Une folie maîtrisée, un chaos savamment orchestré La folie qui traverse le film n’est pas un accident : elle est le moteur narratif, le carburant idéologique, et le miroir tendu d’une société américaine en pleine décomposition. Le réalisateur ne cherche pas à rassurer, il veut secouer, déranger, et le fait par le rire. D’ailleurs, les dialogues sont truculents (surtout ceux concernant le mot de passe oublié par Bob dans le film- véritable running gag, et la scène finale de Sean Penn complètement folle !). Les situations filmées offrent un décalage rare et oscillent en permanence entre le grotesque et le sublime. Et pourtant, chaque scène semble vouloir repousser les limites du vraisemblable sans jamais sombrer dans l’excès. Un écueil cependant, si la durée de 2h42 ne nous a pas semblé « trooooooop longue », nous n’aurions pas rechigné par quelques coupes ici et là. Bien sûr, cela aurait été à l’encontre des habitudes du réalisateur, mais vous voilà prévenus ! Un casting qui dynamite l’écran ! Leonardo DiCaprio est tout simplement prodigieux en révolutionnaire de gauche, exalté, pyromane et totalement dépassé par les événements. Maniant la dynamite comme d’autres manient les mots, son personnage se traine dans l’incompréhension la plus totale pour notre plus grand plaisir ! Il incarne un idéaliste désabusé et forcément touchant. Une sorte de bras cassé dépassé par les événements et dont le quotidien consiste à s’occuper de sa fille Willa en n’oubliant pas d’accentuer sa paranoïa par la boisson et la fumette hallucinogène. Mais revenons au personnage de Willa qui ajoute une profondeur émotionnelle inattendue à ce chaos ambiant ! Cette dernière est interprétée par Chase Infiniti, et est assurément la révélation du film puisque sa performance est à la fois intense et nuancée et permet de donner un supplément d’âme à cette fresque explosive. Mais ce sont aussi les seconds couteaux qui font la richesse du film. Et par ce terme, n’y voyez aucune connotation péjorative, mais simplement beaucoup d’affection pour des comédiens qui jouent de délicieux marginaux. Benicio del Toro est hilarant en Sensei mystique et flegmatique, offrant des apparitions réjouissantes, à la limite du surréalisme. Quant à Sean Penn, il livre ici peut-être son rôle le plus déjanté — et paradoxalement, l’un de ses plus mémorables. Voir un acteur de son calibre se prêter à un tel délire est une expérience en soi. Enfin, il nous est impossible de ne pas évoquer les suprématistes blancs, rebaptisés avec une ironie mordante les Aventuriers de Noël. Ce groupe, à la fois grotesque et inquiétant, incarne la dérive idéologique d’une Amérique malade, rongée par ses propres démons. Leur présence dans le film est une critique frontale, sans détour, de la radicalisation et de l’absurdité du discours identitaire. Une mise en scène viscérale et inventive La réalisation est d’une fidélité rare au propos du film : nerveuse, inventive, parfois hallucinée. Paul Thomas Anderson utilise des mouvements de caméra singuliers pour traduire l’instabilité du monde qu’il filme. Nous en voulons pour preuve la scène finale de course-poursuite qui représente un sommet de mise en scène ! La route désertique se transforme visuellement en une vague épuisante, presque un tsunami de poussière et de chaleur, qui semble engloutir les héros dans une lutte physique et symbolique contre l’effondrement du réel : brillant ! Une charge politique assumée Le spectre de l’administration Trump plane sur tout le film, comme une ombre grotesque et menaçante. Le réalisateur ne s’en cache pas : "Une bataille après l’autre" est un brûlot politique, une œuvre de résistance, un cri de rage contre l’aveuglement collectif. Que Warner Bros ait osé produire un tel film est en soi un acte courageux, presque militant ! Vous l’aurez compris en nous lisant, une bataille après l'autre est plus qu’un film : c’est une expérience, une provocation, une œuvre qui refuse les compromis (et cela passe par la durée peut-être excessive).
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