plans étaient beaux et les contrastes des couleurs apportaient une dualité intéressante aux personnages se faisant face. Chaque combat est entrecoupé de flashbacks et de réflexion, une construction de base dans les animés de ce genre. Ce n’est pas dérangeant , c’est basique mais c’est ce à quoi on s’attend, ça fonctionne car c’est aussi ce qu’on veut voir. Et aussi car, comme je l’ai dit plus haut, l’animation est incroyable et est soutenue par une bande originale tout aussi folle. Les musiques accompagnants les différentes scènes, que ce soit dans les scènes épiques de combat ou dans les scènes plus dramatiques des flashbacks, la B.O. nous transporte et nous fait vivre une multitude d’émotions. Le film est long, 2h35, mais je n’ai ressenti aucune longueur puisque le rythme est soutenu grâce aux combats et aux interactions entre les différents personnages. Le film aurait très bien pu fonctionner en une saison à part entière, comme le premier film d’ailleurs, je ne connais pas les raisons derrière le choix d’en réaliser un film, mais je n’en veux pas au studio car c’était un réel plaisir de pouvoir regarder ce film sur grand écran. Je crois que ça en vaut la peine, ce n’est pas souvent qu’on a la chance de visionner des animés au cinéma chez nous, étant une grande amatrice d’animation japonaise, je suis heureuse de constater que leur popularité augmente encore, me permettant de vivre ce genre d'expérience.
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Plutôt qu’à un thriller lambda où l’action aurait le beau rôle, on se doute bien qu’on aura droit à une étude de caractères, de mœurs, à un drame à hauteur d’homme. Et en cela, le film tient ses promesses. Mais il déçoit un peu également. À cause d’une fausse complexité de l’intrigue, à cause de cassures de rythme avec de faux “flash-forwards” et de pensées matérialisées qui n’ont pas vraiment lieu, ce qui complique inutilement la trame de l’histoire pour nous spectateurs. À cause d’une froideur aussi qui ne quitte jamais le film et qui nous empêche de ressentir quoi que ce soit pour les personnages, à l’image du jeu de Niels Schneider (« Sybil », « Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait », alors c’est voulu ou pas par le réalisateur, mais il m'a été très difficile de m’intéresser à son personnage et donc à son devenir. La bonne surprise vient en fait de Ramzy Bedia (la série « H », « Classe moyenne ») qui se révèle excellent dans un rôle dramatique. Je vais quand même vous toucher un mot sur l’histoire si vous avez envie de vous faire votre propre opinion : l’ancien légionnaire Skender (Schneider), fortement marqué par la guerre, est sdf, il a abandonné femme et enfants car il est psychologiquement incapable de faire partie de leur vie. Son ancien camarade de la Légion, Max (Bedia), vient lui proposer une dernière chance en forme de cadeau empoisonné : la patronne de Max, que l’on connaît uniquement sous le nom de “Madame “ (Linh-Dan Pham), est une chasseuse hors pair et s’ennuie dans l’oisiveté car elle a chassé tout ce qui pouvait l’être sur terre. Lui reste un dernier défi : un homme en guise de proie. Skender accepte cette version moderne des « Chasses du Comte Zaroff » contre un pactole et 6 mois de liberté afin de tenter de revenir dans la vie de ses fils. Un jeu mental cruel qui se finira peut-être par la fameuse chasse… ou pas, c’est tout l’enjeu du film qui s’intéresse plus au cheminement intérieur de Skender et Max qu’à ladite chasse, et en même temps le film parvient à peine à effleurer les personnages, comme si on restait trop en surface. C’est tout le paradoxe de ces Tourmentés, certains apprécieront, d’autres s’y ennuieront, je suis pour ma part sortie quelque peu mitigée de la salle.
