Habitué à un cinéma ancré dans des lieux peu nombreux où se côtoie quelques personnages, le réalisateur aborde cette fois le thème du deuil, celui que l’on peine à faire ou à entamer, les traces que peuvent laisser la perte d’un être cher que l’on recherche en permanence dans la vie, les regards, le quotidien. Drame court mais suffisant pour s’imprégner des émotions de son quatuor, « Miroirs No 3 » se veut intime, pudique et contemplatif. Mais que raconte l’intrigue dissimulée derrière un titre bien curieux ? La rencontre entre Laura (toujours très juste Paula Beer), étudiante en piano à l’université de Berlin, jeune survivante d’un accident de voiture qui s’est déroulé à quelques mètres de la maison de Betty (Barbara Auer) se retrouve « sonnée » par ce qu’elle vient de vivre et ne souhaite pas se rendre à l’hôpital. Confiante, elle demande à sa sauveuse, aperçue quelques minutes avant le crash, de l’héberger. Cette dernière, prise de court, accepte de recueillir la rescapée soignant par la même occasion ses propres blessures. Complice, le duo féminin partage beaucoup dans les gestes quotidiens, les silences, les instants figés d’une journée. Elles guérissent les cicatrices d’un drame, d’un deuil difficile à relater ou à porter sans qu’aucune larme ne parvienne à couler. Solaire comme dans chacun de ses rôles Paula Beer porte l’essentiel de l’histoire de façon convaincante, proposant un jeu tout en retenue, particulièrement adapté à la situation, et sans excès émotionnels. Face à elle, on trouve un trio d’acteurs qui forment une famille dysfonctionnelle plus réaliste que nature, une petite tribu modeste comme on en croise tous les jours, une occasion rêvée de se plonger dans la réalité de la vie et que l’on puisse s’y identifier. Au cœur de l’histoire familiale qui se joue sur notre grand écran, ce qui nous émeut le plus est sans aucun doute les transferts douloureux plus que salvateurs qui imprègnent tout le récit : Laura devient une fille de substitution pour Betty, et c’est cette démarche qui montre combien elle aura bien du mal à sortir de sa peine, préférant le retour dans le passé travesti à un futur apaisé. Les miroirs du titre, ce sont assurément ceux qui reflètent la profonde nécessité d’affronter la mort, de faire avec, d’avancer même si on est changé par un évènement qu’on ne peut nier. Ils reflètent les regards qui se comprennent sans rien se dire, les portraits de femmes qui se reconnaissent sans s’être rencontrer jusqu’ici. Et pour y parvenir, il fallait une mise en scène simple mais pas simpliste, ce que parvient à faire Christian Petzold ici encore. En ancrant son histoire dans la campagne paisible loin de la ville, de sa vie sans répit, il permet aux personnages comme aux spectateurs de prendre le temps, celui qui est nécessaire pour s’imprégner de son message.
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