Avis : Le dernier film en date du réalisateur Ron Howard (« Da Vinci Code », « Treize Vies ») est l’adaptation d’une histoire vraie complètement hallucinante, en général la réalité dépasse la fiction, on le sait, c’est encore le cas ici avec cette aventure abracadabrante au sujet d’un couple d’intellectuels allemands qui avait fui la montée du nationalisme en Allemagne pour s’installer loin de tout, pour s’isoler complètement du monde et surtout de la société. Nous sommes en 1930, le docteur Ritter joué ici par Jude Law et sa compagne Dore jouée par Vanessa Kirby se sont installés sur une petite île inhabitée de l’archipel des Galapagos, perdue dans l’océan Pacifique, au large de l’Équateur, l’île est sauvage et voit seulement passer quelques bateaux de pêche à intervalles très irréguliers. C’est dans une petite masure très sommaire et entouré de quelques poules, d’un âne et d’un potager que le couple vit, elle pour soigner une sclérose qui la fait boiter et lui pour coucher sur papier une nouvelle philosophie destinée à changer la manière de penser des hommes, rien que ça ! Dans un monde déchiré par les guerres et le colonialisme encore très présent, leur solitude voulue est interrompue par l’arrivée d’une famille d’émules inspirés par leur histoire qui est parue dans la presse allemande, et très rapidement, c’est une aventurière mondaine qui débarque aussi avec ses acolytes afin de construire un hôtel de luxe sur ce bout de terre au bout du monde. La cohabitation ne va pas être simple, chacun et chacune y allant de sombres secrets en trahisons, on assiste alors à toute la panoplie des sentiments humains face à l’adversité, les meilleurs mais surtout les pires, car comme le disait Sartre, l’enfer c’est les autres et on est en effet très loin du jardin d’Eden. Cette espèce de microcosme qui part d’un désir d’idéalisme va rapidement virer au cauchemar pour tous les résidents précaires de l’île. Si les acteurs sont impeccables, Daniel Brühl, Sydney Sweeney et Ana de Armas, qui complètent le casting, sont excellents dans des rôles qui semblent être faits sur mesure pour eux, et même si Howard maîtrise son environnement et ne nous épargne rien de la violence physique et mentale provoquée ou subie par chacun.e de ses protagonistes, il faut quand même avouer que le réalisateur n’est sans doute pas le meilleur choix pour raconter une tranche de vie aussi noire et dérangeante, ses personnages semblent plus proches de caricatures que de vraies personnes et c’est un des problèmes du film qui fait qu’on n’est pas totalement emportés par l’histoire, ça manque de subtilité dans les caractères décrits et d’une certaine nuance dans le traitement des personnages et de leurs actions. Le réalisateur nous avait habitué.e.s à mieux avec des films puissants tels que « Un homme d’exception » ou « Apollo 13 ». Le long métrage a en tout cas le mérite de créer une vraie curiosité envers ces gens qui ont vécu cette aventure extraordinaire à une époque où les médias commençaient à peine à mettre en avant des phénomènes qui faisaient vendre des journaux. Mais on est quand même passé à côté d’une grande fresque humaine qui, portée par une vraie vision, aurait pu donner un bien meilleur film. Cela reste malgré tout une curiosité à voir, notamment grâce au jeu de ses acteurs.
Une folie maîtrisée, un chaos savamment orchestré La folie qui traverse le film n’est pas un accident : elle est le moteur narratif, le carburant idéologique, et le miroir tendu d’une société américaine en pleine décomposition. Le réalisateur ne cherche pas à rassurer, il veut secouer, déranger, et le fait par le rire. D’ailleurs, les dialogues sont truculents (surtout ceux concernant le mot de passe oublié par Bob dans le film- véritable running gag, et la scène finale de Sean Penn complètement folle !). Les situations filmées offrent un décalage rare et oscillent en permanence entre le grotesque et le sublime. Et pourtant, chaque scène semble vouloir repousser les limites du vraisemblable sans jamais sombrer dans l’excès. Un écueil cependant, si la durée de 2h42 ne nous a pas semblé « trooooooop longue », nous n’aurions pas rechigné par quelques coupes ici et là. Bien sûr, cela aurait été à l’encontre des habitudes du réalisateur, mais vous voilà prévenus ! Un casting qui dynamite l’écran ! Leonardo DiCaprio est tout simplement prodigieux en révolutionnaire de gauche, exalté, pyromane et totalement dépassé par les événements. Maniant la dynamite comme d’autres manient les mots, son personnage se traine dans l’incompréhension la plus totale pour notre plus grand plaisir ! Il incarne un idéaliste désabusé et forcément touchant. Une sorte de bras cassé dépassé par les événements et dont le quotidien consiste à s’occuper de sa fille Willa en n’oubliant pas d’accentuer sa paranoïa par la boisson et la fumette hallucinogène. Mais revenons au personnage de Willa qui ajoute une profondeur émotionnelle inattendue à ce chaos ambiant ! Cette dernière est interprétée par Chase Infiniti, et est assurément la révélation du film puisque sa performance est à la fois intense et nuancée et permet de donner un supplément d’âme à cette fresque explosive. Mais ce sont aussi les seconds couteaux qui font la richesse du film. Et par ce terme, n’y voyez aucune connotation péjorative, mais simplement beaucoup d’affection pour des comédiens qui jouent de délicieux marginaux. Benicio del Toro est hilarant en Sensei mystique et flegmatique, offrant des apparitions réjouissantes, à la limite du surréalisme. Quant à Sean Penn, il livre ici peut-être son rôle le plus déjanté — et paradoxalement, l’un de ses plus mémorables. Voir un acteur de son calibre se prêter à un tel délire est une expérience en soi. Enfin, il nous est impossible de ne pas évoquer les suprématistes blancs, rebaptisés avec une ironie mordante les Aventuriers de Noël. Ce groupe, à la fois grotesque et inquiétant, incarne la dérive idéologique d’une Amérique malade, rongée par ses propres démons. Leur présence dans le film est une critique frontale, sans détour, de la radicalisation et de l’absurdité du discours identitaire. Une mise en scène viscérale et inventive La réalisation est d’une fidélité rare au propos du film : nerveuse, inventive, parfois hallucinée. Paul Thomas Anderson utilise des mouvements de caméra singuliers pour traduire l’instabilité du monde qu’il filme. Nous en voulons pour preuve la scène finale de course-poursuite qui représente un sommet de mise en scène ! La route désertique se transforme visuellement en une vague épuisante, presque un tsunami de poussière et de chaleur, qui semble engloutir les héros dans une lutte physique et symbolique contre l’effondrement du réel : brillant ! Une charge politique assumée Le spectre de l’administration Trump plane sur tout le film, comme une ombre grotesque et menaçante. Le réalisateur ne s’en cache pas : "Une bataille après l’autre" est un brûlot politique, une œuvre de résistance, un cri de rage contre l’aveuglement collectif. Que Warner Bros ait osé produire un tel film est en soi un acte courageux, presque militant ! Vous l’aurez compris en nous lisant, une bataille après l'autre est plus qu’un film : c’est une expérience, une provocation, une œuvre qui refuse les compromis (et cela passe par la durée peut-être excessive).
Très vite, le film s’enlise dans un scénario paresseux qui n’exploite jamais son potentiel et, s’il nous amuse par quelques réactions de Théo (le T0 de Max), se trouve bien vite limité. Blanche Gardin, fidèle à elle-même, tente de tirer son épingle du jeu, mais son personnage volontairement grossier finit par agacer plus qu’il n’amuse. Caricature de personnages à la Dupieux, le sien ne séduit pas, n’amuse pas et énerve… L’intrigue familiale, prétexte maladroit à un semblant d’émotion, sonne creux, et on peine à s’attacher à ce duo mère-fille sous-exploité. Rien ne semble fonctionner: ni l'histoire, ni les personnages, ni l'objectif recherché. S’il ne nous semble pas indispensable d’épiloguer sur le sujet, c’est parce que « Un monde merveilleux » de Giulio Callegari s’avère être une comédie qui ne fait pas rire, un discours social qui ne percute jamais, pas plus que sa mise en scène qui tente des choses sans réel but et qui ressemble davantage à celle d’un téléfilm qu’à un long-métrage de cinéma.
La caméra, littéralement greffée à l’héroïne Floria, ne la quitte jamais. Capturant chaque geste, chaque souffle, chaque regard avec un soin particulier. Ce parti pris crée une proximité bouleversante avec le personnage, magnifiquement interprété par Leonie Benesch (déjà vue dans « La salle des profs ») dont la performance est d’une rare justesse. C’est bien simple, nous avons été constamment bluffé par son jeu ! Un portrait lumineux dans un monde sombre Floria, infirmière chevronnée dans un hôpital suisse en sous-effectif, incarne une figure de dévouement absolu. Malgré le chaos ambiant, les urgences incessantes et les patients exigeants, elle parvient à accorder à chacun une attention particulière. Elle ne soigne pas seulement les corps, mais aussi les âmes. Chaque patient devient un monde à part entière et un objectif en soi. Et c’est précisément dans cette humanité que le film trouve sa force, en développant une dimension bienveillante qui nous touche en plein cœur ! Un cri d’alarme nécessaire Et si "En première ligne" ne se contente pas d’émouvoir, c’est parce qu’il a également pour vocation de dénoncer (et il le fait fort bien !). À travers le quotidien harassant de Floria, le film expose la crise profonde du système hospitalier européen. Manque de moyens, surcharge de travail, épuisement du personnel… tout est montré sans fard, avec une intensité qui ne faiblit jamais. D’ailleurs, le film se termine en nous informant que beaucoup quittent ce métier après quelques années seulement. Il nous apparait donc que le film est également un formidable appel à l’action, un plaidoyer pour une réforme urgente des soins de santé. Une mise en scène haletante pour une leçon de cinéma Nous l’écrivions, le rythme est celui d’un thriller où chaque minute compte et chaque décision peut être cruciale. D’ailleurs, nous avons été happé dès les premières secondes pour vivre un formidable voyage de l’autre côté du miroir, en première ligne.
C’est que, si Michael Angelo Covino avait réussi à séduire une partie de la critique et du public avec « The Climb » en 2019 (par ailleurs prix du Jury du Festival du cinéma américain de Deauville), buddy movie à la mise en scène inventive, on espérait retrouver ce ton original avec « Libre échange » (Splitsville en version originale). Mais le résultat s’avère bien moins convaincant. Le long-métrage, qui s’attaque au sujet du mariage ouvert et des contradictions qu’il génère, promettait une réflexion drôle et mordante sur les relations contemporaines. Mais le résultat est bien loin de satire moderne et corrosive que l’on s’attendait à voir. Son casting composé de Dakota Johnson, Adria Arjona, Kyle Marvin et Covino lui-même tentent d’amuser la galerie (et le fait à quelques infimes reprises) mais la déception est grande tant l’intrigue peine à maintenir un rythme ou à ne pas verser dans la caricature lourde et peu divertissante. Le film s’étire inutilement et répète sans cesse les mêmes mécanismes : disputes interminables, scènes de malaise qui n’en finissent pas, quiproquos appuyés au point de devenir prévisibles. Au lieu de surprendre, les situations finissent par lasser. L’humour, censé être le moteur du récit, tombe souvent à plat car les gags sont surjoués, poussés jusqu’à l’épuisement plutôt que construits et amenés subtilement. Là où « The Climb » parvenait à trouver un certain équilibre, « Libre échange » s’enlise dans des lourdeurs et le surjeu et nous fait ressentir les deux heures de film. On regrette aussi le manque de profondeur des personnages interprétés par Dakota Johnson (la plus sobre du casting) et Kyle Marvin (qui tente le tout pour le tour), les dialogues poussifs et la caricature qui manque clairement de nuance. Comédie potache dans la veine des American Pie 2.0, le film semble peiner à trouver son ADN, versant dans la modernité de son discours et son aspect « has been » ou « démodé ». Riant peu, se lassant souvent, les spectateurs du festival non, semble-t-il, pas non plus adhéré totalement à la proposition, certains quittant la salle, d’autres soupirant en attendant la fin. Et si Michael Angelo Covino trouve, à quelques reprises, un peu d’inventivité dans ses textes et sa mise en scène, ces quelques scènes ne parviennent pas à sauver le film du naufrage que nous avons ressenti et le poids du temp qui passe sans nous arracher un réel rire.
Avis : Avec « Dalloway », Yann Gozlan (qui nous avait régalé avec « Boîte noire ») signe un film d’anticipation qui, sans chercher à révolutionner le genre, frappe par son propos on ne peut plus d’actualité. En effet, en confrontant Clarissa à Dalloway, une intelligence artificielle omniprésente et intrusive, il nous questionne sur la place d’une technologie de plus en plus présente dans notre vie et notre société, sur son développement, ses limites mais aussi ses dérives. La paranoïa qui s’installe chez Clarissa, seule dans un univers technologique totalement excessif, n’est pas si éloignée de la nôtre, face au développement exponentiel de l’IA qui, pour un oui ou pour un non, dicte les choix amateurs des Chatbots les plus populaires. Les décors futuristes, élégants mais froids, accentuent totalement l’atmosphère aseptisée et anxiogène d’une cité qui se veut le refuge d’artistes en résidence mais qui, au final, s’avère être un véritable laboratoire. Derrière la caméra, on sent une vraie exigence, un goût pour le détail, une rigueur quasi perfectionniste d’un Yann Gozlan inspiré et qui veut rendre son univers crédible et pas si loin de ce que nous sommes amenés à connaître. Et même si le récit paraît écrit d’avance et que la mécanique s’impose assez vite sans trop de surprise, on accepte de jouer le jeu tant le film entretient un certain suspense et un questionnement on ne peut plus légitime (vous aussi vous avez déjà eu cette impression que votre enceinte ou votre téléphone vous écoutait ?). Cécile de France porte le film presque seule, dans une interprétation exigeante et performante où elle dialogue surtout avec elle-même. Ses échanges avec Dalloway, voix identifiable de Mylène Farmer, apportent une étrangeté subtile et mettent le doigt sur les sujets qui font mal. Et si quelques rencontres ponctuent le récit (notamment avec Lars Mikkelsen, le frère de Mads, et une Anna Mouglalis toujours aussi charismatique), c’est la partition solitaire et l’isolement nécessaire pour écrire qui occupent une place prépondérante. L’intrigue, certes prévisible et un peu étirée, ouvre des pistes passionnantes. Yann Gozlan insiste sur l’ambivalence de l’IA : générative plutôt que créative, une « intelligence » qui reproduit et synthétise, expose ses nombreuses compétences mais peine à susciter une véritable émotion. C’est peut-être là le point fort de son intrigue: une réflexion sur ce que signifie encore être humain, sentir, éprouver, vivre et avancer même si est perdu/enlisé.
Dès sa scène d’ouverture, on comprend que le récit sera traversé par la délicatesse des gestes et la force des émotions, simples, brutes, réelles. La scène du train résume d’ailleurs tout à elle seule et ce qui frappe le plus dès les premières minutes, c’est la complicité évidente entre Marie Gillain et Grégory Gadebois qui composent un duo frère-sœur tendre, lumineux, d’une sincérité désarmante. Dans leurs rôles, ils trouvent une justesse rare, qui donne au film une intensité douce, presque intime. Marie Gillain joue donc le rôle de Camille une énergie à fleur de peau, tiraillée entre la volonté de protéger et le poids des obstacles. Alors que Grégory Gadebois (magistral comme toujours) rend à Pierrot toute son humanité, sans jamais surjouer ni caricaturer : ses réactions, ses silences, ses élans traduisent une vérité qui touche droit au cœur. Alors oui, on pourrait reprocher à l’histoire d’être convenue, la réalisation plutôt classique et le rendu télévisuel plus que cinématographique, mais l’essentiel est ailleurs : dans l’humanité que le long-métrage transmet, dans sa capacité à éveiller le regard sur la différence sans jamais sombrer dans le jugement, la moquerie ou le pathos. C’est un récit qui touche au cœur et qui rappelle une évidence simple : chacun mérite une place où il peut être pleinement soi, aimé, compris et accompagné. C’est ce regard profondément humain qui fait la richesse du film d’Hélène Médigue. Son histoire parle de la famille, de la place qu’on laisse aux plus vulnérables dans notre société, et de l’aide inattendue qu’on peut recevoir d’amis, structures, inconnus. C’est un film qui ne verse jamais dans le drame social mais dans la comédie dramatique emplie d’espoir. Le sujet, déjà exploité dans d’autres longs-métrages avant lui, trouve une autre voie, une autre incarnation, une autre façon de délivrer le même message. On ressort de la salle le cœur serré mais aussi éclairé par la tendresse de son duo, par l’authenticité des regards échangés et des scènes partagées. « Une place pour Pierrot » réussit à transmettre une émotion profonde, une histoire humaine, une certaine compassion.
Couple populaire sur la grande toile, il l’est aussi dans notre cœur et c’est sans doute une des raisons qui nous a convaincu de pousser la porte de notre salle de cinéma. Mais si Conjuring : l’heure du jugement offre bien quelques frissons et propose une atmosphère sombre soignée, il s’avère être aussi l’épisode le plus dispensable de la saga et un final un peu en deçà de ce qu’on pouvait en espérer. L’ouverture est pourtant prometteuse : mystérieuse et tendue comme on l’aime, elle nous plonge dans les débuts du couple mythique alors futurs parents et déjà sur le pied de guerre pour renvoyer le mal dans ses enfers. Malheureusement, à mesure que le récit s’installe, l’intrigue se noie dans un arc familial des Warren trop appuyé, un pan d’histoire qui alourdit inutilement une durée (2h16 tout de même) qui se fait diablement ressentir. On a parfois l’impression que le film cherche à nous rappeler combien ces personnages nous sont chers plutôt qu’à développer le cas qu’ils affrontent, un dossier qui les aurait amenés à ne plus jamais donner de leurs personnes. Les effets horrifiques fonctionnent, les jumpscares sont toujours bien présents et certaines scènes jouent habilement sur l’angoisse du spectateur prêt à frissonner dès le passage d’une ombre. La reconstitution des années 1964 et 1986 est impeccable, ses décors etses costumes nous plongent dans ces époques sans fausse note mais l’ensemble manque toutefois d’âme, comme si la mécanique avait pris le pas sur l’inspiration. Michael Chaves (à qui on doit « La Nonne 2 » et le décevant « Conjuring : Sous l’emprise du diable ») signe une mise en scène honorable mais qui manque de souffle, et l’omniprésence de la présence fantomatique d’Annabelle – toujours ramenée comme un gimmick de franchise – finit par donner un côté répétitif, presque convenu et totalement dispensable (mais si on comprend la raison de son évocation). Du film, on appréciera néanmoins l’hommage final, qui boucle le parcours entamé depuis le premier volet avec des images d’archives et des témoignages des vrais Warren. Un joli clin d’œil, qui, malheureusement, semble peu passionner les spectateurs déjà sortis de la salle alors que son générique défilait seulement. En définitive, « Conjuring : l’heure du jugement » se laisse voir pour le lien que l’on a entretenu toutes ces années avec les Warren et pour le plaisir de retrouver les acteurs emblématiques qui les incarnent avec tant de conviction. On frissonne, on sursaute, on sourit aussi parfois à retrouver ces visages familiers. Mais l’impression générale reste celle d’un film qui, malgré ses qualités de fabrication, s’étire et s’essouffle, n’a plus grand-chose à raconter ou le fait dans un mélange de saga familiale un peu trop étirée.
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